Kaliningrad, miroir des ambitions militaires russes d'aujourd'hui
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L’oblast de Kaliningrad, enclave russe dans l’Union européenne, a fait l’objet d’une remilitarisation croissante, qui alimente les tensions entre les États baltes, la Russie et l’OTAN. Il revêt un caractère stratégique pour Moscou car il offre un accès permanent à l’océan Atlantique via la Baltique en s’affranchissant des brise-glaces nécessaires pour naviguer en tout temps par la route du Nord. La modernisation de ses capacités militaires, qui s’est faite progressivement, est représentative des difficultés auxquelles a été confrontée l’industrie de défense russe à la suite de la crise économique et des conséquences des sanctions qui la touchent depuis 2014. La récente restructuration du 11e corps d’armée stationné à Kaliningrad, regroupant l’ensemble des forces armées de l’oblast, lui permet de disposer d’un panel de capacités opérationnelles avérées allant de l’assaut amphibie à la défense multicouche de ses espaces terrestres, aériens et maritimes.
INTRODUCTION
Les moyens militaires à Kaliningrad, tête de pont au sein de l’Europe et au sein de l’OTAN(x), doivent être évalués sous le prisme de la heavy metal diplomacy russe, expression empruntée à Mark Galeotti pour qualifier les démonstrations déclaratives et militaires sur son statut de puissance conventionnelle et nucléaire. La dissuasion exercée sur les pays voisins et sur les alliances politico-militaires limitrophes, au travers du renforcement de la présence militaire à Kaliningrad, vise à enrayer le processus d’intégration euratlantique en zone baltique, à commencer par les pays nordiques « neutres » comme la Suède et la Finlande, et à bâtir un cordon sécuritaire qui pourrait s’étendre en comprenant la Biélorussie jusqu’à la Baltique.
Nouveau lieu d’expression symbolique de l’identité européenne de la Russie après Saint-Pétersbourg(x), l’oblast (région) de Kaliningrad n’est russe que depuis soixante-quinze ans. Aux confins de l’Europe orientale, Kaliningrad cristallise les rivalités de puissance au sens militaire, économique et culturel(x) et devient un objet géostratégique des perceptions fluctuantes de la menace pour l’OTAN(x) comme pour Moscou. Ne représentant que 0,1 % du territoire de la Fédération de Russie(x), Kaliningrad est stratégique à plusieurs titres. La base navale de Baltiïsk abrite le quartier général de la flotte de la Baltique, une des cinq flottes(x) qui composent la VMF(x). Les infrastructures maritimes offrent un accès libre de glaces toute l’année permettant les liaisons maritimes avec les ports de Oust-Luga et de Saint-Pétersbourg. En tant que pointe occidentale de la Russie, située à 1 200 kilomètres de Moscou et à 600 kilomètres de Berlin, Kaliningrad représente la deuxième « fenêtre russe » sur l’Europe(x) après Saint-Pétersbourg. Symbole de l’ambivalence et de la dualité de la Russie, tournée à la fois vers l’Est et vers l’Ouest telle l’aigle bicéphale de son emblème, Kaliningrad représente tout le paradoxe des relations entre l’Europe et la Russie, à la fois priorité de la politique étrangère russe et objet de la méfiance européenne.
En géographie politique, une enclave est un territoire totalement entouré par un pays étranger. Une exclave est un territoire qui n’est pas contigu au reste du pays dont il fait partie intégrante. L’oblast de Kaliningrad est l’une de ces exclaves qui ne sont pas des enclaves comme la Guyane française, l’Alaska ou le Nakhitchevan pour l’Azerbaïdjan. Cette rupture de continuité territoriale contribue à influencer la perception en Russie de l’isolement et de la séparation de Kaliningrad comme une contrainte en dépit de son ouverture sur la Baltique. Ainsi, le terme d’enclave s’est imposé, alimenté par une vision politique a contrario de la réalité géographique. Moscou instrumentalise la séparation « forcée » d’un territoire au confluent des volontés d’élargissement de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN. Les questionnements autour de la circulation des biens, des personnes surtout, sont matière à revendications de la part des Russes, car elles conditionnent la viabilité économique et sociale de ce territoire fortement dépendant de la métropole. Si la Russie y a viabilisé sa souveraineté, l’UE conçoit ses rapports avec l’exclave du point de vue sécuritaire, la Pologne et la Lituanie représentant des frontières extérieures de l’UE. La Lituanie est considérée comme un pays de transit pour les Russes souhaitant se rendre en Russie. Au-delà d’une certaine constante historique d’un territoire séparé de son pays, les habitants ont aujourd’hui les avantages de la proximité avec les économies de l’espace Schengen.
Comment penser le rapport de force militaire sur ce territoire au vu de la récente montée des tensions entre la Russie et les puissances occidentales ? Dans un premier temps, nous montrerons comment la géographie et l’histoire de Kaliningrad ont modelé le développement de ses infrastructures civiles et militaires. Puis, nous dresserons un état des lieux des capacités opérationnelles qu’offrent les forces positionnées sur le territoire. Enfin, nous analyserons comment s’articulent ces capacités à l’échelle de la stratégie de puissance régionale déclinée par la Russie.
LA DISCONTINUITÉ TERRITORIALE COMME CONTINUITÉ HISTORIQUE
Dès 1918, la Prusse-Orientale est séparée de l’Allemagne au profit d’une Pologne bénéficiant d’un accès à la mer via le corridor de Dantzig garanti par le traité de Versailles. Cette question sera à l’origine de la Geopolitik, portée par Karl Haushofer, géographe et ancien officier allemand, dans son ouvrage Politische Erdkunde und Geopolitik publié en 1925. En 1466, le duché de Prusse et la Pologne s’opposent également pour ce territoire entre l’Oder et la Vistule. La paix de Torun qui en résulte coupe Kaliningrad de ses racines linguistiques et culturelles allemandes regroupées dans le Saint Empire romain germanique. La région de Dantzig est d’un invariable intérêt stratégique qui a mené d’ailleurs au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
Dans la mesure où la Prusse-Orientale, qui a été une base avancée du monde germanique en terre balte et slave, s’envisage comme un précédent historique de Kaliningrad, cette région fait figure de survivante. Car si la Prusse-Orientale a vécu dans un contexte de réduction de l’Empire allemand en 1918, Kaliningrad perdure dans la dissolution de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Les accords de Yalta et la conférence de Postdam (1945) attribuent le nord de cette province allemande, notamment Königsberg, à l’URSS, le sud à la Pologne. En 1946, l’oblast est rattaché à la République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR). Le tracé frontalier au sud entre la Russie et la Pologne est une ligne droite tracée au cordeau. La frontière nord avec la Lituanie épouse le fleuve Niémen en passant par Sovietsk, autrefois Tilsit, lieu de la rencontre entre les empereurs Napoléon Ier et Alexandre Ier et de la signature du traité éponyme sur un radeau en 1807.
