Stratégie Europe
Étude 125 - 06/2025

Estonie, Lettonie, Lituanie. De la périphérie au centre du débat stratégique européen

Philippe Perchoc | 1h20min de lecture
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La guerre en Ukraine et la nomination de Kaja Kallas et Andrius Kubilius à des postes clés de l’Union européenne marquent un tournant en ce qui concerne la place des États baltes dans le débat stratégique européen. Historiquement atlantistes et méfiantes vis-à-vis de Moscou, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont vu leur approche de la sécurité évoluer. Après leur adhésion à l’OTAN et à l’UE en 2004, les États baltes ont cherché à stabiliser leur intégration en renforçant leurs alliances militaires et économiques. La guerre de 2008 en Géorgie et les cyberattaques contre l’Estonie en 2007 ont intensifié leur perception de la menace russe. En 2014, l’annexion de la Crimée a conduit à un réinvestissement militaire et à l’arrivée de troupes de l’OTAN sur leur territoire. L’invasion de l’Ukraine en 2022 a accéléré la rupture avec la Russie, entraînant la suppression de monuments soviétiques et une transition vers un enseignement exclusivement en langues nationales. L’OTAN reste leur principal garant sécuritaire, mais l’UE joue un rôle croissant, notamment en matière de défense industrielle et énergétique. La Suède et la Finlande rejoignant l’OTAN en 2024 renforcent la sécurité régionale. L’évolution de la politique américaine sous Trump pousse les Baltes à réévaluer leur dépendance vis-à-vis des États-Unis. Désormais, ils participent activement aux décisions européennes, illustrant un repositionnement stratégique entre OTAN et UE.

Introduction

En 2022 la guerre d’agression de la Russie en Ukraine marque un tournant dans l’histoire de l’intégration européenne. Deux ans plus tard, la nomination de Kaja Kallas, ancienne Première ministre estonienne au poste de haute représentante pour la politique étrangère/vice-présidente de la Commission européenne, et de l’ancien Premier ministre lituanien, Andrius Kubilius, comme commissaire européen à la Défense, souligne une évolution majeure de la visibilité des Baltes à l’échelle européenne autant que de leur approche des enjeux européens.

Cette conjonction est symptomatique d’une double transformation européenne : un changement majeur de physionomie stratégique du continent mais aussi une réaction des Européens à cette mutation, permettant à des États de la périphérie de trouver une place au centre du jeu européen.

De la chute du Mur en 1989 à 2022, l’Union s’est développée dans un contexte d’absence de guerre menaçant directement la sécurité européenne et cette période, qui n’a toujours pas de nom, se termine. Une autre s’ouvre, qui n’a ni nom ni borne, et dans laquelle les Baltes voient leur rôle renforcé comme enjeu de première ligne mais aussi comme acteurs du système européen. Situés comme la Finlande à la frontière de la Russie, ils défendent collectivement une Alliance atlantique et une Union européenne qui doivent les défendre à leur tour.

Il était difficile il y a vingt ans, lors de leur adhésion à l’UE et à l’OTAN, d’imaginer l’influence que les trois républiques baltes exerceraient à Bruxelles au moment où elles sont en première ligne face à l’agression russe.

En effet, les trois États baltes ont la particularité d’être plus grands qu’on ne les imagine à Paris. L’Estonie est plus grande que le Danemark, la Lettonie que la Croatie et la Lituanie un peu plus petite que l’Irlande. Leur taille combinée correspond à peu près à celle d’un Portugal deux fois plus grand mais deux fois moins peuplé. Entre un quart en Estonie et un tiers en Lettonie de la population parlent le russe à la maison et sont donc une cible privilégiée de la propagande russe. Enfin, les trois États baltes, avec une altitude moyenne de 100 mètres, sont de plats pays et bénéficient de très peu de protections naturelles contre leur voisin russe.

Pour autant, ils ont démontré depuis 1991, leur volonté de s’intégrer dans le système euro-atlantique, d’apparaître comme des contributeurs de la sécurité collective et de modeler les réponses européennes au défi russe.

Pour mesurer le chemin parcouru par les Baltes, il suffit de penser aux difficultés d’une autre république ayant fait partie de l’URSS, la Moldavie. Partiellement peuplée de populations russophones mais ayant fait le choix de la neutralité à son indépendance, elle est aujourd’hui dans une situation précaire quand Moscou essaie d’influencer son destin de toutes les façons possibles. À l’inverse, les Estoniens, les Lettons et les Lituaniens apparaissent comme des États plus solides dans leur pleine souveraineté, en étant membres de l’Union européenne et de l’OTAN.

Depuis le rétablissement de leur indépendance, les États baltes sont atlantistes et alarmistes vis-à-vis de Moscou. Ils ont toujours été attentifs à ce que la coopération européenne dans le domaine de la sécurité et de la défense ne vienne pas dupliquer les garanties de l’Alliance atlantique, et donc risquer de les affaiblir, notamment en désengageant les États-Unis du continent européen.

Aujourd’hui, il faudrait questionner de nouveau le manque d’allant des Baltes pour que l’Union européenne joue un rôle plus important dans la défense de l’Europe, mais aussi reconnaître que le constat de longue date des Baltes de l’hostilité de Moscou est à présent largement partagé, notamment à travers la nomination de Kaja Kallas et d’Andrius Kubilius à des postes majeurs à Bruxelles.

Le rapport Niinisto sur la préparation des Européens(x) en 2024 souligne que l’on ne peut dissocier les dimensions purement militaires et territoriales des autres dimensions de la sécurité (énergétique, cyber, sociétale, etc.). Cela, les Baltes l’ont compris depuis longtemps, en raison de leur proximité avec la Russie et des attaques, militaires (Géorgie, Ukraine en Crimée) ou hybrides, de cette dernière sur son voisinage depuis 2008. Ainsi, les Baltes savent que l’UE a un rôle à jouer, notamment dans les domaines du cyber, de la lutte contre la désinformation, dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie de défense.

Cette étude se propose de revenir sur l’évolution des positionnements estonien, letton et lituanien depuis 2004, dans leur rapport à leur sécurité et à la défense de l’Europe – mais aussi sur l’influence qu’ils exercent maintenant dans le débat européen, entre UE et OTAN, sur la défense du continent.

Pour cela, elle évoquera d’abord les racines mémorielles et historiques de leur farouche volonté d’indépendance nationale, puis leur priorité d’assurer la stabilité et la continuité de l’engagement atlantique après 2004 avant de revenir sur le tournant de 2007 et 2008 dans leur vision de l’attitude russe. Enfin, elle abordera leurs politiques nationales de réaction à ces événements puis à l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 avant de revenir sur l’année 2022 et ses suites comme nouvelle époque de la sécurité européenne.

I. Indépendance nationale et insécurité mémorielle

Le retour des usages de l’histoire dans la diplomatie russe

L’un des effets de la fin de « la fin de l’histoire » est le retour de ses manipulations. L’un des exemples les plus frappants de cette dernière décennie reste probablement l’ajout par le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, d’un chapeau d’historien en chef à son képi de chef de guerre.

À plusieurs reprises, il s’est adonné à de longs discours historiques, voire même à des cours d’histoire dispensés à ses homologues, ainsi qu’à des publications qu’on retrouve sur le site de la présidence, mais aussi dans des revues internationales(x). Si l’histoire de l’entre-deux-guerres est restée son sujet de prédilection, il a aussi récemment effectué des incursions répétées dans l’histoire de l’Ukraine et de la Russie médiévale. Bien entendu, ce rôle de « président historien » a principalement pour but de justifier la politique contemporaine de la Russie.

