Dissuader la Chine ? Taïwan et les États-Unis face à leurs dilemmes défensifs
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Cette étude propose une analyse des dynamiques géostratégiques et militaires contemporaines dans le détroit de Taïwan, en articulant les facteurs chinois, taïwanais et américain dans une perspective régionale. Elle souligne les dilemmes qu’impose la modernisation accélérée et les manœuvres de l’Armée populaire de libération à des défenseurs contraints de réviser leurs doctrines, et dont la posture de dissuasion repose peut-être moins sur une cohésion d’ensemble que sur des équilibres contingents et des ambiguïtés persistantes. L’approche associe données militaires, logiques géopolitiques et dynamiques politiques, culturelles et économiques, resituant ces enjeux dans leur profondeur historique. L’étude s’appuie sur un corpus de rapports officiels, littérature universitaire, presse spécialisée chinoise et taïwanaise, ainsi que plusieurs travaux de terrain à Taïwan entre 2021 et 2025, afin d’éclairer non seulement les évolutions doctrinales et capacitaires, mais aussi les rivalités idéologiques, les inerties bureaucratiques et les contraintes industrielles et budgétaires. Au-delà du rapport de force dans le détroit, l’étude examine la difficile équation que doit résoudre Washington entre objectifs stratégiques, moyens militaro-industriels et volonté politique. Elle met notamment en lumière les ambivalences d’une politique oscillant entre l’affirmation d’une priorité donnée au théâtre asiatique et la pression exercée par l’administration Trump sur la solidarité du système d’alliances américain. En dépassant les lectures limitées à l’armée chinoise ou aux fluctuations de la politique américaine, l’étude accorde une place particulière à la scène politique taïwanaise et aux orientations de ses forces armées. Elle complète de cette façon un champ d’études taïwanaises souvent centré sur les identités et les clivages sociopolitiques, et souligne comment cet enjeu dépasse le face-à-face inter-détroit pour s’affirmer comme un élément central des équilibres en Indopacifique.
Introduction
La paix n’a pas de prix, et la guerre n’a pas de vainqueur.
Président de la République de Chine-Taïwan Lai Ching-te (賴清德),
mai 2024.On viendra vous chercher et on vous aura, tôt ou tard.
Porte-parole du ministère de la Défense chinois, Wu Qian (吳謙),
février 2025.Nous ne nous laisserons pas expulser de cette région cruciale.
Pete Hegseth, secrétaire à la Défense des États-Unis, mai 2025
Taïwan représente la clef d’une défense maritime efficace pour une Chine s’estimant entourée de voisins hostiles et désireuse de sécuriser ses intérêts grandissants à l’étranger. Dans le détroit, le glissement du rapport de force en faveur de Pékin lui ouvre progressivement la possibilité de transformer en atout ce qui constituait naguère une vulnérabilité navale.
Sécurisée sur le flanc nord-ouest, la Chine concentre désormais la majeure part de son attention militaire sur Taïwan. La modernisation des forces armées de Pékin porte ses fruits; elles sont désormais déployées en nombre croissant dans le détroit et de plus en plus près de l’île convoitée.
Taïwan accélère également ses efforts de défense, mais éprouve des difficultés à soutenir la cadence. À Taipei, le peuple a élu début 2024 un président, Lai Ching-te (賴清德), décidé à résister. Pékin voit ainsi la conjoncture politique insulaire prendre un tour aussi défavorable qu’évolue en parallèle l’alignement des Taïwanais sur ses rivaux occidentaux et japonais. Quant au Pentagone, si ses stratèges font de la situation leur pacing scenario(x), il a longtemps dispersé ses énergies sur d’autres fronts, subit la tyrannie des distances et s’inquiète enfin de sa capacité à suivre le rythme imposé par la modernisation de l’Armée populaire de libération (APL).
Comme John Mearsheimer l’a démontré dans son Conventional Deterrence(x), une posture de dissuasion conventionnelle reste solide si un attaquant présumé considère que son opération est à la fois trop coûteuse et peu susceptible de réussir. La question des moyens militaires est donc centrale, car leur acquisition peut participer au renforcement de la détermination de l’agresseur à remplacer la menace par les actes. Pour le défenseur, tout repose sur sa capacité à imposer à l’attaquant des pertes inacceptables, condition même de la crédibilité de sa stratégie.
Or c’est bien cette posture de dissuasion qui est sous tension actuellement, un glissement nourri par une Chine plus confiante dans ses capacités à renverser un fragile statu quo à son profit, des forces armées taïwanaises s’efforçant de surmonter les défis d’une modernisation pressante, une absence structurelle d’espace de conciliation entre fermeté de la revendication chinoise et sentiment national taïwanais, et une administration américaine plus difficile à lire et montrant parfois des signes d’hésitation quant à l’intensité exacte de son soutien en faveur de l’île(x).
En effet, au-delà de l’avenir de Taïwan, c’est aussi la suprématie régionale de Washington qui est en jeu et, avec elle, la sécurité des routes maritimes menant à la fois au Japon et à l’Europe. Les implications d’une déstabilisation du détroit seraient dès lors à la fois graves et mondiales. Il convient donc de passer en revue les progrès de l’APL en matière de modernisation et de ses pressions contre Taïwan. À la différence d’une littérature centrée sur la stratégie chinoise, ce travail fondé sur des sources locales s’attache aussi à analyser l’état de préparation des défenseurs.
La variable militaire ne prend sens qu’au regard du contexte politique plus large qui la structure. « Il n’y a pas de Grande Muraille » entre le civil et le militaire, écrivait Mao Zedong(x). Outre cette variable, nous détaillerons donc aussi les dimensions politiques comme culturelles des débats des défenseurs. Cette méthode est en accord avec la vision d’André Beaufre, pour qui la guerre est bien « totale, c’est-à-dire menée simultanément dans tous les domaines, politique, économique, diplomatique et militaire. Il ne peut donc y avoir de stratégie que totale(x)».