Staline et l’annexion de Kaliningrad
Bien qu’après la Première Guerre mondiale la Prusse-Orientale ait été séparée de force de l’Allemagne par le corridor de Dantzig, sa population, à l’image des États frontaliers, est majoritairement pluriethnique. À titre d’exemple, la Pologne est peuplée d’Ukrainiens, de Juifs et d’Allemands. Les peuples, historiquement parsemés à travers la région, se retrouvent au centre d’une nouvelle carte polémologique résultant de la non-coïncidence entre les nations et les ethnies, mais n’ont pas encore à subir l’exil forcé. Bien que les États baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) gagnent leur indépendance en 1918, ils doivent la défendre contre des fractions d’irrédentistes allemands nostalgiques.
Pourtant, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les trois jeunes États sont annexés par l’URSS qui les considère comme de justes tributs. Après l’annexion de la région de Königsberg, Kaliningrad est renommée sous l’impulsion de Staline en hommage à Mikhaïl Kalinine, président du Soviet suprême décédé en 1946, et une recomposition ethnique d’envergure s’opère. Tandis que les Polonais et les Ukrainiens sont soumis à des relocalisations forcées et les Allemands expulsés en totalité, l’oblast se peuple de Russes. Les Soviétiques remplacent tous les noms de lieux à consonance germanique par des noms russes. En à peine cinquante ans, l’histoire et le patrimoine germaniques dans la région cèdent la place à la construction narrative des origines slaves de l’oblast.
Autrefois théâtre de deux grandes batailles napoléoniennes : Eylau (1807) – aujourd’hui Bagrationovsk du nom du général d’empire russe et prince géorgien Pierre de Bagration – et Friedland (1807) – aujourd’hui Pravdinsk –, ce territoire enclavé entre la Lituanie et la Pologne revêt un intérêt stratégique pour l’URSS au sortir de la guerre.
Au temps de l’URSS
De 1946 à 1991, l’oblast est une zone fortement militarisée. La base navale accueille une composante sous-marine importante où, à partir de 1955, la marine russe effectue au sein du 745e régiment d’hélicoptères de nombreuses expérimentations quant aux tactiques et aux équipements spécialisés(x) de lutte anti-sous-marine (ASM)(x). La base héberge un centre de formation des équipages d’hélicoptères dévolus aux opérations amphibies qui accueille des officiers polonais, bulgares, yougoslaves ou est-allemands. Aujourd’hui, comme du temps de la Prusse-Orientale(x), la viabilité des approvisionnements est primordiale. Cependant, durant la guerre froide, la région a été une zone d’accès fortement réglementé aussi bien pour les étrangers que pour les citoyens des autres territoires soviétiques. La base navale de Baltiïsk, quartier général historique de la flotte de la Baltique, incluant les emprises maritimes militaires de Świnoujście en Pologne, de Daugavgriva et Liepaja en Lettonie, de Tallinn en Estonie, représentait pour l’URSS un accès maritime permanent à l’Atlantique.
Depuis 1991 : le choix de l’ouverture économique
La fin de l’Union soviétique s’accompagne de la délitescence de son appareil militaire. De 200 000 militaires stationnés en 1991, il n’en resterait plus que 18 000 en 2000(x). Kaliningrad ne fait pas exception à la période de transition. Les autorités locales russes accordent plus d’importance à l’ouverture de la région sur l’extérieur qu’à la réorganisation du dispositif militaire bien que la présence militaire ait remodelé la population de l’oblast, qui compte quasiment toutes les nationalités de l’ex-URSS(x).
Au tournant du siècle, il est question de faire de Kaliningrad la « nouvelle Hong Kong sur la Baltique(x) ». Les projets d’accorder à l’oblast le statut de république n’ont pourtant jamais obtenu la faveur du pouvoir centralisé à Moscou(x). L’exclave devient progressivement un sujet de tension entre l’UE et Moscou qui se cristallise d’abord sur la question de la circulation. La région possède des richesses non négligeables : du pétrole offshore et 90 % des réserves mondiales d’ambre. Les trois ports de Kaliningrad, Baltiïsk et Svetly permettent d’exporter ses produits manufacturés ainsi que les produits de l’industrie du bois et du papier. Quarante pour cent des ressources de la région sont issues de la deuxième flotte de pêche russe et de l’industrie agro-alimentaire afférente. De nombreuses industries électroménagères produisent des biens de consommation à destination de la Russie et pour l’export. Une zone économique spéciale est créée en 1996 afin de favoriser l’investissement étranger dans la région. De grands constructeurs automobiles allemands, coréens ou américains décident de s’y implanter. L’industrie métallurgique tire également parti de cette nouvelle attractivité. L’entreprise de construction navale Yantar reçoit des commandes aussi bien de l’État que de l’étranger (Norvège, Pays-Bas, Allemagne).
Le virage de l’ouverture économique se poursuit avec le tourisme. En effet, Kaliningrad possède un potentiel important, compte tenu de ses 150 kilomètres de côtes, et accueille des vacanciers dans les stations balnéaires de Zelenogradsk, Svetlogorsk et Pionerski, très prisées au début du XXe siècle et du temps de l’Union soviétique. La nécessité d’obtenir un visa d’entrée sur le territoire de la Fédération de Russie tempère l’attractivité de la région. Malgré des investissements conséquents dans le tourisme, valorisant le patrimoine et les loisirs, l’oblast de Kaliningrad n’a pas réussi à se défaire de l’image d’un territoire militarisé, au cœur de trafics transfrontaliers qui gangrènent les rouages d’un système régional fortement corrompu.
La transformation économique et le passage à l’économie de marché n’auront finalement pas eu les résultats escomptés. La région de Kaliningrad est l’une des plus pauvres de Russie durant les années 2000. Le revenu moyen par habitant ne représente que 75 % de celui du reste du pays. Le chômage y est élevé et un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté(x). On estime que l’économie parallèle issue des différents trafics représente 50 % du produit intérieur brut (PIB) de la région. La marginalisation de Kaliningrad par la Pologne et la Lituanie n’a fait qu’accentuer les difficultés économiques de l’oblast.
Le changement de cap de la boussole stratégique russe face à la détérioration des relations avec l’Occident (OTAN et UE), qui coïncide avec la transition entre Eltsine et Poutine, obère désormais considérablement les chances de Kaliningrad de devenir un « nouveau Las Vegas post-soviétique(x) » sur la Baltique à mesure que s’imposent la remilitarisation de l’enclave, la paranoïa sécuritaire et la polarisation des narratifs identitaires. En effet, la Russie s’est toujours opposée à l’élargissement de l’OTAN vers l’est. Après la Pologne en 1999, les trois États baltes rejoignent l’Alliance en 2004. Kaliningrad se retrouve au cœur de la zone OTAN. Le dialogue bilatéral se délite progressivement lors de la crise du Kosovo et des opérations en Tchétchénie. L’intervention en Géorgie de 2008, l’annexion de la Crimée en 2014 et l’intervention en Syrie en 2015 ont achevé de polariser les divergences stratégiques. Les inquiétudes qu’ont provoquées les dernières manœuvres militaires russes à la frontière ukrainienne ne plaident définitivement pas pour un rapprochement.