De ce point de vue, le contraste est saisissant entre sa première tentative de se servir des arguments historiques en 2009, dans un article publié par la presse polonaise et en amont d’une rencontre qui voulait mettre en avant des éléments d’apaisement entre les deux pays(x), et la série d’articles publiés après 2019, défendant une vision beaucoup plus nationaliste, révisionniste et justificatrice de l’action de l’URSS. De la même façon, fin 2019, à l’occasion d’un sommet informel de la Communauté des États indépendants, Vladimir Poutine a pris le prétexte de répondre à une résolution du Parlement européen(x) pour élaborer un autre discours sur la Seconde Guerre mondiale(x), discours qu’il a développé l’année suivante dans une revue américaine de premier plan, The National Interest(x).

Dans cette série de documents et de prises de position, Vladimir Poutine a prétendu que l’Union soviétique avait tout tenté pour instaurer une coalition anti-Hitler, mais que les principaux États d’Europe avaient préféré lui tourner le dos pour négocier directement avec Berlin. Pour lui, le pacte Molotov-Ribbentrop du 23 août 1939 n’a été que le dernier exemple d’un État qui tente de se protéger d’Hitler après tous les autres. Certes, il a admis qu’il contenait des protocoles secrets, mais a allégué que les autres accords de non-agression des autres puissances européennes n’avaient jamais été rendus publics. Enfin, il a tenté de faire croire que l’URSS n’a pas occupé la Pologne, mais s’est plutôt installée dans des zones qui n’avaient plus de gouvernement pour sauver la population, et parmi eux les juifs, les Bélarussiens et les Ukrainiens.

Ces usages de l’histoire font partie d’une stratégie globale visant à réaffirmer le rôle de la Russie dans l’espace qui était celui de l’Union soviétique – dans le Caucase (vis-à-vis particulièrement de la Géorgie), en Asie centrale ainsi que dans les États baltes. Cette arsenalisation de l’histoire fait partie de la batterie des outils au service d’une stratégie hybride agressive.

50 ans d’occupation et de traumatismes nationaux

Pourquoi ces déclarations historiques du président russe revêtent-elles une importance cruciale aujourd’hui pour la sécurité européenne et de la région baltique en particulier ? Tout simplement parce que ces remises en cause servent de prétextes à des ingérences de la Russie chez ses voisins, allant jusqu’à des interventions militaires dans le cas de l’Ukraine(x). Il est d’ailleurs intéressant de noter que le statut d’occupation de la présence soviétique dans les États baltes et le retour légitime à leur pleine souveraineté ont de même été récemment remis en cause non pas seulement par la Russie mais aussi par la voix de l’ambassadeur de Chine à Paris(x).

Or, dans le cas des États baltes, le rétablissement de leur indépendance en 1990 et 1991(x) et l’affirmation de leur continuité étatique et constitutionnelle ont été fondés sur la réalité de leur occupation par l’Union soviétique en 1940 en vertu de ce même pacte Molotov-Ribbentrop(x) que Vladimir Poutine a aujourd’hui tendance à totalement relativiser(x). Cette occupation soviétique a été suivie par une occupation nazie, puis par une seconde occupation soviétique jusqu’en 1991, c’est-à-dire pendant près de 50 ans au total(x).

Durant cette période, les États baltes ont été sujets à des politiques de déportations systématiques, d’ingénieries sociales impliquant l’arrivée d’importants contingents de populations russophones venant d’autres républiques de l’URSS et de répression brutale de toute tentative de contestation.

Les États occidentaux n’ont jamais accepté de reconnaître l’occupation des États baltes par l’Union soviétique même s’ils n’ont pas agi militairement pour la contester. Ils ont continué à reconnaître les diplomates baltes en exil, la France a conservé l’or des Baltes sans le remettre à l’Union soviétique et les diplomates occidentaux en URSS avaient des consignes spécifiques en ce qui concernait des voyages dans les républiques baltes(x).

La double occupation a eu des conséquences durables : la Lettonie par exemple a ré-adopté puis modifié sa constitution datant de sa première indépendance et a limité initialement l’accès à la citoyenneté à ceux qui étaient citoyens avant l’indépendance et à leurs descendants. Cette réinstauration de la citoyenneté, couplée à la disparition de l’URSS fin 1991, a engendré la création de plusieurs dizaines de milliers de « non-citoyens »(x) en Estonie et en Lettonie(x).

On comprend donc que le retour à l’Ouest des États baltes a été largement favorisé par cette politique de non-reconnaissance de l’occupation de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie par l’URSS. Par ailleurs, le fait de pouvoir se réclamer d’États ayant connu l’indépendance antérieurement et donc d’acteurs légitimes du jeu international, a aussi facilité une forme de stabilité qui a permis leur rapide intégration dans les structures de l’UE et de l’OTAN(x).

Persister dans le choix de l’intégration euro-atlantique

À l’issue des mouvements de lutte pour le retour de leur indépendance, les États baltes ont poursuivi une politique affirmée de rapprochement et d’intégration des structures euro-atlantiques(x).

Cette dernière s’est matérialisée dans la peur de finir dans une « zone grise », notamment après le premier élargissement de l’OTAN décidé en 1997 et qui pouvait laisser penser que les Baltes allaient rester dans une zone d’entre-deux. En effet, cet état intermédiaire pourrait laisser penser, et c’était leur peur, que l’Ouest estimait légitime de les laisser sous l’influence de Moscou.

Cette orientation continue de la politique étrangère et de défense a été le résultat du traumatisme sociétal de l’occupation soviétique et s’incarne en premier lieu dans l’idée de la défense territoriale mais elle ne s’y limite pas. Leur positionnement géographique, la proximité de la Russie à l’est ainsi qu’au sud-ouest à travers l’enclave de Kaliningrad(x), le nombre de citoyens russophones de ces trois républiques(x), la dépendance énergétique(x) ou l’influence de la sphère médiatique russe sont autant d’éléments qui plaident pour une conception large de la sécurité et de la défense de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie. Plus largement, l’intégration euro-atlantique a aussi été un long chemin d’arrachement de la sphère économique russe(x) – dont les liens ont longtemps persisté, donnant lieu notamment à des entreprises systématiques de corruption des élites(x).

Or il y a eu une tentation permanente de la Russie de remettre en cause les fondements historiques et juridiques de l’indépendance balte, à laquelle a répondu une volonté balte de les renforcer auprès des autres Européens et des Américains. Pour cela, il apparaissait que l’OTAN héritée de la guerre froide, centrée sur la menace russe et sur la défense territoriale était la meilleure garantie de sécurité pour les Baltes. Or, dans le même temps, cette organisation se cherchait une nouvelle vocation après la guerre froide, et c’est une OTAN différente de celle de 1989 que les Baltes ont fini par rejoindre en 2004.

II. Assurer la stabilité de l’Alliance atlantique

Dans leur volonté de rejoindre l’OTAN, les Baltes se sont tout d’abord tournés vers les États-Unis. La première raison en est qu’ils ont estimé que ces derniers avaient été le pilier de la non-reconnaissance de leur occupation et qu’ils avaient de fortes communautés issues de l’exil dans ce pays(x). Il faut dire qu’au même moment, les Européens de l’alliance n’étaient eux-mêmes pas enthousiastes à l’idée de l’élargir une seconde fois plus à l’est, et encore moins vers d’anciennes républiques soviétiques.

Dans cette optique, les Estoniens, les Lettons et les Lituaniens ont tenté de démontrer non seulement leur niveau de préparation à une adhésion, mais aussi leur fiabilité comme futurs alliés. C’est pour cette raison qu’ils ont fait des efforts importants pour soutenir les États-Unis au tournant des années 2000.