I. Un réarmement chinois guidé par l’objectif taïwanais
Un alignement capacitaire et doctrinal
Alors que les premiers mois de la seconde administration Trump se distinguent par des mesures douanières unilatérales, une posture incertaine en Ukraine comme au Moyen-Orient et un recul de la confiance transatlantique, Pékin intensifie sa pression sur Taïwan. Les progrès de l’APL en matière de modernisation peuvent se résumer par les termes employés par deux stratèges pour l’Indopacifique de l’administration Biden, Kurt Campbell et Rush Doshi: « L’époque accorde de nouveau l’avantage stratégique à ceux les plus aptes à opérer à grande échelle(x). »
Ce qui se passe aujourd’hui était prévisible. Pendant 30 ans, la modernisation de l’APL s’est opérée sur deux axes principaux: premièrement, l’amélioration des capacités, en particulier de la marine (PLAN) et de l’armée de l’air (PLAAF), pour les adapter à un conflit contre Taïwan; deuxièmement, la mise en œuvre des armements et de la doctrine requise pour dissuader et, si nécessaire, vaincre les forces américaines qui pourraient s’interposer en sa faveur. Pékin et Xi Jinping le martèlent, Taïwan doit être obtenue, par la force si besoin. Ainsi, le Livre blanc de la défense de la République populaire de Chine de 2019 précise: « la résolution de la question de Taïwan et de l’unification nationale [est un] intérêt fondamental du peuple chinois » ainsi que « le domaine maritime constitue le centre de gravité des préparatifs à la lutte militaire »(x).

Les enfants de la Chine nouvelle (années 1950) boutent Chiang Kai-shek et MacArthur hors de Taïwan, condition de la paix sur la côte chinoise (la blanche colombe), en usant des trois armes: aviation, marine et troupe. Le tout soutenu par le développement industriel chinois. Vision d’hier à application actuelle, les choses n’ont guère changé. Collection de l’auteur.
L’expérience contrastée de la Russie en Ukraine – marquée par une attaque initiale brouillonne et peu concluante, suivie d’une guerre d’usure qui met en évidence l’avantage démographique et industriel russe – encourage Pékin à poursuivre la modernisation de l’APL, selon la RAND(x). Entre-temps, la dépendance économique et politique accrue de la Russie à la Chine se traduit par le soutien explicite de la première à la seconde concernant ses objectifs devant Taïwan(x), drainant avec elle une partie importante d’une Eurasie que Pékin perçoit comme son plastron(x).
Le scénario taïwanais continue donc actuellement à guider les objectifs de montée en puissance de l’APL et de ses exercices. Le budget de la défense chinois est vingt fois supérieur à celui de Taïwan. Il s’agit d’un minimum car les chiffres publiés par Pékin excluent la recherche et le développement ainsi que les achats à l’étranger(x). La Chine a également profité de ses liens avec l’Occident pour ces efforts de modernisation, comme le déclarait Xi Jinping dès 2012: « Nous renforcerons les échanges technologiques avec les pays occidentaux pour réunir les conditions nécessaires à notre développement(x). » Le rattrapage technologique des forces armées chinoises continue de même à bénéficier des efforts d’intégration civilo-militaire de Pékin(x). Certes, les dépenses américaines demeurent plus élevées. Washington disperse cependant ses ressources à l’échelle mondiale, tandis que la Chine concentre ses efforts dans la même région, face à Taïwan.
Quant à la puissance industrielle et d’innovation de la Chine, elle se traduit désormais en termes militaires. Selon l’ex-secrétaire à l’US Navy, l’ensemble des capacités de construction navale américaines réunies sont inférieures à celles d’un seul chantier naval chinois(x). Le Pentagone estimait en 2023 à 370 le nombre de navires chinois, et à 435 pour 2030, contre 300 pour la marine américaine (soit un avantage en matière de coques de 50 %). Rien qu’au niveau des unités de surface, la PLAN a en 2023 mis en service son 8e croiseur (classe Renhai, type-055), continué la production de destroyers lance-missiles Luyang III (Type-052), de frégates lance-missiles Jiangkai II (Type-054), et Jiangkai III (Type-054A). En 2015, la Chine ne possédait que 10 % des capacités de lancement vertical (VLS) de la marine américaine; elle devrait pourtant les surpasser d’ici 2027(x). En novembre, Pékin a entre autres mis en service le Fujian, son troisième porte-avion dont les capacités (plus grand nombre d’avions et catapultes électromagnétiques) n’ont rien de comparable avec les précédents. Mettre aussi vite sur pied une telle force, vu son prix de maintenance, pose évidemment la question de sa future mission(x).

Vue aérienne d’un croiseur Type 055 Renhai de la PLAN. Conçu pour le combat
en haute mer et la défense antiaérienne. Noter les nombreux containers VLS
derrière le canon de poupe et le bloc-passerelle(x).
Dans les médias chinois, la mission assignée aux porte-avions est fréquemment décrite comme consistant à « tenir l’ennemi à l’extérieur des portes du pays » (拒敵於國門之外)(x), c’est-à-dire attirer les groupes aéronavals américains loin du détroit. À l’inverse, elle peut aussi être présentée comme relevant de la logique « contrôler la mer depuis la terre » (以陸制海)(x), grâce à l’intégration des porte-avions avec l’aviation basée à terre et les missiles de la Force des fusées. Dans cette optique, et toujours dans le but de compliquer l’accès des forces américaines aux espaces maritimes autour de Taïwan et des mers de Chine, les commentaires chinois appellent régulièrement à accélérer la construction de nouveaux porte-avions, qu’ils soient à propulsion nucléaire ou classique, sur la base d’un design standardisé dérivé du Type 003 Fujian(x). Dans leur ensemble, ces évolutions témoignent de la transition doctrinale de la PLAN, qui passe d’une stratégie de « défense des mers proches » (近海防禦) à celle de « protection des mers lointaines » (遠海護衛). Sur le plan naval, ces évolutions reflètent l’ambition de passer d’une posture de sea denial inspirée de Corbett à celle de sea control d’inspiration mahanienne(x).
Des années durant, les experts occidentaux ont considéré que le manque de navires amphibies dans la marine chinoise laissait penser que l’APL ne se préparait pas à un conflit contre Taïwan. Or la possibilité a été négligée que, dans le cadre de sa stratégie de fusion civilo-militaire (MCF)(x), la Chine mobilise sa flotte civile pour transporter troupes et véhicules à travers le détroit. Il faut se pencher sur ses exercices militaires, réunissant toutes sortes de navires de pêche, cargos, porte-conteneurs, ferries…

Navire d’assaut amphibie Type 076 Sichuan(x).