ÉTAT DES LIEUX D’UN DISPOSITIF MILITAIRE AU CONTACT DE L’OTAN ET DE L’UE
Une présence historique au sein de l’OSK-Ouest
L’OSK-Zapad(x), dont l’état-major est à Saint-Pétersbourg, est l’un des cinq commandements stratégiques (Ouest, Sud, Central, Est, Nord) issus des réformes de l’appareil militaire russe entre 2008 et 2010, dites réformes Serdioukov/Makarov/Choïgou(x). Héritiers des anciens districts militaires, ils exercent un commandement organique et fonctionnel sur toutes les unités terrestres, aérospatiales et maritimes de leur zone, à l’exception des VDV(x), des forces de missiles stratégiques (RVSN(x) ) et des forces spéciales, qui sont rattachées à l’état-major général des armées. Il comprend, entre autres, l’ensemble des troupes stationnées dans la région de Kaliningrad sous commandement de la flotte de la Baltique(x), implantée depuis 1946 à Baltiïsk(x). L’appréciation des capacités navales russes en mer Baltique, comme pour l’Atlantique nord et la flotte du Nord(x), doit se faire en gardant à l’esprit les trois lignes stratégiques fondamentales relevant des objectifs maritimes russes : la dissuasion, le contrôle ou déni d’accès et la diplomatie navale(x).
La doctrine maritime éditée en 2015 rappelle que l’aire régionale prioritaire que constitue l’Atlantique(x), tout comme ses accès par la Baltique, sont déterminés par l’adhésion et le soutien multilatéral de l’OTAN vers les pays et les marines au pourtour de cet espace(x) et que les mécanismes légaux existants ne sont pas suffisants pour garantir la sécurité internationale. La doctrine maritime ajoute que le facteur décisif dans la relation avec l’OTAN repose sur les tactiques de l’Alliance qui vise à étendre ses infrastructures militaires aux frontières de la Russie afin d’y concentrer ses efforts. Postulant que cette situation est inacceptable, la doctrine maritime identifie pour la mer Baltique plusieurs axes d’efforts, au premier rang desquels on retrouve le développement des capacités portuaires et infrastructures côtières, la diversification des lignes pour la navigation maritime et fluviale ainsi que le développement des pipelines sous-marins pour l’export et l’approvisionnement de la région de Kaliningrad. Le renforcement des capacités militaires (humaines et matérielles) et des infrastructures de la flotte de la Baltique n’apparaît qu’en dernier de la liste, conformément à l’usage russe de publier ses doctrines pour qu’elles soient lues par les étrangers(x). L’étude des capacités à opérer, défensivement ou offensivement, à tenir dans la durée dans une zone d’opération complexe au contact direct des marines étrangères à portée directe d’artillerie des moyens terrestres de l’OTAN, permet toutefois de relativiser la place accordée à Kaliningrad tant en termes de capacités maritimes que des options stratégiques qu’elles proposent.
La flotte de la Baltique (VMF) dans l’OSK-Ouest : une force de défense côtière ?
• Une composante de surface en renouvellement
La flotte est composée d’une dizaine de grands bâtiments de surface : un destroyer, six frégates et des patrouilleurs côtiers(x). Des navires lance-missiles ainsi que des navires d’appui aux opérations amphibies et anti-sous-marines complètent le dispositif permettant de disposer d’un corps expéditionnaire de réaction rapide à capacité régionale. Si la Baltique est restée à l’écart du nucléaire maritime depuis 1991, elle est épisodiquement le théâtre de démonstrations de la puissance navale nucléaire, comme en 2017 lors du salon maritime de Saint-Pétersbourg où l’ex-SNLE Dimitri Donskoï et le croiseur nucléaire Pierre le Grand ont pris part aux manifestations. Ces démonstrations à moindres frais alimentent les incertitudes autour de l’intention nucléaire russe dans la région à l’instar du déploiement des missiles balistiques Iskander, pouvant emporter des têtes nucléaires.
Le vaisseau amiral de la flotte est le DDGHM(x) Nastoichivy appartenant à la classe Sovremenny/Sarych – projet 956.A. Répondant à la dénomination russe d’Eskadrenniy Minonosets (littéralement torpilleur d’escadre), il est assimilé à un navire destroyer. Relativement ancien, il a été mis en chantier en 1988 et est entré en service en 1993. Pour la défense aérienne, il est équipé de SA-N-7, version navalisée du système sol-air moyenne portée SA-17 Grizzly(x). La défense de surface repose sur la dernière version SS-N-22 Sunburn(x) qui porterait à 240 kilomètres. En ce qui concerne la lutte anti-sous-marine (ASM), il est équipé de 4 tubes lance-torpilles 533 DTA-53/96, de lance-roquettes RBU-1000 Smerch 3 et embarque un hélicoptère Ka-27M Helix dans son hangar pour la mission ASM.
Ce vaisseau amiral peut être assisté dans ses missions d’escorte et de protection de convoi par 6 frégates dont 4 appartiennent à la classe Stereguschchy – projet 20380 : les FFGMH(x) Stereguschchy, Soobrazitelniy, Boykiy et Stoykiy. Construites au chantier naval de Severnaya Verf à Saint-Pétersbourg, elles sont entrées en service à partir de 2008. Le Stoykiy, dernier bâtiment livré, est opérationnel depuis 2014. Les frégates classe Stereguschchy peuvent compter sur le système SS-N-25 Switchblade(x) pour assurer leur défense de surface antinavire. Ce système fait également l’objet d’une version pour la défense côtière basée à terre et baptisée Bal-E qui équipe les infrastructures maritimes le long des côtes. La deuxième tranche du programme – projet 20381 – qui comprend les Soobrazitelny, Boykiy et Stoykiy, a connu une amélioration à la marge de son armement embarqué.
Deux autres frégates de classe Buyan-M – projet 21631 – complètent la flotte, le Zeleniy Dol(x) et le Serpukhov. Ces corvettes lance-missiles emportant des missiles Kalibr ont récemment connu une hybridation de leur capacité avec la mise en œuvre de mini-submersibles aptes à immerger des mines(x). Pour ces frégates appelées à évoluer dans des mers fermées ou dans les zones côtières, le minage est un outil essentiel en cas de mise en place d’un blocus ou de volonté de déni d’accès. Cette hybridation opportune de navires conçus à l’origine pour d’autres missions permet de mettre en lumière les faiblesses des capacités maritimes russes : la guerre des mines et la lutte ASM.
Pour compléter cette force d’action navale et pour assurer la sécurité des abords maritimes, la flotte de la Baltique s’appuie sur 4 patrouilleurs côtiers, les navires lance-missiles de classe Nanuchka III – projet 1234.1. Les PCGM(x) Liven, Geyser, Zyb et Passat sont armés de lance-missiles antinavire moyenne portée(x) SS-N9 Siren et du système sol-air courte portée SA-N-4 dérivé naval du SA-8 Gecko. Enfin, les 6 navires de classe Parchim – projet 1331-M –, fournis par l’Allemagne en 1993, semblent prendre part régulièrement à des exercices ASM mettant en œuvre leurs systèmes lance-roquettes anti-sous-marines RBU-6000 Smerch-2(x) et leurs torpilles(x).