Afghanistan et Irak

Dès les attentats de 2001 à New York et Washington, Tallinn, Riga et Vilnius ont montré leur appui aux États-Unis. Ils ont envoyé des troupes en Afghanistan, sans restriction dans les modalités de l’emploi de leurs forces pour les Estoniens(x).

Dans un second temps, les Baltes ont aussi apporté leur contribution(x) à la guerre des États-Unis contre l’Irak. Dès janvier 2003, ils figurent parmi les signataires de la lettre de huit pays d’Europe centrale en soutien à la politique américaine en Irak, avant de créer en février le « groupe de Vilnius » toujours dans le même objectif(x).

Dans le cadre de leur appui à Washington, ils ont voulu montrer qu’ils étaient capables de jouer la carte de la spécialisation(x) au sein d’une OTAN multimissions et, souvent, ils en ont payé un prix élevé (9 morts pour l’Estonie, 4 pour la Lettonie, 1 pour la Lituanie(x)) si on le rapporte à leur population et à la taille de leur armée.

2004 : la couverture aérienne et l’engagement hors zone

Il faut dire que l’américanisme des États baltes est lié à la fois à leur traumatisme historique et à leur position de pays exposés. Au moment de leur entrée dans l’OTAN, leurs armées sont limitées en taille, en expérience et en équipements face à une Russie qui a perdu de sa supériorité mondiale mais qui reste l’hégémon de la région.

Pour cette raison, ils ont souvent été vus à Bruxelles comme des single-issue countries, ou pays mono-problème, et ont joué la carte de la coopération avec les États-Unis et l’OTAN. Dans cette perspective, ils ont réformé leur modèle militaire et misé sur des unités plus légères, y compris adaptées au combat en terrain chaud. C’est ainsi que les uniformes lettons ont été modifiés en 2005 pour adopter des tons « désert », bien loin des nécessités opérationnelles de l’Europe du Nord(x) – montrant la place des opérations « hors zone » dans le schéma militaire du pays.

Cette stratégie du « donnant-donnant » est bien illustrée par la question de la police du ciel. Les États baltes n’ont pas de capacités de chasse aérienne et de protection de leur espace aérien. Or la proximité de la Russie, de l’enclave de Kaliningrad et du Belarus fait qu’ils sont sans cesse sous la pression d’avions qui violent volontairement leur espace aérien. Il est donc décidé que l’OTAN assurera par rotation leur police du ciel dès 2004.

Néanmoins, il faut nuancer l’idée d’une implication de l’OTAN qui soit uniquement transactionnelle : l’Alliance protège son espace aérien et donc doit le faire même si les Alliés ne peuvent pas contribuer. Elle l’aurait probablement fait même sans stratégie « hors zone » des Baltes, comme elle le fait pour des pays qui n’affichent pas leur solidarité avec autant de constance. Pour autant, il est plus facile de demander la solidarité quand on est solidaire soi-même et cette mission de police du ciel s’est confirmée comme permanente en 2012 après des années de lobbying balte(x).

En échange de cette protection, l’engagement des Baltes hors zone a ainsi été une manière pour eux de démontrer à leurs alliés leur utilité et de les engager à leur défense, quand bien même ils ne stationnaient pas de troupes permanentes à l’est de la Baltique.

Ce soutien ne s’est pas limité d’ailleurs aux opérations des États-Unis ou de l’OTAN. Les Estoniens, les Lettons et les Lituaniens ont aussi régulièrement contribué à des missions de l’ONU ou de l’Union européenne. La Lettonie, par exemple, a participé à toutes les missions de l’OTAN/ONU dans les Balkans depuis 1996 : en Bosnie, au Kosovo et en Albanie – intégrée à des troupes danoises ou suédoises. Elle a aussi fourni des policiers pour des opérations de l’Union européenne en Bosnie ou en Macédoine(x).

Pour la Lettonie et la Lituanie, la conséquence de cet engagement hors zone a été de réformer la conscription pour aller vers une armée de métier plus capable d’opérations extérieures. La conscription a finalement été abolie en 2007(x) pour la Lettonie et en 2008 pour la Lituanie(x). L’Estonie n’a jamais abandonné la conscription obligatoire(x).

III. 2008 : l’attaque russe en Géorgie comme prélude et non comme exception

Ainsi, les Baltes ont joué la carte du multilatéralisme occidental au début des années 2000 pour montrer leur solidarité au sein d’une Alliance qu’ils allaient rejoindre, soutien qui ne s’est pas démenti après leur adhésion.

Paradoxalement, après 2004, en l’absence de troupes au sol, de moyens maritimes d’ampleur et de plans de réaction rapide, l’arrangement des Baltes au sein de l’OTAN après leur adhésion ressemble à ce qu’était l’OTAN dans ses premières années : avant tout une garantie de sécurité nucléaire offerte par Washington. Après la Seconde Guerre mondiale et dans le cadre d’un monopole nucléaire, cela pouvait sembler suffire. Toutefois la Russie est elle-même une puissance nucléaire et conventionnelle de premier plan, ce qui lui permet de menacer et même d’intervenir chez ses voisins baltes dans des conditions qui testeraient, voire déjoueraient la crédibilité de cette garantie.

2007 : première attaque cyber contre l’Estonie

De fait, pour les Baltes, la sécurité ne peut se résumer à une couverture nucléaire. Elle est perçue comme multidimensionnelle, comme cela a été démontré dans les faits dès 2007.

L’Estonie est depuis longtemps le pays pionnier du cyber en Europe. Dès le milieu des années 2000, il a été possible de voter en ligne, et son administration est largement dématérialisée. En 2007, le gouvernement estonien décide de déplacer la statue du « libérateur soviétique » depuis le centre-ville de Tallinn vers un cimetière militaire, causant des émeutes d’habitants russophones de l’Estonie dans la capitale. Le déplacement est très mal vu à Moscou qui menace le pays de représailles(x). Dans les jours qui suivent, le pays est victime de cyberattaques massives(x), les premières du genre.

Cet épisode est symptomatique des dilemmes de la sécurité balte : un enjeu mémoriel fracture la société(x) et est instrumentalisé de l’extérieur par l’ancienne puissance coloniale. Le tout reste sous le seuil de l’agression cinétique et pose la question de la protection offerte par l’Alliance atlantique.

Par la suite, les Baltes ont demandé l’élargissement des dimensions de la sécurité, toujours au sein de l’OTAN(x). L’Estonie a poussé à la création d’un centre d’excellence cyber de l’OTAN, qu’elle a obtenue. Il en a été de même pour la Lituanie sur la sécurité énergétique (elle était en butte à des chantages de Moscou sur ce sujet) et pour la Lettonie sur la communication stratégique(x).

Dans tous les cas, il apparaissait alors que l’OTAN était bien le lieu de l’organisation de la sécurité balte, dans ses dimensions territoriales mais aussi plus largement dans les autres domaines de la sécurité.

2008 : les demandes de renforcement des assurances

Dès 2008, les Estoniens, les Lettons et les Lituaniens, face à l’attaque cyber contre l’Estonie, mais surtout face à celle de Moscou contre la Géorgie, ont demandé que les assurances fournies par l’OTAN soient plus tangibles et plus opérationnelles.

En effet, il est aujourd’hui admis que les Baltes n’ont pas bénéficié dès leur adhésion du même niveau d’engagement que les anciens membres de l’Alliance atlantique pendant la guerre froide, et même ensuite. Ce constat est notamment repris par Wess Mitchell, ancien sous-secrétaire d’État américain pour les affaires européennes et eurasiatiques(x) : pas de base permanente, pas de déploiement substantiel d’armes conventionnelles, ni d’armes nucléaires. Or la défense des États baltes posait déjà des questions à la fin des années 1990, quand une personnalité américaine aussi importante que Brent Scowcroft, ancien conseiller à la sécurité nationale pour les présidents Carter et Bush, écrivait qu’en cas d’attaque russe, la défense des États baltes ne pourrait se faire qu’avec des armes nucléaires(x) du fait de leur manque de profondeur territoriale, de leurs obstacles naturels limités et de leur faible densité.