Parallèlement, la production de navires d’assaut côtoie l’adaptation depuis 2020 de ferries RO-RO (roll-on/roll-off) aux missions de débarquement. L’APL les a modifiés pour leur permettre de débarquer du matériel lourd en mer par pontons flottants(x). En fait, ces essais, bien qu’innovants, souffraient de leur complexité et de leur vulnérabilité aux intempéries. De nouvelles barges géantes et pontons corrigent désormais ces faiblesses(x).
Ces moyens ingénieux mais rustiques côtoient le développement d’unités d’assaut polyvalentes, innovantes et de très grande dimension. Le cas du navire amphibie Type 076 est emblématique. Évolution du Type 075, il combine les fonctions d’un porte-hélicoptères et celles d’un porte-aéronefs léger. Il est le premier de la PLAN à incorporer des catapultes électromagnétiques (EMALS), lui permettant de lancer des drones à voilure fixe (UAV) et des appareils à décollage vertical. Avec un déplacement de plus de 40 000 tonnes, une propulsion hybride (turbines à gaz et électricité), il se distingue par sa polyvalence: hélicoptères, drones, engins de débarquement. Son système d’armes repose sur l’IA, favorisant l’intégration multiplateformes et la rapidité de prise de décision. Conçu pour opérer au large comme en zone littorale, il renforce la capacité de Pékin à mener des opérations expéditionnaires contre Taïwan et derrière la chaîne d’îles(x).
La force aérienne chinoise est désormais la plus grande d’Asie, avec plus de 2 800 appareils de tous types, dont la qualité et les capacités rattrapent ou surpassent en certains domaines (drones, armements à longue portée) le matériel occidental. Tirant parti de son autonomie industrielle et de cadences de production soutenues, elle développe un système de forces intégré. Elle renforce ainsi sa flotte de transport (Y-20, transport de parachutistes et de véhicules), d’avions-radars (KJ-600, bientôt basés sur porte-avions), de ravitaillement en vol (Y-20U, augmentant l’allonge de ses chasseurs et bombardiers), de chasse (J-20 destinés à l’interception à longue portée, dotés du missile PL-15(x)contre les plateformes d’alerte précoce et ravitailleurs), de bombardements (H6K, J et N, pour leurs capacités antinavire et antisurface à longue portée, ou nucléaires). La Chine semble également avoir fait de grands progrès en matière de motorisation (WS10C pour le J-20, WS15 pour le Y-20), longtemps un point faible(x). Taïwan se situe en outre à portée d’hélicoptère du continent, et l’APL massifie depuis plusieurs années les capacités de ses forces héliportées, à la fois d’attaque et de transport, destinées à frapper les arrières du dispositif du défenseur taïwanais, voire à mener des opérations de décapitation(x). Circulant fin octobre sur Weibo, une vidéo générée par IA représentait d’ailleurs l’enlèvement par un commando héliporté du président taïwanais Lai Ching-te, trahi par son service de sécurité(x).
Le segment des drones connaît une expansion encore plus rapide. L’APL utilise d’abord, dans le détroit de Taïwan, un large éventail de drones de surveillance (appareils MALE, drones de reconnaissance maritime et plateformes ISR) pour le recueil du renseignement et la patrouille. Ces missions, routinisées, s’inscrivent dans la pression de « zone grise » exercée autour de l’île (abordée plus bas)(x). Pékin est aussi susceptible de convertir en drones suicides ou d’appâts des appareils dérivés d’anciens chasseurs (J-6/J-7), dans le but de saturer la défense et les capacités de détection adverses(x). La Chine développe simultanément des plateformes plus lourdes, dont le drone-mère Jiutian, capable d’embarquer jusqu’à 6 tonnes de charge utile, dont des essaims de drones plus petits. Polyvalent (transport, guerre électronique, frappes de précision), le Jiutian pourrait s’intégrer au Type 076 Sichuan(x). Un autre programme retient l’attention: le GJ-11, doté de soutes d’armement internes et destiné à opérer dans des environnements plus fortement contestés. Son emploi s’inscrit dans le concept de « collaboration homme-machine » (有人-無人協同作戰), où un appareil habité comme le J-20 coordonne des drones d’accompagnement chargés de missions de pénétration, de guerre électronique ou de suppression des défenses aériennes (SEAD). Selon la presse militaire chinoise, ces systèmes visent à ouvrir des brèches dans les systèmes de défense adverses tout en maintenant les plateformes habitées à distance de sécurité(x). Parallèlement à ces avancées, l’APL cherche à se prémunir contre les drones et missiles que Taïwan et les États-Unis pourraient lui opposer. Lors du défilé du 3 septembre 2025, elle a ainsi présenté de nouveaux systèmes à énergie dirigée, tels que le laser haute énergie LY-1, potentiellement déployable à la fois à terre et en mer, ainsi que des systèmes à micro-ondes. Le degré de maturité et les performances de ces équipements restent toutefois à déterminer(x).

Un J-16 en démonstration armé de toute la gamme PL (霹雳 10/12/15/17) - PL-10: combat rapproché (IR); PL-12: moyenne portée; PL-15: longue portée BVR; PL-17: très longue portée(x).
Pékin cherche aussi à dominer le domaine émergent des drones sous-marins, en particulier les modèles de grande taille. Ces XLUUV (extra-large uncrewed underwater vehicles), mesurant 18 à 20 mètres et propulsés par pompe à eau, illustrent l’approche asymétrique chinoise visant à compenser la supériorité navale américaine. Alors que l’AJX002 semble destiné à la patrouille et à la surveillance, le HSU100 suscite l’attention pour ses capacités supposées de lutte anti-sous-marine, domaine dans lequel l’APL cherche à combler un retard historique. Il pourrait lancer des torpilles, mouiller des mines, déployer des drones secondaires et ainsi conduire des opérations en essaim. Associés à un long rayon d’action, une possible mise en œuvre en masse et la furtivité, ces atouts en feraient un outil important pour piéger les sous-marins adverses(x).

Le véhicule sous-marin autonome de très grande taille HSU100 apparu lors du défilé(x).