L’Odintsovo, le Sovetsk et le Mytishi appartiennent à la classe Karakurt – projet 22800. Ces petits navires lance-missiles sont équipés de lanceurs verticaux qui contiennent les SS-N-27/SS-N-30 Sizzler (missiles de croisière et antinavire Kalibr selon l’appellation russe). D’une portée de 300 kilomètres, ils offrent une capacité de frappe de précision en stand-off de la menace. Le programme 22800 connaît cependant des aléas dans la livraison des nouvelles plateformes dus en partie au retard dans la production des moteurs diesels. Un nombre indéterminé de corvettes lance-missiles classe Tarentul III – projet 1241 – est également stationné à Baltiïsk.
À cela, il faut ajouter les navires de soutien aux opérations amphibies tels que les 4 bâtiments de classe Ropucha – projet 775 – Minsk, Kaliningrad, Alexander Shabaline et Korolev qui viennent apporter une capacité conséquente de projection des troupes amphibies. Un Ropucha permet de transporter 10 BMP(x) et 180 soldats ou 25 BTR-80(x) et 150 hommes. Pour assurer le dernier échelon de la mobilité débarquée, 9 landing craft medium (LCM) : 3 de classe Dyugon – projet 21820 –, 3 de classe Serna(x) – projet 11770 – et 3 de classe Ondatra – projet 1176 – permettent d’acheminer troupes et matériels sur les côtes à l’instar des 2 aéroglisseurs, landing craft air cushion (LCAC), de classe Zubr – projet 12322 –, pouvant contenir 230 hommes et 3 MBT(x).
La diversité des moyens en service au sein de la flotte de la Baltique et leur relative « ancienneté » – certains sont issus de programmes des années 1960 – laissent penser que la Russie ne peut ni ne souhaite entretenir à Kaliningrad une flotte de premier rang tant en nombre qu’en qualité. Bien que les frégates de classe Stereguschchy participent régulièrement à des exercices de défense aérienne et antinavire(x), la flotte n’est jamais alignée au complet. Le Soobrazitelniy, actuellement en réparation au chantier naval de Cronstadt, devrait prochainement reprendre le service actif à Baltiïsk(x). La maintenance des frégates a connu de nombreux déboires depuis 2014 tant au niveau de l’accès aux pièces de rechange d’origine ukrainienne que de l’entretien et du changement des turbines. Les programmes de construction et de maintenance des flottes russes en général et de la Baltique en particulier ont été ralentis par les sanctions économiques, dont la loi CAATSA(x) américaine est l’une des applications(x), par la rupture des coopérations avec le motoriste allemand MTU et l’arrêt des coopérations militaro-techniques avec l’Ukraine. L’indigénisation des capacités d’entretien des navires(x), notamment au sein du chantier de Kolomenskoye, situé à Moscou, et de l’usine navale de Cronstadt, ainsi que la réparation des turbines prise en charge par le motoriste Kouztnetsov implanté à Samara, qui produit les moteurs pour les bombardiers stratégiques de l’aviation à long rayon d’action(x), pallient progressivement les anciennes dépendances étrangères.
• Une discrète composante sous-marine
Évoluant dans un environnement opérationnel complexe au contact de nombreuses marines étrangères dans un espace relativement restreint, la flotte de la Baltique doit opérer dans une mer offrant peu de profondeur (200 pieds en moyenne), où sont intriqués de multiples archipels parcourus par un trafic maritime important, de nombreuses mines sous-marines, vestiges des deux conflits mondiaux, et où les paramètres acoustiques dus à la basse salinité de l’eau et aux écarts importants de température en fonction des saisons rendent difficiles les opérations sous-marines. À ce titre, la base navale de Cronstadt, sur l’île de Kotlin à Saint-Pétersbourg, accueille régulièrement la force sous-marine de la flotte de la Baltique.
La composante sous-marine à Baltiïsk compterait un sous-marin opérationnel(x). Le Petropavlosk-Kamtchatsky, un sous-marin d’attaque conventionnel(x) à propulsion diesel-électrique, modèle Improved-Kilo – projet 636.3 – dit Varshavyanka, est entré en service en 1980. Relativement discret grâce à un faible niveau d’émission sonore, il permet de mener des missions d’attaque de navires de surface ou des missions de reconnaissance. Produit en grande quantité pour le marché domestique comme pour l’export(x), il connaît une carrière opérationnelle relativement longue. Bien qu’autrefois présents en Baltique pour des essais et qualifications techniques, les deux Improved-Kilo ont dû rejoindre la flotte du Pacifique en transitant par la Méditerranée et Suez au cours de l’année 2021. D’autres sources relatent que les deux unités Petropavlosk-Kamtchatsky et Volkov seraient en réparation et/ou sur cale et en attente d’une hypothétique mise en service.
Deux autres sous-marins basés à Cronstadt, le Vyborg et le Dimitrov – projet 877 – dit Paltus, entrés en service en 1983 et 1986, compléteraient la flotte de la Baltique. On retrouve parfois trace de leur participation à des entraînements de lutte anti-sous-marine où un Improved-Kilo fait office d’ennemi(x). Le Dimitrov, stationné à Cronstadt, participe régulièrement à des exercices de minage et d’évasion face à des hélicoptères ASM(x). Cette composante sous-marine conventionnelle de faible envergure est dimensionnée par l’extrême proximité avec la menace et par la volonté de ménager le statu quo régional.
• Une flotte en devenir
La Russie tend à combler ses lacunes de « puissance pauvre » dans le domaine maritime en lançant des programmes de navire de ravitaillement, de remorqueur, de navire démagnétiseur. Toutefois, tant que l’admission au service actif des nouvelles plateformes sera entravée par la politique de substitution aux importations par l’indigénisation des productions et de l’entretien, elle continuera de souffrir de l’absence de ports ultramarins, exception faite des investissements sur l’actuelle base navale de Tartous, compte tenu du revirement soudanais autour du « point d’appui technique et matériel » russe à Port-Soudan(x). La flotte russe de la Baltique, tant en termes de moyens que de capacités, et surtout en termes d’intention, est une flotte in-being ou « en devenir » selon l’expression de James Thrusfield(x). En effet, elle ne dispose pas des capacités nécessaires à la maîtrise de la mer Baltique mais elle peut forcer les flottes adverses à concentrer autour d’elle des moyens conséquents et supérieurs, en entretenant à la fois une communication décomplexée et ciblée et une opacité délibérée sur le nombre et la nature des moyens déployés en fonction du contexte dans lequel elle opère.