Partant de ce point de vue, et dans l’espoir qu’avaient les Américains et les grands Européens de l’Ouest que de bonnes relations avec Moscou fussent la meilleure garantie de sécurité à l’Est, ils avaient freiné après 2004 tout renforcement sérieux du flanc Est, afin de donner des gages de bon voisinage à Moscou. Cette stratégie découlait de l’Acte fondateur Otan-Russie(x).

Or, du point de vue des Baltes, la guerre entre Moscou et Tbilissi en 2008 apparaît comme un signe puissant de changement, dans un contexte de réduction continue des forces mobilisables de l’OTAN en Europe, tel que mis en évidence dans un rapport de la RAND : 660 304 soldats en 2005 mobilisables en Europe centrale et du Nord (contre 495 568 en 2010 et 397 947 en 2016)(x). Le même rapport de la RAND montre aussi que le nombre de troupes russes tend à diminuer et que le rapport numérique reste toujours en faveur de l’OTAN. Pourtant, il démontre aussi un déséquilibre important au niveau sous-régional pour des États baltes qui forment quasiment une « île » rattachée au reste de l’Alliance uniquement par le corridor de Suwalki. Encore en 2017, le rapport de troupes entre les Baltes et le secteur ouest de la Russie allait du simple au double (31 813(x) contre 78 000(x)).

En 2008, l’OTAN n’avait toujours pas de plans solides de défense de la région en cas d’attaque russe et les Baltes en ont fait un objet du débat public(x). C’est seulement deux ans plus tard que l’OTAN a validé les premiers plans pour les États baltes et la Pologne(x).

Faire partie de tous les clubs et jouer la carte de la solidarité européenne

Même si la stratégie de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie a été de miser sur l’OTAN pour assurer leur défense, elles ont aussi joué la carte de l’Union européenne de façon permanente.

Dans une Union en cercles concentriques, les Baltes ont toujours été – comme la Finlande – sur les marges de l’Europe géographique mais au cœur de son système institutionnel. Ainsi, après leur adhésion à l’UE en 2004, les Baltes sont entrés dans l’Espace Schengen en 2007 mais ils ont surtout conduit un agenda décidé pour rejoindre le plus vite possible la zone euro quand bien même ils ont été très affectés par les différentes crises économiques européennes depuis 2008. C’est ainsi que l’Estonie a été le premier pays à rejoindre la zone euro en 2011, suivi par la Lettonie en 2014 et la Lituanie en 2015. Ils font partie des premiers pays de l’élargissement de 2004 à l’avoir fait avec la Slovaquie. Pour rappel, ni la Suède, ni le Danemark, ni la Pologne ou la République tchèque ne sont encore membres de la zone euro.

Il en est allé de même à propos de la crise migratoire en Europe de 2015 et des années suivantes : là où les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) se sont opposés aux solutions proposées par la Commission européenne, les trois États baltes ont accepté le mécanisme de relocalisation des demandeurs d’asile, dans le but de démontrer leur participation à la solidarité européenne.

Pour autant, à la question de savoir si l’Union européenne devait jouer un rôle plus important en matière de défense du continent, les Estoniens, les Lettons et les Lituaniens ont affiché une certaine perplexité, voire des réticences. Ils plaidaient pour le partage strict des tâches avec l’OTAN par peur de voir les États-Unis se désengager. D’autant qu’après 2008, les trois pays n’ont pas forcément fait eux-mêmes l’effort d’investir dans leur défense nationale : la Lettonie et la Lituanie ont abandonné la conscription et elles ont aussi plutôt désinvesti dans leur défense. Si l’Estonie consacrait(x) 1,9 % de son PIB à sa défense en 2008 et 2 % en 2014, la Lettonie y consacrait 1,7 % en 2008 et 0,9 % en 2014 et la Lituanie 1,1 % en 2008 et 0,9 % en 2014.

De ce point de vue, la stratégie estonienne a toujours été différente : maintenir un pourcentage de dépenses qui permette de justifier la solidarité de l’OTAN, même en cas de crise économique, tout en conservant un modèle de défense territoriale fondé sur la conscription(x). À l’inverse, la Lettonie et la Lituanie ont coupé dans leurs dépenses militaires et ont opté pour un modèle d’armée professionnelle.

On peut donc dire que pour les Baltes après 2004, comme après 2014, l’OTAN reste la pierre angulaire de leur défense, couplée à une volonté de montrer leur solidarité tant vis-à-vis des États-Unis que de leurs partenaires de l’UE. Pour autant, si la situation est alors alarmante pour eux et qu’ils tentent d’en convaincre leurs partenaires, c’est seulement à partir de 2014, de la guerre dans l’est de l’Ukraine et de l’occupation de la Crimée que leurs investissements de défense se musclent véritablement.

IV. La sécurité commence à la maison

Si l’OTAN a répondu partiellement à la demande des Baltes par l’adoption de plans spécifiques, l’attaque russe de 2014 dans le Donbass et l’annexion illégale de la Crimée ont conduit les Baltes à un niveau supérieur d’inquiétude.

Cohésion sociétale et sécurité de l’information

L’instrumentalisation par la Russie du séparatisme du Donbass et l’occupation de la Crimée ont été d’autant plus des signaux d’alerte pour Tallinn, Riga et Vilnius que la menace russe, si elle ne changeait pas de nature, changeait d’ampleur(x). Et cette situation pouvait faire écho à l’histoire douloureuse des États baltes et à leurs défis sociétaux d’alors.

En effet, comme les Russes ont pu manipuler la question des droits des russophones en Ukraine, il était évident qu’ils pourraient être tentés de faire de même en Estonie et en Lettonie – en tout cas d’utiliser leur puissance médiatique pour influencer clairement les opinions publiques.

Les défis auxquels font face les Baltes en matière de sécurité sont multidimensionnels. Ils affectent la sécurité territoriale et aérienne sans cesse « testée » par les Russes, la sécurité énergétique, la sécurité cyber et la sécurité sociétale. Parmi les scénarios d’attaque russe imaginés en 2019 dans un article de la revue annuelle stratégique lituanienne (revue scientifique), celui d’une « guerre hybride » reste le premier envisagé, avant une invasion opérée par des troupes stationnées de l’autre côté de la frontière ou une invasion plus massive par des troupes venues d’autres régions russes(x). En prenant la mesure de ce que pourrait être une telle opération hybride, Lukas Milevski rappelle que les russophones des États baltes ne sont pas assimilables aux citoyens de la Russie, ils tendent à s’en différencier et ont leurs propres intérêts qui ne sont pas dictés par Moscou, même si ce dernier tente de les influencer(x).

Pour faire face à ces défis, une des dimensions importantes de la stratégie des trois États baltes a été de mettre en place des mécanismes de lutte contre la désinformation. En effet, notamment en Estonie et en Lettonie, une partie de la population suit les médias venant de Moscou, parfois en direct, parfois dans des déclinaisons locales(x). Bien entendu, l’interprétation ou la manipulation des nouvelles concernant la situation politique dans les États baltes, en Ukraine, en Russie ou concernant l’UE et l’OTAN y est permanente – et menace la cohésion sociale dans les États baltes. Ces derniers ont donc très tôt tenté de mettre en place des outils pour lutter contre ces manipulations. En Estonie, par exemple, l’éducation aux médias et à l’information est une discipline rendue obligatoire pour tous les élèves depuis 2010, y compris dans les petites classes(x).