Sur le plan technologique, l’APL inscrit la modernisation de ses équipements dans son concept de « système de systèmes » (體系作戰). Élaborée à partir des années 1990 en réaction aux guerres dites « informatisées » menées par les États-Unis (de la guerre du Golfe à celles du Kosovo et d’Irak), cette approche repose sur l’idée que la supériorité militaire ne dépend plus des performances isolées d’une plateforme, mais de leur intégration au sein d’un ensemble interconnecté fondé sur les systèmes d’information(x). Un « système de systèmes » agrège ainsi un réseau C4ISR(x)intégré avec plusieurs sous-systèmes de frappe et de soutien, permettant des opérations rapides et coordonnées. Ainsi, l’APL insiste sur la nécessité d’intégrer les opérations menées dans plusieurs domaines (terre, mer, air, espace, électromagnétique, cyber, cognitif). Cette intégration multi-domaines (多域一體), pensée comme un multiplicateur de puissance, vise à fusionner et coordonner des capacités différentes afin d’obtenir une concentration des effets (聚指成拳) impossible à atteindre par l’emploi isolé de chaque composante(x). L’objectif est de désarticuler le « système de systèmes » adverse en frappant ses « points modaux » (關節點) tels que les centres décisionnels, réseaux de communication ou moyens de surveillance.
Dans cette logique, la maîtrise de l’espace électromagnétique apparaît comme la condition indispensable à la cohérence du « système de systèmes » et au fonctionnement même de cette intégration multi-domaines. Le Quotidien de l’APL présente ainsi l’espace électromagnétique comme le « système nerveux » reliant et synchronisant les opérations dans les domaines terrestres, navals, aériens, spatiaux et cyber. La supériorité électromagnétique y est par conséquent définie comme la capacité à « dégrader l’efficacité des activités d’information adverses » tout en garantissant « la sécurité et la liberté d’action » des siennes. Elle vise à « façonner activement des situations favorables [à l’APL] et défavorables à l’ennemi » en perturbant son cycle de détection, de communication et de prise de décision(x).
Cet ensemble doctrinal constitue la version chinoise de la nouvelle « révolution dans les affaires militaires » et prépare l’APL à ce qu’elle qualifie de « guerre intelligentisée » (智能化戰爭), un concept abondamment développé dans les médias officiels, qui présente la maîtrise de l’information (制智權) comme le nouveau centre de gravité des conflits militaires(x).
Qui dit guerre intelligentisée, dit intelligence artificielle. L’APL n’a pas formalisé de doctrine sur son intégration dans ses systèmes d’armes(x), mais celle-ci constitue un levier majeur dans le cadre d’une dynamique de rattrapage et de dépassement technologique de l’Occident. Technique et science sont aussi valorisées par l’APL, reprenant souvent l’axiome marxiste « la technologie détermine la tactique » (技術決定戰術)(x). Présenté par les militaires chinois comme une « dialectique entre humain et machine(x)», et tandis que l’armée profite des avancées du secteur civil via la stratégie MCF, le potentiel en matière d’accélération de prise de décision et d’autonomisation des systèmes d’armes est activement discuté en Chine(x). Ainsi, les positions au sein de l’APL sur l’autonomie de l’IA ne sont pas monolithiques. Certains envisagent une IA plus autonome, à l’exception d’un rôle auxiliaire à l’étage stratégique et du commandement(x), quand d’autres restent davantage attachés à une direction humaine forte(x). Un consensus existe toutefois sur la fonction centrale que l’IA doit jouer dans l’accélération de la boucle décisionnelle. Comme le résument certains auteurs militaires chinois, le commandement doit pouvoir « exploiter l’IA pour analyser en temps réel les données du champ de bataille, générer automatiquement une conscience de situation unifiée, assister la prise de décision rapide, optimiser les plans d’action et bâtir une killchain adaptative, afin de mettre en place un modèle combinant anticipation systémique et décision humaine(x)». De manière générale, les médias officiels chinois soutiennent que la guerre du futur sera dominée par l’IA: multi-domaine, centrée sur la rapidité cognitive, la fusion homme-machine, les essaims autonomes, et des systèmes d’armes capables d’apprendre et d’évoluer en continu(x). L’IA est en outre déjà utilisée pour accroître l’efficacité des opérations cognitives de l’APL(x). Il faudra cependant résoudre un dilemme: concilier autonomie décisionnelle de l’IA et autorité rigide du Parti.
Or ces ambitions se heurtent à une autre contrainte: la dépendance aux semi-conducteurs de dernière génération et les restrictions, imparfaitement appliquées, imposées par Washington à leur exportation vers la Chine. Dans ce combat de titans, Pékin s’efforce de combler son retard en matière de production de puces avancées. Ainsi, lorsque Donald Trump a décidé en juillet de réautoriser l’export de puces H200 de Nvidia, la mesure a suscité une levée de boucliers. Dans une lettre ouverte(x), vingt experts, dont Matt Pottinger et Peter Mattis, anciens responsables du renseignement et de la sécurité nationale connus pour leurs positions sur la Chine, ont dénoncé une décision dictée par des intérêts commerciaux plutôt que par l’impératif de sécurité nationale.
Au-delà des enjeux technologiques, Pékin concentre aussi ses efforts sur la montée en puissance de sa Force des fusées (PLARF). Certes, Taïwan est une forteresse naturelle, et sa défense antiaérienne et antinavire est dense. Cependant Pékin entend la saturer par la croissance en nombre et précision de ses missiles. Ceux-ci, de tous types (SRBM, MRBM, IRBM), sont non seulement utiles pour paralyser Taïwan, mais aussi pour cibler les bases américaines à Okinawa et Guam. Utilisés massivement au début d’un conflit, ils visent à désorganiser le C2 adverse et réduire sa réactivité(x). Le déploiement de systèmes hypersoniques (DF-17) s’inscrit dans la même logique. Leur intérêt pour les Chinois pourrait résider, dans le cadre de la lutte entre systèmes vue plus haut, « dans leur capacité à frapper sans être interceptés les nœuds de commandement et les points clés des systèmes de défense aérienne », neutralisant ces derniers et ouvrant la voie à des frappes plus classiques(x). Dans le prolongement de cette logique de saturation, Taïwan serait désormais à portée (<150 km) des lance-roquettes multiples de l’APL, augmentant son volume de feu(x). Quant au système HQ-29, il illustre les efforts de la Chine en matière de défense antiaérienne et antimissile, pour contrer les menaces de très haute altitude et de longue portée(x).
La croissance de l’arsenal nucléaire chinois
et ses implications dans le détroit
La croissance spectaculaire de l’arsenal nucléaire chinois mérite réflexion. Depuis son essai de 1964, Pékin conserve une posture de non-emploi en premier (NFU). Celle-ci s’inscrit dans une logique de « dissuasion minimale » fondée sur une capacité de seconde frappe crédible visant à sanctuariser le territoire national. Pékin a donc longtemps maintenu environ 300 ogives et la crédibilité de sa triade (terre, mer, air) est récente(x). Toutefois, l’écart grandissant entre cette NFU déclaratoire et une réalité capacitaire en rapide évolution rend la posture chinoise ambiguë.