• Une composante expéditionnaire rompue aux opérations amphibies : 336e brigade d’infanterie navale
Les 6 unités d’infanterie navale que compte la marine russe (VMF)(x) sont considérées comme un corps d’élite. De ces 6 unités, la 336e brigade d’infanterie navale est la plus importante en termes d’effectifs. Basée à Baltiïsk, elle alignerait un effectif de 2 800 fusiliers. Sur le plan organique, les brigades d’infanterie navale accueillent des moyens terrestres propres d’artillerie, de génie, de défense sol-air et comprennent généralement 2 à 3 bataillons d’assaut auxquels s’ajoute un bataillon d’assaut par air. Le 69e régiment de génie naval de la garde offre une capacité supplémentaire d’appui au débarquement(x). Si, dans la structure, elles sont assez comparables aux autres unités interarmées, comme les groupes de manœuvres terrestres ou les VDV, elles disposent d’une importante composante artillerie qui comprend des canons automoteurs (2S1 « Gvozdika » et 2S9 « Nona »), une batterie de lance-roquettes multiples (LRM BM-21 « Grad » et BM-22), une batterie antichar (RPO Schmel), accompagnée d’un bataillon de défense sol-air. La mobilité de l’infanterie s’effectue majoritairement grâce aux véhicules de transport de troupes BTR80/82/A. Les équipements sont toutefois assez hétéroclites : certains datent des années 1960 (BM-21 et 2S2), d’autres sont assez récents comme les BTR82A, entrés en service en 2011 au sein des forces. Au détriment de l’infanterie navale, la totalité des réformes ambitieuses (dotation en T-90, BMP-3 et 2S31) prévues par le plan Serdiukov/Makarov n’ont pu être suivies d’effet, faute de budget. Relativement bien entraînée, la 336e brigade d’infanterie navale dispose de capacités avérées en ce qui concerne les opérations amphibies, pour lesquelles elle s’appuie sur les moyens de la flotte de la Baltique. Elle permet un panel d’actions allant de l’assaut amphibie à la bataille terrestre défensive ou offensive, aéroportée et projetable se révélant un outil efficace de contrôle et de gestion de crise dans la sphère d’influence de l’étranger proche à l’instar des troupes VDV. La 336e brigade est depuis 2016 rattachée au 11e corps d’armée stationné à Kaliningrad.
11e corps d’armée : une réorganisation nécessaire
Réformé en 2016, le 11e corps d’armée comprend plusieurs formations issues des unités historiquement déployées à Kaliningrad au sein de l’ex-11e armée interarmes(x). Il est composé du 79e régiment de fusiliers motorisés(x), du 244e régiment d’artillerie, de la 152e brigade de missile de la garde(x), du 22e régiment de défense sol-air de la garde, du 7e régiment de fusiliers motorisés de la garde. La puissance de feu et la mobilité motorisée sont apportées par le 79e régiment et le 7e régiment, qui peut manœuvrer avec l’appui du 244e d’artillerie, l’ensemble de ce groupe opérationnel de manœuvre (GMO), de format réduit, étant protégé au niveau tactique de la menace aérienne par le 22e régiment sol-air avec ses systèmes SA-15 Gauntlet(x).
Depuis novembre 2017, le 152e régiment de missile sol-sol est équipé des systèmes Iskander-M (SS-26 Stone)(x). Ces missiles balistiques de courte portée(x), pouvant emporter des têtes nucléaires, font l’objet d’une opacité délibérée et entretenue. Leur déploiement renforce la dimension régionale des capacités de dissuasion en cas d’affrontement symétrique conventionnel avec une coalition militaire voisine et permet de combler le retard des capacités militaires russes qui tend à se résorber. Ces systèmes sont également envisagés par Moscou comme un moyen de désescalade dans un conflit régional, soit en frappe préventive (ustrasheniye ou intimidation), soit en conclusion d’une ultime démonstration (sderzhivaniye ou dissuasion)(x). Ils concourent donc à entretenir une posture défensive qui repose sur l’intimidation et la peur du nucléaire tactique car la dualité de ces systèmes d’armes ne rend que plus incertaine la menace qu’ils font peser sur les voisins.
La montée en puissance du groupement aérien mixte : la 44e division d’aviation aérienne et de défense aérienne (MA-VMF(x) )
La mission historique de l’aéronautique navale de la VMF est de protéger les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins contre les sous-marins adverses avant une phase de dilution. La base navale de Baltiïsk a accueilli des sous-marins de la composante océanique de la dissuasion jusqu’en 1991. Si auparavant les avions de patrouilles maritimes et de lutte ASM(x) Tu-142M Bear F s’acquittaient de ce rôle, ils sont désormais utilisés pour effectuer des patrouilles lointaines et des missions de reconnaissance. Dans la doctrine d’emploi de l’aviation navale, la protection avant dilution est aujourd’hui dévolue aux Il-38 May et aux Ka-27 Helix(x). Seules les flottes du Nord et du Pacifique, les plus importantes, continuent d’employer des Tu-142M Bear F et des Il-38 May pour cette mission. Ainsi, les flottes de la Baltique et de la mer Noire se contentent pour ce type d’opérations d’hélicoptères de lutte ASM. L’aviation navale a longtemps reposé, pour sa composante antinavire à terre(x), sur les Su-24M Fencer E qui sont progressivement remplacés par des Su-30SM Flanker C multirôles pour opérer près des côtes emportant des missiles de croisière destinés à frapper les vaisseaux adverses. En parallèle, l’aviation embarquée(x) sur le Kuznetsov au sein de la flotte du Nord est composée des régiments de Su-33 Flanker D et de Mig-29K Fulcrum D, basés à Severomorsk.
La composante MA-VMF de la flotte de la Baltique est une aviation de lutte anti-sous-marine (PLA)(x) et antinavire. Elle comprend les unités de la 72e base aérienne(x) qui, après de multiples réorganisations dans les années 1990, est de nouveau implantée à Tchkalovsk depuis 2012. La plateforme aéroportuaire exclusivement militaire, située à 20 kilomètres au nord-est de Baltiïsk dans la périphérie de Kaliningrad, a été rénovée de 2012 à 2018 et pourrait désormais accueillir une centaine d’appareils tous types confondus. L’ensemble des unités aériennes appartient à la 34e division aérienne mixte qui comprend cinq formations : deux régiments d’avions de chasse dont un de la garde, un détachement d’avions de transport et deux escadrons d’hélicoptères basés à Donskoïe. Le parc de voilure tournante est composé d’une vingtaine d’hélicoptères Ka-27M(x) et Ka-29S Helix(x), Mi-24VP Hind et de Mi-8 Hip spécialisés respectivement dans la lutte ASM, le transport et l’appui de l’infanterie de marine et la SARMAR(x). À terme, les Mi-24VP Hind seront remplacés par les derniers Mi-35M(x). Les programmes de modernisation de l’aéronautique navale de la Baltique se sont étalés à mesure que la priorité était donnée à la remontée en puissance des forces aériennes. Cette remontée en puissance comprend la hausse des budgets pour entraîner les équipages(x) et maintenir en condition les appareils. Ce réinvestissement clôt 20 ans de délitescence du potentiel militaire à Kaliningrad en particulier et coïncide avec les premiers effets des réformes Serdioukov. Depuis, navires et aéronefs opèrent de nouveau en mer depuis l’exclave dans des exercices d’envergure interarmées(x).
• Le 4e régiment de chasse(x)
Formé en avril 1938, le 4e régiment de chasse a longtemps été stationné après la Seconde Guerre mondiale en Prusse-Orientale, notamment sur la base aérienne de Tchernyakovsk(x) à partir de 1945. De 2009 à 2017, le régiment ne comportait plus qu’un seul escadron avant de revenir s’implanter à Tchkalovsk sur un format régimentaire à 2 escadrons. Durant les années 1970, il a été la première unité dotée des bombardiers tactiques Su-24 Fencer E. À partir de 2016, l’unité reçoit ses premiers chasseurs multirôles Su-30SM. En 2013, les Su-24MR dévolus à la reconnaissance sont progressivement retirés et remplacés par un détachement de drones Forpost(x).