2014 : réinvestissement militaire

L’annexion de la Crimée a aussi conduit à un réinvestissement des Baltes dans leur défense. En effet, les budgets militaires ont été clairement ré-abondés depuis 10 ans, conformément à l’article 3 du traité de l’Atlantique Nord qui prévoit la responsabilité première de chaque allié pour sa propre défense.

Tableau 1

Dépenses militaires de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie depuis 2014 en pourcentage du PIB(x)

 20132014201520162017201820232024
Estonie1,901,932,032,072,012,013,043,43
Lettonie0,920,941,031,441,592,062,873,15
Lituanie0,760,881,141,481,711,972,782,85

La Lettonie et la Lituanie partaient de très loin et il faut garder à l’esprit que des années de sous-investissement ne se règlent pas en quelques budgets. Néanmoins, il apparaît clairement que l’année 2014 marque un tournant. En 2015, la Lituanie a ainsi réinstauré le service militaire obligatoire comme la Lettonie en 2023, tel qu’évoqué plus haut.

Tout ceci participe d’une logique de réinvestissement pour garantir la sécurité et la défense nationale, mais aussi comme signal aux alliés, a fortiori après l’arrivée du président Trump à la Maison Blanche en 2017. Les annonces de la poursuite des efforts bien au-delà des 2 % s’inscrivent dans cette logique, allant jusqu’à 5 % dans les projets lituaniens.

2014 : le renforcement progressif de l’OTAN dans la région

Ce réinvestissement militaire des Baltes a été couplé, après 2014, avec un changement de stratégie de l’OTAN qui a décidé d’envoyer des troupes dans la région dans une perspective de réassurance(x). Il s’agit du mécanisme EFP (Enhanced Forward Presence) décidé en 2016 lors du sommet de Varsovie et dont les pays du flanc Est de l’alliance, y compris les Baltes, sont les premiers bénéficiaires avec la Pologne dès 2017(x). Il s’agit de bataillons multinationaux pilotés par une nation-cadre(x) : le Royaume-Uni dans le cas de l’Estonie, le Canada dans le cas de la Lettonie et l’Allemagne pour la Lituanie. La cible est alors d’environ 4 500 soldats, ce qui semble rester dans les engagements de l’Acte fondateur OTAN-Russie de 1997(x) à la fois en limitant le nombre de troupes de façon à ce qu’elles n’apparaissent pas comme une menace et en termes de communication avec l’autre partie. Pour autant, ce stationnement de troupes marque la détermination de l’Alliance à agir en cas de menace sur la souveraineté de ses membres, dans une logique à la fois de réassurance et de dissuasion.

Les progrès du dialogue franco-balte

Depuis l’adhésion des États baltes à l’OTAN, le bilatéral entre Paris, Tallinn, Riga et Vilnius n’a jamais été facile. Un certain nombre de messages venant de Paris ont été perçus comme, pour dire le moins, maladroits : la déclaration du président Chirac sur « l’occasion de se taire », le dîner d’anniversaire prévu par le même président lors du sommet de l’OTAN à Riga en 2006 avec le président russe comme invité surprise – et finalement annulé(x) –, la cordialité affichée entre le président Sarkozy et le président russe ne sont que quelques exemples.

Par ailleurs, la position de la France sur le refus de l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine lors du sommet de Bucarest en 2008 ou la volonté d’entamer un dialogue avec Moscou en 2019 pour répondre aux demandes russes d’une nouvelle architecture de sécurité européenne ont été mal accueillies : Paris a toujours été suspecté de privilégier ses relations avec Moscou et ce même quand des gestes ont été faits pour comprendre la position des partenaires baltes – comme l’annulation des contrats Mistral par le président Hollande en 2014.

Par ailleurs, l’attachement français à l’idée d’une défense européenne a toujours été perçu comme dangereux, parce qu’il pouvait pousser les États-Unis, partenaire historique, à se désinvestir du continent européen, sans proposer une garantie de sécurité similaire(x).

Pour autant, l’attaque russe de 2022 sur l’ensemble du territoire de l’Ukraine a eu pour effet de rapprocher Paris et les Baltes. Dans un premier temps, les tentatives de maintenir le dialogue avec Moscou ont été très mal perçues(x), tout comme l’idée qu’il faudrait donner à la Russie des garanties de sécurité(x).

Toutefois ce qui a été vu comme un changement de cap, notamment après le discours très apprécié du président Macron au forum GLOBSEC de Bratislava(x), a donné une nouvelle dynamique au débat franco-balte sur les questions stratégiques : dans la mesure où les membres de l’OTAN, y compris la France, montraient qu’ils avaient compris l’importance d’une menace qui était soulignée par les Baltes depuis 15 ans, alors ces derniers – certes poussés par l’attitude de Washington – pouvaient faire un pas vers des initiatives européennes dans le domaine de la sécurité.

Par ailleurs, la présence de la France en Estonie, au sein des troupes de l’OTAN menées sur place par les Britanniques, apparaît comme un signe fort d’engagement de la France dans la sécurité de la région.

En 2014, pour renforcer la police du ciel dans les États baltes, l’OTAN établit aussi une seconde base aérienne, cette fois en Estonie à Ämari après celle de Šiauliai en Lituanie en 2004. Dans ce cas, il s’agit aussi d’avoir une présence rotative de 4 mois assurée par une des nations de l’alliance(x). Le Danemark a effectué la première rotation en Estonie.

En parallèle, comme mesure de réassurance, les États-Unis ont envoyé de façon bilatérale des troupes et des avions dans la région dès avril 2014(x).

Après 2014, on constate donc que la priorité a moins été à la coopération internationale hors zone, même si elle s’est poursuivie, qu’au renforcement de l’effort domestique. Au même moment, l’OTAN s’est investie plus clairement dans la région par la constitution de bataillons multinationaux, une brigade en Lettonie (juillet 2024) et une autre en Lituanie (mai 2025).

V. 2022 : le tournant de la sécurité européenne

L’attaque massive de l’Ukraine par la Russie au début de l’année 2022 a fini de transformer à la fois la stratégie des Baltes vis-à-vis de leur propre sécurité et celle de l’OTAN sur son flanc oriental(x).

Les effets de l’agression russe en Ukraine sur les sociétés baltes

Bien que les débats aient débuté sur la place de la Russie et de son héritage soviétique dans les États baltes au moment de leur retour à l’indépendance et, plus encore, à partir de 2014, il apparaît clairement que l’attaque russe de 2022 a accéléré un processus de mise à distance ayant débuté après 2008(x).

Par exemple, sur la question mémorielle, évoquée plus haut, 2022 marque un tournant. Le démantèlement des œuvres d’art ou des monuments commémoratifs soviétiques s’est précipité, en Lettonie notamment. En mai 2022, le Parlement letton a passé des amendements à des lois existantes pour permettre la démolition d’importants monuments soviétiques, profitant de la vague d’émotion soulevée par l’invasion de l’Ukraine(x). La plus spectaculaire a été la destruction du principal monument dédié à la victoire soviétique contre le nazisme, situé à Riga, sur la rive occidentale du fleuve, et qui, sous la période soviétique et plus tard, avait fini par devenir le symbole de la domination russe sur la Lettonie.

Ce parc monumental était surtout utilisé chaque année le 9 mai par la communauté russophone du pays pour commémorer la victoire soviétique, rassemblement qui a toujours créé des tensions politiques dans le pays après 1991. Cela a encore été le cas le 9 mai 2022, à la suite de quoi le gouvernement a pris la décision de le détruire : en août 2022 l’impressionnant obélisque de 80 mètres était abattu(x).