Au cœur de ces débats doctrinaux se trouve un dilemme de sécurité: depuis la Nuclear Posture Review de 2018, l’APL redoute que Washington compense un déficit conventionnel grandissant par un emploi nucléaire limité dans le détroit de Taïwan(x). Pékin a déjà été confronté à de tels risques lors des deux premières crises du détroit (1954-1958), lorsque des missiles Matador ont été stationnés sur l’île(x). Comme le formule le général Pan Zhenqiang (潘振强): « La Chine doit envisager un scénario de guerre dans lequel les États-Unis lanceraient une attaque nucléaire, peut-être dans le cadre d’un conflit dans le détroit de Taïwan(x). » Cette crainte se nourrit aussi du bouclier antimissiles américain, qui entame la crédibilité d’une seconde frappe, et de la vulnérabilité des capacités chinoises aux frappes conventionnelles américaines à longue portée. La récente demande de Donald Trump de reprendre la base de Bagram en Afghanistan, située, dit-il, « à une heure de vol » des silos nucléaires chinois, a pu alimenter de telles inquiétudes(x).
En outre, du point de vue de Pékin, l’infériorité relative de son arsenal nucléaire face aux États-Unis fragiliserait selon Tong Zhao sa position politique et stratégique dans le détroit de Taïwan: elle entamerait la crédibilité de ses lignes rouges et accroîtrait le risque d’être cantonnée à la passivité en cas d’escalade majeure. À l’inverse, tendre vers la parité créerait un équilibre plus favorable à ses intérêts, en temps de paix comme de guerre, face à Taipei et Washington. Au-delà de la question de l’emploi, Pékin considérerait ainsi que le simple renforcement de ses forces nucléaires renchérirait le coût politique de toute transgression de ses exigences(x).
D’autres ambiguïtés sont notables. Le précédent russe en Ukraine illustre comment la simple menace de recourir à l’arme nucléaire, même tactique, peut influencer les calculs adverses sans qu’il soit nécessaire de l’employer. Islamabad avait déjà fait un calcul similaire pour garantir ses gains et contenir la crise de Kargil en 1999. Le Quotidien de l’APL relaie ainsi l’idée que la tactique russe a produit l’effet recherché: limiter le soutien occidental à Kiev en augmentant son coût perçu(x). D’autres soulignent que Moscou, grâce à son large arsenal, peut se permettre une politique étrangère plus défiante face à l’Occident (Ukraine, Syrie, Crimée)(x)et que Pékin peut s’en inspirer pour contraindre Washington à la retenue dans la périphérie maritime chinoise. D’ailleurs, si la NFU proscrit l’emploi en premier, elle n’interdit pas clairement d’en brandir la menace contre un adversaire doté, maximisant son effet coercitif sans en contredire l’esprit(x).
La presse d’État et les organes militaires chinois traitent d’ailleurs de plus en plus directement de la question des armes nucléaires à faible puissance et/ou de portée intermédiaire(x). L’APL pourrait être tentée de développer de telles capacités, lui permettant de maîtriser les échelons intermédiaires d’une escalade et de sanctuariser un futur théâtre d’opérations. Elle serait alors en meilleure posture pour dissuader une intervention de Washington ou confiner celle-ci à un stade conventionnel où Pékin s’efforce d’obtenir l’avantage. L’édition 2020 de Science de la stratégie militaire, référence théorique, évoque ainsi la possibilité de « frappes démonstratives », par exemple au-dessus de l’océan(x). De même, l’examen des textes chinois indique pour les chercheurs que la NFU n’est pas explicite sur la question de savoir si Pékin y adhérerait encore dans une situation où une menace conventionnelle grave lui ferait encourir un risque probable de défaite militaire.(x)Le renforcement et la diversification de l’arsenal pourrait y faire écho, avec le déploiement de systèmes duals de portée régionale (DF-26). Tout cela serait encore renforcé par une transition potentielle vers une posture de lancement sur alerte (LOW)(x).
L’idée de défense en Chine est par ailleurs d’une grande plasticité et recouvre la quasi-totalité de ses réflexions politico-militaires. Ainsi, parce que le pays ne se conçoit jamais autrement que comme une puissance fondamentalement pacifique, il peut présenter des postures pourtant très offensives comme défensives(x). Dans la défense active maoïste, l’offensive prime et la préemption est conçue comme une riposte anticipée à une agression déjà entamée(x). Science de la stratégie militaire précise ainsi qu’« il existe une différence entre tirer le premier politiquement ou stratégiquement, et tirer le premier tactiquement. Si une puissance viole la souveraineté et l’intégrité territoriale d’une autre, elle lui donne le droit de tirer en premier tactiquement(x)». Or, pour Taïwan, que Pékin tient pour un territoire chinois, la RPC se pose systématiquement en partie agressée(x): une attaque chinoise serait d’emblée présentée comme défensive et, inversement, une interposition américaine comme une agression justifiant riposte au titre, sans doute, de la légitime défense. Dans ce cadre, Pékin n’a jamais précisé si la NFU s’applique à ses revendications territoriales, Taïwan en tête: c’est là une ultime ambiguïté(x).
Prenant note des difficultés russes à mobiliser, Pékin a également promulgué une loi permettant à l’APL d’activer plus vite ses forces de réserve et a révisé son système de conscription. Le but est d’être en mesure de mobiliser(x)plus rapidement les troupes lorsque le signal est donné, afin de monter en puissance plus vite que l’adversaire(x). Tout un système de lois appuie aussi l’usage par l’armée des infrastructures civiles: autoroutes, chemins de fer, ports(x). Parlant de lawfare, Pékin a autorisé ses garde-côtes, dont la flotte est aussi agrandie, à ouvrir le feu dans ce qu’elle considère comme ses eaux territoriales, soit une bonne partie des mers de Chine. Une telle loi renvoie à l’usage potentiel des garde-côtes et de la milice maritime comme force d’appoint lors d’une opération de quarantaine ou de blocus de Taïwan(x). Depuis leur rattachement à la Police armée du peuple (PAP) en 2018, ces garde-côtes (CCG) sont manifestement utilisés par Pékin comme couverture pour des opérations à finalité strictement militaire. Par exemple, en février 2024, trois patrouilleurs (Type 818) ont franchi le détroit de Miyako pour se rapprocher de la côte est de Taïwan, à la vitesse de 18-2 nœuds, radio et système d’identification électronique (SIA) éteints. Tout proche de la zone contiguë de Taïwan (> de 24NM des côtes), ces navires de 3 800 tonnes, dérivés de la frégate 054A et lourdement armés, se seraient livrés à des tests de capacités de la constellation de satellites Guo Wang, qui pourrait être utilisée pour désigner des cibles aux missiles DF21/26 contre Taïwan et les forces américaines basées dans le Pacifique(x). D’ailleurs, l’usage des garde-côtes permet à Pékin de cadrer ses actions comme des opérations de police, faisant peser sur l’adversaire la responsabilité d’une escalade en cas d’intervention.