Les équipages de l’aéronavale russe de la flotte de la Baltique contribuent amplement au déploiement en Syrie à terre depuis la base aérienne de Hmeimim(x). On estime que le régiment compte encore aujourd’hui 10 Su-24M auxquels s’ajoutent 8 Su-30SM ainsi qu’un nombre indéterminé de Forspost(x). À la suite de la recrudescence de l’activité aérienne russe en Baltique, le niveau opérationnel des équipages semble suivre une tendance ascendante au sein de l’ensemble des forces aériennes russes, impulsée par la hausse des crédits alloués à fin d’entraînement et de maintien en condition opérationnelle des aéronefs ainsi que par l’expérience acquise(x) en Syrie où la plupart des équipages du 4e régiment ont effectué au moins un détachement.
• Le 689e régiment de chasse de la garde(x)
Héritier des traditions de l’une des unités de chasse les plus prestigieuses de l’ère soviétique, le 16e IAP où a servi l’as soviétique Aleksandr Pokryshkin durant la Seconde Guerre mondiale, le 689e régiment de la garde a longtemps été stationné à Nivenskoye avant de s’installer à Tchkalovsk en 2002. En 2010, il n’alignait plus qu’un escadron avant de revenir en 2019 au format régimentaire à deux escadrons, à la suite de la réception de Su-27 en provenance de Khotilivo, modèle de chasseurs dont le 689e est doté depuis 1992.
Le 689e, régiment à dominante air-air, offre une capacité avérée d’accompagnement et de protection d’un raid aérien(x) face à des menaces aériennes mais aussi d’interception d’un chasseur pénétrant dans l’espace aérien. La capacité des Su-27, basés à Tchkalovsk, de mener des interceptions face à une pénétration de l’espace aérien contingentée par le temps de réaction de la chaîne de défense aérienne et par le manque de profondeur de l’espace défendu, doit toutefois être relativisée compte tenu des capacités détenues par l’ensemble des armées de l’air de la région de délivrer leur armement en stand-off, en restant à l’écart d’un possible riposte. Avec la conscience de l’enclavement et de la faible marge de manœuvre géographique, la défense de ce territoire doit être pensée dans une réflexion globale sur l’interdiction et la sanctuarisation de zone, au travers d’un système de défense relativement pragmatique, grâce à une défense surface-air assez moderne, en mer comme à terre, complétée par des capacités air-air crédibles mais non suffisantes.
Kaliningrad : expression des stratégies A2/AD russes en mer Baltique
Le dispositif militaire à Kaliningrad, comprenant plus de 11 000 hommes, s’appuie majoritairement sur la flotte de la Baltique qui ne dispose et n’offre finalement qu’un format relativement réduit en bâtiments d’appui aux opérations d’assaut amphibies. L’approvisionnement, qui revêt un intérêt stratégique pour Kaliningrad, est fortement dépendant des infrastructures et capacités militaires présentes dans la partie « métropolitaine » de l’OSK-Ouest. Le transport des matériels militaires sensibles est assuré par liaison aérienne grâce aux An-124 Condor, escortés sur la première partie du vol, par les chasseurs Su-35S Flanker E ou Su-27 du 159e régiment de chasse stationné sur la base aérienne de Besovets, au nord-est de Saint-Pétersbourg.
La refonte du 11e corps d’armée ainsi que la restructuration et la modernisation de la défense aérienne permettent toutefois de disposer de capacités avérées A2/AD grâce aux tuilages et à la couverture multicouche et multimilieu des moyens de défense sol-air, côtière, maritime ou de surface qui, s’ils ne sont pas tous intégrés au sein d’un système unique C2, s’appuient sur un système robuste et des opérateurs entraînés. Les systèmes de défense sol-air S-400 appartenant au 183e régiment de défense aérienne(x) basé à Gvardeysk, couplés aux systèmes Iskander-M à Tchernyakovsk, ainsi que les systèmes de défense côtière Bal-E(x) et surtout Bastion K-300(x), font de l’exclave un bastion défendu et dissuasif(x). À défaut d’être un corps expéditionnaire dans l’offensive capable de tenir une tête de pont lors d’un hypothétique débarquement chez l’adversaire ou d’être le fer de lance d’une percée au sein du dispositif terrestre d’une alliance défensive interrégionale, comme l’ont théorisé les stratèges soviétiques au travers des GMO, la réalité du dispositif militaire russe à Kaliningrad contraste avec la menace qu’il inspire. Pour le Kremlin, le renforcement continu depuis les années 2000 de cette bulle de défense est toujours légitimé par la dénonciation de l’accroissement parallèlement constant de l’activité de l’OTAN en zone baltique.
KALININGRAD : EXCLAVE DE L’INSTRUMENTALISATION DES PERCEPTIONS ET OUTIL DE POLITIQUE ÉTRANGÈRE
Soixante-dix ans après l’enclavement de la Prusse-Orientale séparée de l’Allemagne, la partie nord de cette même bande de terre, devenue soviétique en 1945, vivra la même situation à partir de 1991, à la différence notoire que la « maison mère » se situe à l’est. Les Russes n’oublient pas que ce corridor de Dantzig a servi de prétexte au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. L’élargissement vers l’est de l’UE et de l’OTAN renforce la perception d’enclavement de Kaliningrad et fait craindre aux Russes l’atteinte à leur intégrité territoriale de la part de l’« Occident » et des États baltes. Les pays de l’étranger proche(x) ne veulent pas d’un « nouveau corridor de Dantzig » reliant la Russie via des corridors extraterritoriaux au travers de la Pologne, la Biélorussie ou la Lituanie pour les citoyens russes de Kaliningrad.
Ainsi au début des années 2000, le droit à la liberté de mouvement des citoyens russes, certes fortement instrumentalisé dans le dialogue diplomatique, se retrouve opposé aux facilités de circulation au sein de l’espace Schengen voisin dont sont exclus les habitants de Kaliningrad. Ensuite, un modus vivendi a été trouvé et a fait l’objet d’accords internationaux. Tandis que l’enclavement devient un enjeu de gouvernance éminemment politique et inspiré par des enjeux géopolitiques interétatiques, conformément à l’adage napoléonien « Un État fait la politique de sa géographie », Moscou s’attache à maintenir sa souveraineté à tout prix sur l’exclave. « Tribut de guerre » pris à l’Allemagne nazie, ville d’Emmanuel Kant, Kaliningrad a autant été modelée par la volonté de la rendre attractive pour l’Europe, particulièrement pour l’Allemagne et la Pologne, que par une politique de russification qui se matérialise par l’édification de monuments commémoratifs(x) et de cathédrales orthodoxes. En cela, la perception de sa réalité historique et géographique est influencée par la manière dont les parties la pensent.