En Estonie aussi l’invasion de l’Ukraine a déclenché la destruction de plusieurs centaines de monuments soviétiques, à commencer, en août 2022, par un tank dans la ville de Narva(x), habitée majoritairement par des russophones et frontalière de la Russie, et dont la municipalité n’était pas favorable au démantèlement. La Première ministre Kaja Kallas a annoncé alors que ces destructions seraient systématiques(x).

En Lituanie, la vague de destructions a continué aussi, quoique le faible nombre de citoyens russophones crée un climat très différent.

Le lien entre débat mémoriel interne et relations internationales prend tout son sens quand on se rappelle que l’entretien des monuments soviétiques avait été demandé et obtenu par Moscou lors des traités de retrait des troupes russes des États baltes. Et c’est d’ailleurs par le biais de la dénonciation de cette partie du traité bilatéral que le Parlement letton a lancé la campagne de démantèlement.

Deux autres domaines sont aussi lourdement affectés par les réponses à l’agression russe en Ukraine : l’enseignement scolaire en langue russe en Lettonie et en Estonie d’une part, et la question des médias russes dans les États baltes, d’autre part.

Les États baltes étaient connus dès l’entre-deux-guerres pour avoir favorisé un système scolaire ouvert et avantageux pour les minorités linguistiques. À la chute de l’URSS et au retour des indépendances, une partie importante des enfants de la minorité russophone était scolarisée dans les écoles de langue russe en Estonie et en Lettonie. Depuis plus de 30 ans, la place de ces établissements est un objet de débats politiques dans ces deux pays où les russophones sont les plus nombreux. Pendant longtemps, il s’agissait d’y augmenter la part des cours obligatoires en estonien ou en letton. Depuis 2022, le gouvernement letton a pris la décision de convertir ces établissements dans le système de langue lettone d’ici 2025(x). En 2022, le Parlement estonien a décidé de lancer cette transition en 2024, sur 6 ans(x). En Lettonie, la langue russe ne sera même plus disponible en tant que seconde langue vivante dans le système scolaire à compter de 2027-2028.

Le troisième domaine affecté par la guerre de la Russie contre l’Ukraine est celui de l’espace informationnel balte. En effet, une partie de la population, qu’elle se déclare russophone ou non, a toujours suivi soit des médias locaux en langue russe, soit les médias – notamment la télévision – émis de Russie(x). Il va de soi que le traitement de la guerre en Ukraine par ces médias diffère largement de celui qu’on trouve dans les médias nationaux. Ainsi, la Lettonie a décidé en 2022 d’interdire les principales chaînes venues de Russie, puis finalement toutes les chaînes enregistrées en Russie(x). En Estonie, plusieurs chaînes russes et une biélorusse ont aussi été interdites dès 2022(x) et les chiffres semblent montrer que ceux qui continuent de regarder la télévision russe sont beaucoup plus sceptiques sur la qualité de l’information qui y est donnée(x).

Il est néanmoins difficile à ce stade de comprendre quel est l’avenir de l’espace informationnel en Estonie et en Lettonie, où les russophones sont les plus nombreux, mais où l’information locale de qualité en langue russe, soutenue par l’État, fait défaut. Par ailleurs, les informations venues de Russie continuent à exister dans les espaces médiatiques nationaux, à la fois via la télévision par satellite et par les réseaux sociaux comme les chaînes Telegram.

Ces trois éléments, mémoire, question scolaire et médias de langue russe, montrent à quel point les trois États baltes – surtout l’Estonie et la Lettonie – sont influencés par la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Cette dernière a engendré une accélération de la « nationalisation » de l’histoire et des sociétés des trois républiques baltes. Un certain nombre de politiques visent maintenant à effacer les stigmates de la période soviétique vue comme coloniale. Ces dimensions de politique intérieure interagissent avec leur politique extérieure et de sécurité.

Si les minorités russophones ont toujours été moins présentes en Lituanie, le même phénomène de découplage, amorcé plus tôt, s’est accentué avec l’agression russe contre l’Ukraine. Le pays a été le fer de lance dans la région de l’indépendance énergétique, gazière à travers la construction précoce d’un terminal destiné à accueillir les navires transportant du gaz naturel liquéfié (GNL), mais aussi électrique pour se découpler du réseau électrique russe.

L’OTAN et les partenariats bilatéraux au cœur de la stratégie de sécurité

Dès les prémices de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les Baltes se sont mis au service de la cause ukrainienne. Ainsi, les premiers systèmes anti-chars Javelin, envoyés par l’Estonie et la Lettonie(x) dès le mois de février, ont été reçus par les forces ukrainiennes le 22 février 2022, deux jours avant l’attaque russe. À ce jour, c’est plus d’un demi-milliard d’euros d’assistance qui a été fournie par l’Estonie à l’Ukraine, correspondant à plus de 2,2 % de son PIB, contre 1,8 % pour la Lituanie et 1,5 % pour la Lettonie(x).

En effet, les Baltes sont dans la première ligne du soutien à l’Ukraine, conséquence de leur analyse d’une attitude russe qui ne s’arrêtera pas à l’Ukraine(x). Par ailleurs, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie accueillent des dizaines de milliers de réfugiés ukrainiens(x). Il s’agit de plus de 80 000 réfugiés dans le cas de la Lituanie, c’est-à-dire plus qu’en Suède (60 000), pays plus grand, plus riche et réputé pour sa tradition d’accueil.

Pour assurer un tel soutien à l’Ukraine, les Baltes demandent aussi un renforcement de la protection offerte par l’OTAN. C’est notamment ce qu’ont fait les Estoniens, en sollicitant de nouveau la présence de troupes américaines sur leur sol après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, au prétexte, selon la Première ministre Kaja Kallas, que « la plus grande dissuasion, c’est que vous ayez des amis puissants. Si vous êtes harcelé à l’école, le harceleur s’arrête si vous avez des amis grands et forts, c’est la même chose avec la dissuasion […] La plus grande dissuasion contre la Russie, c’est un drapeau américain(x) ».

Les États-Unis sont pour les Baltes le premier garant de leur sécurité. C’est pour cette raison, que ces derniers ont tendance à soutenir systématiquement Washington sur les dossiers considérés comme prioritaires par la Maison Blanche. Au cours de la dernière décennie, que ce soit dans leurs rapports avec Cuba ou avec la Chine, les Lituaniens ont toujours gardé à l’esprit la priorité de la relation transatlantique(x) – au point qu’on a pu parler d’eux comme de « super atlantistes ».

Pour autant, les partenariats de sécurité bilatéraux se sont aussi multipliés, favorisés par le cadre otanien. En effet, la Lituanie a noué de solides relations avec l’Allemagne, qui est la nation-cadre des troupes de l’OTAN stationnées sur son territoire. Cependant, ce partenariat va ici plus loin, avec le projet d’installation d’une brigade en Lituanie(x), le premier déploiement allemand de ce type depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale(x). L’objectif est de stationner 4 800 soldats et 200 personnels de soutien et d’être prêts au combat en 2027(x). Deux bataillons formeront le cœur de cette brigade, en plus du bataillon multinational, déjà présent sur place sous commandement allemand, dans le cadre de la présence avancée de l’OTAN(x).

De la même façon que la Lituanie a renforcé son lien avec l’Allemagne, l’Estonie a renforcé sa coopération avec le Royaume-Uni, qui est la nation-cadre de la présence avancée pour l’Estonie. En 2023, il s’agissait déjà de la plus grande opération britannique à l’étranger et le commandement britannique estimait que plus de 11 000 soldats avaient déjà fait un séjour en Estonie dans le cadre de la rotation, ce qui correspond à plus de 10 % du total des effectifs britanniques.

Cela peut avoir un impact sur la conception que les Estoniens peuvent se faire de la coopération européenne en matière de sécurité : il convient pour les Estoniens de ne pas exclure les Britanniques et pour les Lettons de ne pas exclure les Canadiens qui jouent le rôle de nation-cadre pour eux.