La stratégie de « sortie » maritime chinoise perçue par des officiers taïwanais(x).
Toutefois, comme en témoignent les purges récentes, dont l’exclusion du vice-président de la Commission militaire centrale He Weidong (何衛東), la corruption endémique et le poids du contrôle politique continuent de peser sur l’APL. L’armée n’est pas celle de l’État mais du Parti, qui, selon la formule de Mao Zedong, « commande au fusil »; chaque unité demeure ainsi placée sous la supervision d’un commissaire politique auquel les soldats doivent rendre compte. La propagande n’est pas avare de ce type de rappel(x). Cela dit, la purge de hauts gradés, de Peng Dehuai (彭德懷) à Lin Biao (林彪), s’inscrit historiquement dans des phases de réforme et de recentralisation du pouvoir. Il est ainsi possible que les mesures actuelles relèvent également de luttes de pouvoir internes. Selon certaines analyses, plusieurs des officiers sanctionnés cette année auraient pu former un réseau d’influence autonome peu au goût de Zhang Youxia (張又俠), lui-même vice-président de la CMC(x). He Weidong, Lin Xiangyang (林向陽), Qin Shutang (秦樹桐) et Wang Xiubin (王秀斌), tous issus du 31ᵉ groupe d’armée basé au Fujian et souvent spécialisés dans les affaires taïwanaises, avaient bénéficié de promotions fulgurantes depuis 2015. D’autres, notamment Wang Houbin (王厚斌) de la Force des fusées, relevaient de cercles associés à Miao Hua (苗華), lui-même purgé(x).
Malgré les interrogations suscitées par les purges au sein de cette force, une étude récente du CMSI ne relève aucun ralentissement durable de ses progrès capacitaires, largement soutenus par la direction politique(x). L’exemple russe montre par ailleurs que la corruption d’une armée n’a pas forcément d’incidence sur sa propension à recourir à la force. La lutte anticorruption semble donc poursuivre un double objectif: renforcer l’efficacité des forces armées tout en assurant la centralisation du commandement et sa loyauté absolue au Parti(x). Le Quotidien de l’APL cite ainsi opportunément une déclaration attribuée à Peng Dehuai: « Le seul “privilège” que m’a octroyé le Parti, c’est de montrer l’exemple dans la souffrance(x). » Pourtant l’homme, ironiquement, a été purgé en 1959 lorsque Mao a pris ombrage de sa popularité.
Le dernier rapport du Pentagone souligne ainsi que, malgré une corruption systémique, l’armée reste concentrée sur ses priorités stratégiques(x). Au demeurant, la qualité du personnel, de son moral, de ses techniques d’entraînement et l’efficacité de son organisation ainsi que de sa mise en œuvre d’armements restent difficilement mesurables. La prudence est néanmoins de mise face aux affirmations concernant l’inexpérience de l’APL. Taïwan est aussi confrontée à ce problème et les derniers affrontements aéronavals de l’US Navy remontent à un certain temps.
D’autres limites de l’APL sont connues: vulnérabilité des lignes maritimes(x), complexité d’un débarquement(x). Le fait est que Pékin investit encore pour s’affranchir de ces obstacles et rendre crédible l’option militaire. Difficile en ce sens de contester que les progrès notés en matière de modernisation de l’armée chinoise correspondent en tous points à ceux requis pour un combat amphibie contre Taïwan et impliquant de dénier à l’US Navy l’accès au théâtre d’opérations.
La posture militaire de Pékin s’inscrit aussi dans un cadre de légitimation idéologico-stratégique beaucoup plus large, issu de la pensée de Xi Jinping et de son interprétation, imprégnée de dialectique marxiste, des dynamiques de la guerre et de la paix. C’est dans ce contexte qu’ont été formulées les « cinq adhésions » (五個堅持) – à la direction politique, au principe de la force pour contenir la guerre, à l’esprit d’initiative, à une approche globale et équilibrée ainsi qu’au courage de combattre et à la certitude de vaincre. L’ensemble constitue une logique cohérente de peace through strength à la chinoise, ou, selon la formulation officielle, de « système de dissuasion intégré » (一体化威慑体系). Le Quotidien de l’APL en résume l’esprit: « Ce n’est qu’en étant capables de combattre que nous pouvons empêcher la guerre; ce n’est qu’en étant préparés à la guerre que nous pouvons éviter de devoir la livrer » (能戰方能止戰)(x).
Par conséquent, la vaste question de la modernisation de l’Armée populaire de libération ne se joue pas uniquement sur le seul terrain capacitaire. Celle-ci s’inscrit aussi dans une campagne de guerre psychologique menée de pair avec la tentative d’asphyxie économico-diplomatique de l’île: faire douter Taipei et Washington de leur capacité à résister, et, si possible, « vaincre sans combattre(x)». La stratégie chinoise valorise la masse et la puissance: peser sur le rapport de force est un préalable à toute exploration de la voie diplomatique, avec en ligne de mire les échéances électorales de 2026 et 2028, tant à Taïwan qu’aux États-Unis. D’ailleurs, tant que les opérations politiques et culturelles de type « front uni » pèsent peu sur l’opinion taïwanaise, la menace d’emploi de la force et le maintien d’une tension constante restent des leviers efficaces.