Kaliningrad, enjeu de méfiance et de mémoire
La remilitarisation de Kaliningrad entamée en 2009 n’a pas suscité, dans un premier temps, de réaction dans les pays de la région. Désormais, la question de cet « avant-poste militaire » au cœur de l’OTAN préoccupe même les pays neutres comme la Finlande ou la Suède. Les Suédois ont rétabli leur contingent militaire sur l’île de Gotland ainsi que le service militaire depuis 2018. Les Finlandais souhaitent un renforcement de la coopération avec l’OTAN. La Lituanie et la Lettonie sont de fervents partisans d’un renforcement des troupes de l’Alliance atlantique sur leur sol. L’Estonie retrouve un niveau de dépense militaire au plus haut depuis 10 ans, proche de 2 % de son PIB. Certaines simulations de la RAND Corporation affirment qu’en cas d’affrontement, l’OTAN ne serait pas en mesure de défendre les pays baltes plus de 60 heures contre une hypothétique invasion russe venant de Biélorussie, de l’exclave de Kaliningrad et de Russie(x). Bastion militaire isolé ou tête de pont d’une potentielle invasion, l’oblast de Kaliningrad est désormais, dans l’esprit des dirigeants baltes, l’incarnation de la menace qui pèse sur leur souveraineté nationale. La guerre des perceptions est déclarée. Le Centre d’excellence pour la communication stratégique est implanté à Riga en Lettonie depuis 2014 et le Centre d’excellence pour la cyberdéfense en coopération s’est installé à Tallin en Estonie. L’OTAN a également renforcé son dispositif au travers de l’Enhanced forward Presence (Présence avancée renforcée) dans la partie orientale de l’Alliance avec quatre groupements tactiques multinationaux de la taille d’un bataillon en Estonie, en Lettonie, en Lituanie et en Pologne.
Pour les pays autour de la mer Baltique, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale est un pivot de la construction des identités politiques depuis la fin de la guerre froide. L’enjeu mémoriel autour du discours et de la recherche historique, qui oppose la Pologne et les pays baltes à la Russie depuis la disparition de l’URSS, n’a jamais été aussi important(x). Chacun des camps essaye d’attribuer à l’autre la culpabilité de l’occupation, des déportations et de la collaboration. La question éminemment politique, dont les ramifications profondes relèvent presque de la psychanalyse historique, font de Kaliningrad un symbole pour les Russes tant au regard de l’impossible réconciliation de l’histoire passée que de la somme improbable des futurs.
Car si l’exclave territoriale russe est souvent présentée comme une « épine dans le pied de l’OTAN » coincée entre deux États membres, nous le devons à un petit corridor territorial. La trouée de Suwałki, bande de terre reliant l’enclave via la Pologne à la Biélorussie, membre de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), est un élément essentiel du positionnement stratégique russe car il offre à une portée de manœuvres des forces terrestres russes ou biélorusses l’encerclement terrestre des trois États baltes. Le complexe obsidional russe repose sur la perception de l’encerclement et la crainte permanente de l’invasion. À Kaliningrad, l’accessibilité est garante de la viabilité de l’exclave. Par voie routière ou aérienne depuis l’aéroport de Khrabovo, situé à 40 kilomètres au nord de Kaliningrad, par voie maritime depuis plusieurs ports marchands, le développement des infrastructures côtières et portuaires, civiles ou militaires, garantit l’accessibilité et la distribution des hydrocarbures à l’export comme pour l’approvisionnement de la région de Kaliningrad(x). La Russie, grande exportatrice de gaz naturel, fait de la sécurisation des moyens d’acheminement une priorité nationale. Le port de Baltiïsk a d’ailleurs supporté en partie la construction du gazoduc sous-marin Nord Stream 1, reliant Vyborg en Russie à Greifswald en Allemagne, qui a été inauguré en 2011 à la suite des accords de 2005 entre Vladimir Poutine et Gerhard Schröder. Nord Stream 2, qui devrait compléter l’acheminement du gaz extrait dans l’Arctique russe vers l’Europe, est également réalisé en partie grâce au port de Baltiïsk. Le développement des capacités militaires et maritimes constitue donc pour Moscou l’assurance d’une coopération stable et pérenne avec les pays autour des activités maritimes (pêche, transport de fret et de tourisme, recherche marine, construction navale). Le transport aérien étant fortement subventionné par Moscou, l’aéroport civil dessert les pays de la Communauté des États indépendants (CEI) comme la Biélorussie, le Kazakhstan et autrefois l’Ukraine.
Les problèmes engendrés par la discontinuité territoriale ont pu être comblés, au début des années 2000, par un investissement conséquent de l’État central dans les infrastructures de transport en soutien du développement économique avec pour ambition de faire de Kaliningrad l’un des plus importants nœuds de transport de la Russie accompagné par un investissement sécuritaire. En effet, l’oblast de Kaliningrad a valeur de symbole en termes de souveraineté et de posture. Constante majeure de préoccupation du pouvoir russe qui dépasse les considérations géographiques, il est devenu un objet de communication et de politique.
Le cas de la Biélorussie est d’un intérêt stratégique indéniable. Elle forme un glacis entre la Russie et l’OTAN et permet via le passage de Suwałki de relier l’exclave de Kaliningrad à l’« Union de la Russie et de la Biélorussie », constituée en 1997 et qui devrait à terme conduire à la fusion des deux, le petit se diluant dans le grand.
La brèche de Suwałki, prochain corridor de Dantzig ?
Selon Mark Entin, chercheur au Russian International Affairs Council(x), les relations entre la Russie et les instances européennes (UE, Conseil de l’Europe) sont « à la croisée des chemins(x) ». Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, qui rappelle que la Russie se montre « du Japon à Gibraltar, de la Crète à la Californie, et de la Baltique à la mer Noire », condamne régulièrement le renforcement du dispositif militaire russe tout en lui intimant de cesser ses provocations et d’engager une désescalade. Si, depuis 2014, l’Ukraine est devenue le point central de cristallisation des oppositions, il n’est pas impossible que celui-ci se déplace le long d’un nouvel arc de crise allant de la mer Noire à la Baltique.
Les auteurs de fiction révèlent parfois dans leurs œuvres les préoccupations et les inconscients collectifs de leur temps. Dans le roman militaire Tempête rouge de Tom Clancy, paru en 1986, l’URSS affronte les forces aériennes et maritimes des pays de l’OTAN sur l’axe Groenland-Islande-Royaume-Uni (GIUK) alors que la bataille terrestre se concentre autour d’Hanovre en République fédérale d’Allemagne (RFA). Dans l’œuvre fictionnelle, on retrouve l’expression des rumeurs de l’époque sur le développement du chasseur furtif qui s’avérera être le F-117 Nighthawk. L’élément déclencheur du récit s’amorce sur une maskirovka(x), procédé de surprise stratégique qui repose sur la capacité à masquer ses préparatifs(x). Si l’étude de la pensée stratégique russe contemporaine révèle une continuité historique avec la pensée stratégique soviétique(x), de la même manière que la double fiction de la maskirovka renseigne sur les concepts opératoires russes, l’analyse de la géographie et des forces en présence permet, à défaut d’anticiper, de mettre en lumière les potentialités d’expression de la conflictualité armée. Car si la trouée de Fulda, située au nord de Francfort, a longtemps été considérée comme l’un des axes potentiels d’une hypothétique invasion blindée des forces du pacte de Varsovie, désormais la confrontation s’opère le long des frontières orientales de l’Europe à 27. Si Tempête rouge était réécrit, il se déroulerait le long de la frontière ukrainienne, sur les bords de la Baltique et certainement autour de la trouée de Suwałki.