En parallèle, la situation en mer Baltique, mais aussi au sein de l’OTAN, a changé depuis 2022. En effet, l’adhésion de la Suède et de la Finlande transforme la physionomie de la sécurité dans la région.

On a parfois pu trop rapidement en déduire que la mer Baltique devenait « un lac otanien », ce qui est une interprétation erronée. En tant que mer, elle est en effet gouvernée par les règles habituelles du droit de la mer : non seulement tous les bateaux des nations riveraines peuvent y circuler, russes compris(x), mais des puissances non riveraines peuvent aussi y croiser. Cette ouverture de la mer Baltique a permis à des bateaux russes et chinois d’y couper des câbles sous-marins(x). De plus, la Russie a même tenté d’y rectifier des frontières(x). La Baltique est donc devenue une zone de tensions. La guerre en Ukraine n’a pas forcément diminué le trafic militaire en Baltique, notamment parce que les transferts militaires vers Kaliningrad doivent à présent se faire par voie maritime(x).

Cette tension a eu pour résultat l’adhésion de la Suède et de la Finlande, qui change un certain nombre de choses pour les pays Baltes. Dès la fin de la guerre froide, tout en restant neutres elles-mêmes, les deux nations nordiques avaient été très favorables à l’adhésion des Baltes à l’OTAN dans les années 1990(x) dans la mesure où cela renforçait la sécurité de leur flanc Sud-Est. Cependant le statut de nations neutres avait plusieurs désavantages pour les États baltes. D’une part, les deux nations nordiques, surtout la Suède, étaient très sceptiques sur de possibles avancées européennes dans le domaine de la sécurité et de la défense quand bien même elles étaient membres de l’UE, ce qui aurait contribué à renforcer la dimension collective de la sécurité en Baltique. D’autre part, elles ne pouvaient pas participer à de possibles lignes d’acheminement d’hommes et de matériels vers les États baltes en cas d’extension de la menace russe. Cela favorisait la Russie qui n’avait pas alors à couvrir son flanc Nord-Ouest en cas de conflit avec l’OTAN – rendant les États baltes plus vulnérables.

OTAN : le tournant de Madrid

Le sommet de l’OTAN à Madrid en juin 2022, quelques mois après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, a marqué un tournant pour l’organisation. Tout d’abord, la Russie est à présent qualifiée de « menace la plus importante et la plus directe pour la sécurité des Alliés et pour la paix et la stabilité dans la zone euro-atlantique(x) ». Par ailleurs, l’OTAN a décidé d’augmenter le nombre de troupes qu’elle allait positionner sur son flanc oriental, en passant de la taille de bataillons (environ 2 000 soldats) jusqu’à la taille de brigades (environ 5 000) quand et où ce serait nécessaire(x), mais aussi de renforcer jusqu’à 300 000 soldats sa force de réaction rapide(x).

Pour Tallinn, Riga et Vilnius, toute mesure qui peut permettre de confirmer le statut de menace de Moscou et de renforcer la présence des troupes de l’OTAN sur place apparaît comme une priorité – tout comme le renforcement de la présence aérienne décidé à la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022. Pour les trois capitales, ces changements sont le signe que leur analyse était la bonne depuis déjà plus d’une décennie, et doivent conduire à renforcer la présence des alliés dans la région.

VI. Quelle nouvelle place pour l’UE ?

Face à l’augmentation claire de la menace russe et tel que cela a été décrit plus haut, les trois États baltes ont sans cesse demandé un renforcement de la présence de l’OTAN dans la région. Cette dernière est montée en puissance depuis 2016, et encore plus depuis 2022 et depuis l’adhésion des États nordiques à l’Alliance en 2024.

Il est compréhensible que dans leur perception de la sécurité, et en raison de leurs moyens limités, les Estoniens, les Lettons et les Lituaniens soient réticents à l’idée de doublonnage entre l’OTAN et l’UE : de leur point de vue, il est indispensable de ne pas affaiblir le lien transatlantique, ce que les idées d’autonomie pourraient finir par provoquer. C’est la raison pour laquelle ils ont, au départ, été réticents aux idées avancées par la France(x) et même plus largement au renforcement de la défense européenne, y compris au sein d’un pilier européen de l’OTAN. D’autant que le renforcement de la défense territoriale des Estoniens, des Lettons et des Lituaniens est assuré dans deux cas sur trois par des nations non-UE : le Royaume-Uni est nation-cadre en Estonie et le Canada en Lettonie.

Par ailleurs, et comme le soulignait récemment le nouveau secrétaire général de l’OTAN, il n’est pas réaliste à ce stade de penser que les Européens pourraient se défendre eux-mêmes sans les États-Unis, que ce soit dans le cadre de l’UE ou d’une OTAN réduite à l’Europe(x).

Pour autant, Tallinn, Riga et Vilnius sont aujourd’hui, comme le reste de l’Europe, plongés dans un état de sidération par la nouvelle politique américaine vis-à-vis du continent. La fin annoncée du soutien à l’Ukraine, ou la possibilité d’une mauvaise paix, tout comme la dimension purement transactionnelle de la politique américaine créent un nouveau contexte. D’un côté, certains responsables baltes comme le directeur politique du ministère lituanien de la Défense Vaidotas Urbelis reconnaissent que la défense de l’Europe est avant tout le problème des Européens, voire même félicitent Donald Trump d’accélérer cette prise de conscience(x). Que des déclarations de ce type soient faites dans les médias américains, y compris pour souligner l’effort budgétaire des Lituaniens et des Européens, prouve que l’espoir de convaincre la Maison Blanche de rester en Europe n’a pas totalement disparu.

À l’inverse, le ministre estonien des Affaires étrangères note que les négociations entre Moscou et Washington ne peuvent exclure ni les Ukrainiens ni les Européens. Il déclare que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN est la meilleure garantie de sécurité, mais que si cette dernière n’est pas possible alors l’envoi de troupes européennes en Ukraine sera la solution et que l’Estonie y participera(x).

Il apparaît donc que, vue des États baltes, la continuité du soutien américain sous la présidence de Donald Trump est moins certaine que par le passé. L’adaptation à cette nouvelle réalité est difficile(x), même si pour le moment, il n’y a pas de signe concret de désengagement des États-Unis de la région.

Dans ce climat d’incertitude, il est tout de même des domaines où les trois États baltes reconnaissent le rôle plus important que pourrait jouer l’Union européenne.

De façon générale, la sécurité sociétale – la prospérité économique ou la lutte contre la désinformation – trouve plus naturellement sa place dans le cadre de l’Union européenne que dans celui de l’OTAN, tout comme les sanctions contre la Russie. Un cas intéressant et symptomatique est celui de la sécurité énergétique, qui a été mis en avant de façon précoce par les Lituaniens. Non seulement ces derniers ont construit un terminal GNL qui leur a permis de se passer rapidement du gaz russe, mais il a été cofinancé par la Banque européenne d’investissement et la Commission européenne a approuvé une exception aux règles européennes sur les aides d’État pour que l’État lituanien puisse apporter sa garantie financière. La Lituanie a été le premier État européen à se passer totalement de gaz russe bien qu’il en fût l’un des plus dépendants.

Plus récemment, en février 2025, c’est aussi le système électrique des trois États baltes qui s’est déconnecté du réseau russe pour se connecter entièrement au réseau de l’Union européenne, en échange d’une aide de l’UE supérieure au milliard d’euros(x).