Quant à l’horizon d’une future crise, la date « 2027 » popularisée par l’amiral Philip Davidson (ex-INDOPACOM) relève d’une estimation capacitaire du Pentagone, qui isole la question des moyens de celle des volontés: elle indique à partir de quand l’APL pourrait disposer des moyens d’une opération majeure contre Taïwan, non quand Pékin déciderait de l’entreprendre. Bien sûr, la montée en puissance de l’APL peut produire des effets politiques: elle peut abaisser l’aversion au risque côté agresseur en suggérant une fenêtre d’opportunité, et entamer (ou, au contraire, raffermir) la détermination des défenseurs(x). Faire de 2027 un totem peut d’ailleurs s’avérer dangereux, en générant une pression médiatique incitant Pékin à agir et à hausser le niveau de tension pour des raisons de crédibilité. La « fenêtre Davidson » s’apparente ainsi moins à une échéance précise qu’à un outil discursif et mobilisateur pour chaque acteur.
« Zone grise », un continuum stratégique?
Pékin espère certainement éviter un conflit armé, la destruction d’une île qu’elle vise à intégrer à son territoire, ou une escalade avec la puissance nucléaire américaine. Par une guerre d’usure, elle met la masse de son aéronavale au service d’une stratégie d’étranglement progressif de l’île.
En août 2022, suivant la visite à Taipei de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, l’APL a ainsi saisi l’occasion d’accélérer la mise en œuvre de cette stratégie, annonçant vouloir « normaliser » sa présence autour de Taïwan(x). C’est désormais chose faite: la marine et l’aviation chinoises patrouillent en nombre croissant au plus près de l’île, une masse face à laquelle Taipei peine de plus en plus à s’opposer seule, déséquilibre des forces oblige.
L’APL cherche à acquérir la supériorité dans les mers et les airs autour de Taïwan tout en se préparant à dénier l’accès à une potentielle interposition américaine. Ainsi, la pression vise à persuader du caractère indéfendable de l’archipel, contester sa souveraineté, aggraver ses contraintes logistiques et recueillir du renseignement, mais sans provoquer de casus belli. Cette « stratégie de l’anaconda », selon l’amiral taïwanais Tang Hua (唐華)(x), s’intensifie même si elle ne peut à elle seule apporter un résultat décisif et vise pour l’heure à ménager les possibles.
Un tel modus operandi relève des opérations de « zone grise »: des pressions graduées, sous le seuil de la guerre, tirant parti d’un rapport de force favorable pour modifier le statu quo par faits accomplis(x). Concrètement, Pékin projette avions et navires dans la périphérie maritime taïwanaise, des abords de Kinmen à la mer des Philippines, en se rapprochant par paliers de l’île et en se laissant le choix de durcir la pression où et quand elle l’estime opportun. Chaque séquence, présentée comme « défensive » face au séparatisme taïwanais et aux « provocations » américaines, dépasse l’intensité de la précédente. Ce gradualisme forme à la fois un instrument de coercition et la composante d’un continuum visant à rapprocher l’APL de l’île.
Avant 2020, on observait un rythme encore limité, d’environ une incursion aérienne un jour sur deux dans la zone sud-ouest de l’ADIZ (zone d’identification et de défense aérienne, différente de l’espace aérien) de Taïwan(x). Puis les groupes d’avions sont devenus plus nombreux et plus fréquents. Les trajectoires se sont ensuite étirées vers le sud et le détroit de Bashi, puis vers l’est et le nord. À partir d’août 2022, la marine est venue épauler l’aviation pour mettre en place des manœuvres d’encerclement, reconduites à plusieurs reprises en 2023 puis en 2024. Les zones sont variées afin d’en éprouver les attributs opérationnels. Ces séquences visent à réduire le délai entre un ordre venu de Pékin et la mise en place de dispositifs tactiques autour de l’île, tout en posant les bases d’un blocus. Selon le stratège taïwanais Chieh Chung (揭仲), une fois ces positions tenues, la marine et l’aviation s’entraînent à agir de concert avec la Force des fusées (PLARF), chargée d’assurer depuis la terre la couverture des opérations air-mer contre des cibles adverses, tout en désorganisant leurs défenses aéronavales, leur commandement et leur capacités de détection(x).
Il faut souligner un invariant historique: la combinaison de l’offensive air-mer sous couverture du feu terrestre structure, depuis les années 1950, la stratégie de conquête des îles littorales par l’APL. Ce que l’on observe aujourd’hui relève à plusieurs égards d’une réactivation de ces campagnes contre Taïwan, rendue possible par le glissement du rapport de force en faveur de Pékin(x). En effet, dans le bréviaire de la défense active et de la guerre prolongée, cette évolution permet de passer du harcèlement à la lutte conventionnelle et de la défense à l’offensive, comme cela a été le cas sur le continent durant la guerre civile(x). De Xiao Jinguang (蕭勁光) à Liu Huaqing (劉華清), les amiraux chinois ont tous établi cette filiation maoïste dans leurs écrits(x).

Comparaison des zones d’exercices d’août 2022 et mai 2024 de l’APL. On voit le souci
d’investir les eaux non encore passées au peigne fin. Ce n’est qu’une partie de la réalité, d’autres exercices majeurs ayant été tenus, et de mineurs se déroulant désormais
en permanence autour de l’île. Source: CNA.
Sur le plan financier, et rien qu’en 2023, les exercices de l’APL dans le détroit lui auraient coûté selon Chieh Chung environ 110 milliards de yuans, soit 7 % du budget militaire annuel chinois. Depuis lors, l’APL aurait opéré dans le Pacifique occidental plus de 9 200 sorties aériennes (pour un total de 29 000 heures de vol), la marine effectuant 70 000 missions (pour environ 1,7 million d’heures passées en mer)(x). Ces manœuvres ont l’intérêt pour Pékin d’user les forces aériennes et navales taïwanaises tout en testant leurs temps de réaction et leurs procédures, tandis que les franchissements de la ligne médiane remettent en cause la séparation tacite des espaces aériens et maritimes taïwanais et chinois(x). Franchie à peine vingt-trois fois avant août 2022, la ligne l’est désormais très régulièrement, signe de l’érosion de la profondeur défensive de Taïwan. D’après un rapport du ministère de la Défense destiné au Yuan législatif, de janvier à septembre 2025, plus de 3 000 sorties aériennes chinoises auraient ainsi franchi la ligne médiane du détroit ou pénétré dans l’ADIZ au sud-ouest et à l’est de l’île(x).