En 1807, sur un radeau flottant au milieu du Niémen, Napoléon Ier s’accorde avec le tsar Alexandre Ier sur une recomposition de la carte de l’Europe au détriment de la Prusse et de la Suède, avec éventuellement le projet de se partager quelques territoires de l’Empire ottoman. En contrepartie, les Russes doivent s’allier aux Français face aux Anglais, dans le cadre du blocus continental voulu par Napoléon. Mais l’alliance de la Russie et de la France contre l’Angleterre est de courte durée et la réouverture des ports russes aux navires étrangers déclenche la campagne de Russie de 1812, premier acte de l’effondrement de l’empire napoléonien. Une centaine d’années plus tard, la Prusse-Orientale, province de l’Empire allemand, est séparée de sa mère patrie par le traité de Versailles qui accorde le corridor de Dantzig à la Pologne. Après une courte période de réunification durant la Seconde Guerre mondiale au sein du IIIe Reich, la région de Kaliningrad devient terre russe au milieu d’un « nouvel empire », l’Union soviétique.
Les dirigeants russes considèrent ce territoire, au-delà des revendications ethniques et identitaires parfois instrumentalisées, comme un de ces espaces de confrontation où la Russie affronte, à défaut des partenaires d’autrefois, des adversaires qui ne veulent qu’une chose : le renforcement des moyens de l’OTAN sur leur sol. En réponse, elle réinvestit le terrain avec ses moyens militaires. L’accroissement de ses moyens n’est qu’une facette de la stratégie régionale de la Russie(x). La surenchère autour de sa puissance militaire retrouvée, rappelant à qui veut l’entendre qu’elle est une puissance nucléaire, mettant en scène les vecteurs de la triade stratégique, que ce soit au travers des patrouilles de bombardiers à long rayon d’action Tu-160(x) ou par trois sous-marins nucléaires faisant surface dans l’Arctique russe(x), n’est qu’une des multiples manières d’exprimer le caractère absolu, presque constitutif, de sa défense des intérêts nationaux et les garanties de sa souveraineté selon le standard russe. Qu’ils soient qualifiés de défensifs ou d’offensifs, selon le côté de la frontière où ils sont analysés, ils servent autant la lutte idéologique pour la conservation de ce que chacun considère comme sa sphère d’influence dans son étranger proche que d’assurance-vie face aux répétitions de l’histoire, faisant sien le vieil adage : « la confiance n’exclut pas le contrôle »…
CONCLUSION
Kaliningrad revêt un caractère stratégique à plus d’un titre. La souveraineté de l’oblast est autant une affaire géopolitique que de politique intérieure, une question économique et commerciale qu’un sujet social et même religieux. Son développement croissant depuis les années 2000, qui contraste avec la léthargie des années 1990, est un exemple des efforts en termes de politique publique entrepris par l’État à l’instar de Moscou, Saint-Pétersbourg ou Sotchi. Mais cette exclave occidentale du territoire russe enclavée dans l’Union européenne est tour à tour une vitrine et un miroir. Alors que son désir de développement est conditionné à une plus grande ouverture régionale, Kaliningrad souffre encore d’une gestion centralisée et verticale des affaires économiques et sécuritaires, ce qui nuit considérablement au climat des affaires, sans même évoquer la polarisation du discours national russe autour de questions identitaires et civilisationnelles.
La remontée en puissance du dispositif militaire russe, tant en masse qu’en technologie, laisse peu d’espoir à ce que cette tête de pont du district militaire ouest sur la mer Baltique devienne un territoire ouvert vers l’extérieur, notamment vers l’Union européenne. Fortement marqué par les révolutions de couleur à ses portes (Orange en Ukraine, des Roses en Géorgie, des Tulipes au Kirghizistan), Moscou s’attache à réduire les velléités séparatistes en recréant le mythe de l’union de tous les Russes au prix de quelques effacements historiques dans la région.
La menace que représente le déploiement de force militaire sur ce territoire pour les pays à l’ouest et au sud est toutefois relativement limitée, compte tenu de la faible profondeur stratégique et de l’enclavement des infrastructures de la base navale ou des chantiers de construction se côtoyant dans la lagune de la Vistule, que ce soit sur l’estuaire de la Pregolia dans la ville de Kaliningrad ou le long du canal de la Baltique jusqu’aux pontons de Baltiïsk. Cette hyperconcentration rend ardu le durcissement des infrastructures accueillant les moyens faute de place et complique la dispersion en cas de réaction face à la menace. Ce constat stratégique, plutôt maritime, doit toutefois être mis en perspective avec le domaine aérien au vu du renforcement quantitatif non négligeable et surtout de la montée en gamme capacitaire grâce à une réallocation des aéronefs sur les bases aériennes de Tchkalovsk et Tchernyakovsk. La défense sol-air, traditionnel domaine de pointe russe, n’est pas en reste avec les batteries de SA-21 portant au-delà du territoire et les systèmes SA-15 intégrés au sein de régiments bien qu’il ne s’agisse pas des dernières versions de ces matériels. L’épée (Iskander, aéronefs, forces amphibies) et le bouclier (SA-21, Bal-E, Bastion-K) de Kaliningrad sont donc en première ligne au sens géographique, technologique et stratégique et font, à ce titre, l’objet d’une attention toute particulière du pouvoir central.
Toutefois, l’analyse des conflits récents en Syrie, en Libye et au Haut-Karabagh surtout a rebattu les cartes de la puissance aérienne, notamment du paradigme de la supériorité aérienne. La puissance aérienne de demain reposera sur l’emploi couplé et connecté d’effecteurs, pilotés à distance et avions d’armes, offrant les avantages de la permanence alliés à la fulgurance. Les effets militaires produits par l’emploi massif de drones, capables aussi bien de sidérer que de saturer les capacités de défense antiaérienne, invitent à repenser les capacités A2/AD de l’ère « après sol-air » qui risquent d’être fortement dégradées si elles ne se fondent pas sur la redondance d’un tuilage multicouche associant le cinétique et le non-cinétique (brouillage et déception). Le dispositif militaire à Kaliningrad saura-t-il s’adapter aux changements induits par ces nouvelles menaces ?
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Malcolm Pinel a étudié la science politique et s’est spécialisé en relations internationales et sécurité défense à Lyon 3. Doctorant au sein du laboratoire LIMEEP à Paris Saclay et doctorant associé à l’IRSEM, il travaille sur les questions sécuritaires dans l’espace post-soviétique en général, et sur l’emploi des moyens militaires au Moyen-Orient en particulier. Il étudie le rôle de la puissance aérospatiale dans la politique de défense russe. Sa thèse porte sur la stratégie aérienne russe au Moyen-Orient depuis 2000. Il a publié plusieurs articles sur les forces armées russes, notamment sur la pensée stratégique, la diplomatie et la dissuasion aérienne, l’exportation des matériels de guerre, l’intervention en Syrie.