Parmi les défis qui nécessitent l’intervention de l’UE, on trouve aussi tout ce qui relève de l’industrie de défense. Dans ce domaine, les États baltes sont dépendants d’industries plus solides que les leurs, mais ont les mêmes besoins que les autres Européens : acheter en qualité, en quantité et avec des délais de livraison raisonnables auprès de fournisseurs fiables. La Lettonie et la Lituanie se fournissent de façon très majoritaire auprès des États-Unis(x) tandis que la politique estonienne est plus équilibrée. De leur point de vue, il est aussi préférable que l’achat renforce la relation de sécurité entre eux et l’acheteur, prioritairement américain mais aussi européen.

Néanmoins, dans les trois pays, une ouverture plus grande est en train de se faire à l’idée du renforcement de la BITD : non seulement les marchés qu’ils peuvent passer avec les États-Unis ne sont peut-être pas suffisants pour maintenir l’intérêt de Washington sur le long terme, mais en investissant un pourcentage toujours plus grand de leur richesse nationale dans leur défense, Tallinn, Riga et Vilnius font des choix budgétaires douloureux qui nécessitent aussi de mettre en avant un retour sur investissements en termes économiques et d’emplois locaux.

Enfin, parmi les différents enjeux sur lesquels l’appui de l’Europe apparaît indispensable, on trouve le nouveau projet de « Ligne de défense baltique » qui veut renforcer la frontière terrestre entre les États baltes, la Russie et le Bélarus. De concert avec la Pologne, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie demandent à l’Union européenne d’investir dans cette ligne de défense, constituée dans un premier temps de points logistiques(x).

L’OTAN, comme organisation, n’ayant pas les fonds pour financer la solidarité européenne dans la défense territoriale de la Baltique orientale, c’est donc bien l’Union européenne qui est ici la seule capable d’assurer cette solidarité. C’est d’ailleurs l’ancienne Première ministre et aujourd’hui haute représentante Kaja Kallas qui avait proposé, la première, l’émission d’eurobonds pour financer l’aide à l’Ukraine et le réarmement de l’Europe.

Dans tous les cas, le fait que deux personnalités éminentes issues de cette région prennent des postes de première importance au sein de l’Union européenne(x) marque à la fois la place que les 24 autres États européens sont prêts à leur donner, et le fait que les Baltes réévaluent leur opinion sur le rôle que l’UE peut jouer dans la sécurité des Européens. Ces postes convoités nécessitent un fort investissement de capital politique et diplomatique, et cela indique qu’ils sont des priorités. Avec des nuances entre les trois capitales, Vilnius restant la plus proche de ses positions initiales, on peut parler d’un véritable rééquilibrage du positionnement stratégique des Baltes entre l’OTAN et l’UE.

Conclusion

Aujourd’hui, il apparaît clairement que l’analyse partagée des Européens sur le défi russe à la sécurité du continent s’est rapprochée d’une conception que les Baltes formulaient depuis longtemps.

Au même moment, il est apparu que l’Union européenne était aussi un vecteur important pour répondre à ce défi qui pose des questions dans les domaines cyber, énergétique, économique et de l’industrie de défense européenne, à la fois pour défendre les États membres de l’UE et pour soutenir l’effort ukrainien face à l’invasion russe. Ces dimensions non militaires, les Baltes les intègrent dans leur perception de la sécurité, mais ils sont aussi de plus en plus disposés, pour la première fois, à débattre des sujets militaires dans le cadre de l’UE.

Le fait pour les Baltes de se retrouver à la fois en première ligne et au cœur des politiques européennes leur permet de jouer un rôle nouveau. Ainsi, l’Estonie a été à l’origine de plusieurs propositions d’ampleur dans le cadre de l’Union européenne : le programme européen de production de munitions à destination de l’Ukraine (ASAP) ou l’alignement entre Paris et Tallinn à propos d’un possible emprunt européen destiné à financer l’aide à l’Ukraine.

Ces deux exemples sont symptomatiques : il y a 10 ans, les Estoniens auraient probablement pensé que l’OTAN devrait monopoliser les questions de défense – y compris peut-être des munitions – et le pays était rangé dans le club des « frugaux », hostiles à l’endettement européen.

Un des symboles de cette centralité nouvelle des Baltes dans le système européen après 20 ans d’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN reste bien entendu la nomination de Kaja Kallas, la précédente Première ministre estonienne, au poste de haute représentante pour la politique étrangère et de sécurité de l’UE / vice-présidente de la Commission européenne pour le nouveau cycle politique qui commence en 2024 après les élections européennes. Cette nomination par le Conseil européen montre que la position estonienne est aujourd’hui devenue majoritaire et beaucoup plus audible à Bruxelles. Il en va de même pour le premier commissaire européen à la Défense, l’ancien Premier ministre lituanien Andrius Kubilius.

Par ailleurs, d’autres voix baltes ont gagné en notoriété dans les cercles européens, que ce soit l’ancien ministre des Affaires étrangères letton et aujourd’hui président de la République Edgars Rinkēvičs ou l’ancien ministre des Affaires étrangères lituanien Gabrielius Landsbergis.

Si l’atlantisme des Estoniens, des Lettons et des Lituaniens a été beaucoup caricaturé, il est désormais à réévaluer, même s’il reste solide : l’Union européenne est aussi vue comme un élément central de la sécurité des États baltes. De ce point de vue, la position des Baltes a évolué : de « bons élèves » de la cause européenne, ils en sont venus à proposer des solutions aux défis de sécurité dans le cadre de l’UE. Il reste à voir quel sera l’héritage de ce positionnement nouveau en matière d’influence sur la politique étrangère et de défense de l’UE.

Ces conclusions étaient déjà valables avant le résultat des élections américaines de novembre 2024. Elles semblent l’être encore davantage à la lumière des déclarations et des décisions de l’administration Trump depuis son retour à la Maison Blanche. Si les Baltes ne veulent pas apparaître comme passant par pertes et profits l’Alliance atlantique et le cadre opérationnel militaire que procure l’OTAN, ils ne veulent pas pour autant retarder le sursaut européen en matière de sécurité et de défense, y compris de façon autonome si nécessaire par rapport à la politique américaine. Il y a lieu d’explorer plus avant le lien entre les Baltes et les États-Unis, et les conclusions que les milieux décisionnaires estoniens, lettons et lituaniens tirent du retrait américain de l’Europe et de l’arrêt brutal du soutien à l’Ukraine, dont les Baltes sont de fervents partisans.

Chronologie

1990 : Proclamation du rétablissement de l’indépendance pour l’Estonie

1991 : Proclamation du rétablissement de l’indépendance pour la Lettonie et la Lituanie

1993 : Départ définitif des troupes russes de Lituanie

1994 : Départ définitif des troupes russes d’Estonie et de Lettonie

1997 : Annonce de l’élargissement de l’UE – 1er élargissement de l’OTAN (Pologne, République tchèque, Hongrie)

1998 : Charte États-Unis – Pays baltes

2004 : Double adhésion à l’OTAN et à l’UE

2007 : Estonie victime de cyberattaques

2008 : Invasion de la Géorgie par la Russie

2011 : L’Estonie adopte l’euro

2014 : Annexion illégale de la Crimée, guerre dans le Dombass. La Lettonie adopte l’euro. Déploiement de troupes américaines dans la région

2015 : La Lituanie adopte l’euro. Début de la crise migratoire européenne

2016 : Sommet de Varsovie de l’OTAN, annonce de la présence avancée de l’OTAN

2021 : Crise migratoire par le Belarus

2022 : Invasion de l’Ukraine par la Russie. Sommet de Madrid de l’OTAN. Sommet de Versailles de l’UE

2024 : Kaja Kallas est nommée haute représentante et Andrius Kubilius est nommé commissaire européen à la Défense

2025 : Retour de Donald Trump à la Maison Blanche

Bibliographie

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Dr Philippe Perchoc