Les choses se sont de nouveau accélérées à partir de 2024, Pékin prenant prétexte de l’élection du président Lai pour lancer une série d’exercices militaires désormais organisés sans préavis, rompant ainsi avec une pratique instaurée par l’APL depuis 1996. La série a débuté fin mai avec Joint Sword 2024A, qui a mobilisé un nombre sans précédent d’unités de la PLAN et des garde-côtes, dans une opération de normalisation et d’encerclement aéronaval progressif de Taïwan, toujours très fortement mise en scène par la propagande(x). Dès le mois d’octobre, Joint Sword 2024B a suivi, mobilisant un groupe aéronaval ainsi qu’un nombre supérieur d’avions et de navires.
Cette fois, l’accent a été porté sur le contrôle des principaux goulots d’étranglement: les détroits de Tsugaru, de Miyako et de Bashi. L’APL y a simulé des attaques contre des bâtiments de guerre étrangers, des interceptions d’aéronefs militaires et civils, ainsi que des inspections de navires marchands, le tout appuyé par un discours destiné à convaincre de sa capacité à imposer et maintenir un blocus(x). Entre le second semestre 2024 et mars 2025, les groupes aéronavals chinois ont pénétré cinq fois dans le Pacifique occidental, s’exerçant à proximité des îles japonaises de Miyako-jima, Okinotori-shima et en mer des Philippines, des points d’étranglement dont le contrôle est clé pour bloquer l’accès de Taïwan à l’US Navy(x).

Un résumé de Joint Sword 2024A, mai 2024(x).

Un résumé de Joint Sword 2024B, octobre 2024. Source: Ian Ellis Jones
Le constat demeure inchangé lors de l’exercice de début avril 2025, Strait Thunder-2025A, qui laisse entrevoir, comme l’an passé, une probable itération « B ». Le groupe aéronaval autour du porte-avions Shandong, ainsi que des unités des garde-côtes, se seraient rapprochés de la zone contiguë taïwanaise(x). Le reste des manœuvres a repris les schémas précédents, à un niveau d’intensité supérieur(x). L’est de Taïwan, longtemps perçu comme sanctuaire défensif, apparaît désormais vulnérable, marine et aviation chinoises en profitant pour reconnaître les fonds et préparer la lutte sous-marine(x). Comme de coutume, l’exercice a été accompagné d’un effort de guerre psychologique: des vidéos ont mis en scène des bombardements et l’encerclement de l’île, tandis qu’une autre représentait le président Lai comme un parasite brûlant vif(x).

Post des garde-côtes chinois sur Weixin pour Joint Sword 2024B. La légende: « La forme de nos patrouilles témoigne de tout l’amour que nous vous portons. Bons baisers maritimes »(x).
L’exercice de décembre Justice Mission 2025 (正義使命-2025) marque un nouveau seuil. À cette occasion, l’APL a mobilisé le concept de « dissuasion et déni d’accès multidimensionnels sur les lignes extérieures » (外線立體懾阻), traduisant une volonté explicite de projeter la logique d’interdiction A2/AD à l’est du détroit afin de contrer une éventuelle interposition alliée, tout en ciblant les forces dites « séparatistes(x)». Cette inflexion est clairement mise en scène par l’iconographie officielle (voir ci-après). Sur quarante-huit heures, les forces chinoises ont encerclé Taïwan et conduit des exercices simulant des frappes de décapitation, un blocus destiné à couper les lignes d’approvisionnement de l’île, ainsi que le ciblage des ports tels que Keelung et Kaohsiung. Sept zones ont été tenues et, selon le ministère taïwanais de la Défense, certaines d’entre elles – en particulier dans le secteur sud-ouest – figurent parmi les plus proches jamais observées de l’île principale, s’étendant jusqu’à la zone contiguë(x). Pour autant, le volume global d’aéronefs et de bâtiments engagés n’a pas atteint de records historiques. L’activité plus limitée de l’APL au nord-est a aussi retenu l’attention, certains analystes y voyant un possible lien avec le déploiement japonais du système de défense aérienne Chu-SAM Type 03 sur l’île de Yonaguni, située à moins de 120 kilomètres de Taïwan (voir plus bas)(x).

Affiche publiée par le commandement du théâtre oriental de l’APL. Le terme 盾 (« bouclier ») renvoie à une posture défensive à visée légitimatrice, tandis que 正義 inscrit l’action militaire dans un registre moral, l’APL se présentant comme un acteur agissant en situation de légitime défense. À l’inverse, 破限 suggère le dépassement des contraintes opérationnelles antérieures, tandis que 除妄 cible les « illusions », entendues comme les espoirs de soutien extérieur nourris par Taïwan(x).
Taipei répond à la pression chinoise par des patrouilles en flux tendu pour la marine et l’aviation, maintenant équipements et servants sous pression. Elle accélère le déploiement à l’est de sa défense côtière (batteries mobiles Hsiung-Feng IIE, III, Harpoons, HIMARS) et aérienne (Sky-bow, Patriot)(x). L’armée a depuis clarifié ses règles d’engagement: elle contre-attaquera en cas d’incursion dans les eaux territoriales et considérera un blocus comme un acte de guerre(x).
Pékin exploite d’autres vulnérabilités. Depuis l’hiver 2024, les garde-côtes chinois accentuent la pression autour de Kinmen, petit archipel au large de Xiamen contrôlé par Taïwan, y défiant la séparation de facto des espaces maritimes à la suite d’un incident impliquant des pêcheurs du Fujian. L’enjeu pour Pékin est de multiplier les patrouilles dans des eaux sans délimitation reconnue entre les deux rives du détroit que Taipei qualifie d’« eaux restreintes(x)». À la fin de l’année 2024, les garde-côtes chinois y étaient entrés à 52 reprises(x). Il était peut-être plus aisé pour Pékin de contester la souveraineté de Taipei autour de Kinmen, archipel situé sur l’ancienne ligne de front entre les forces communistes et nationalistes lors de la guerre civile, géographiquement aussi proche du Fujian qu’éloigné de l’île principale, historiquement rattaché au littoral chinois et où les élites locales se montrent parfois plus ambivalentes envers Pékin(x). L’objectif de Pékin reste Taïwan, non Kinmen: la pression sur l’archipel vise ainsi à dégrader l’environnement juridique et opérationnel de Taipei. En 1958, après l’échec de l’APL devant Kinmen, la rhétorique maoïste avait présenté son maintien sous le contrôle de Taipei comme un moyen de lier le sort de Taïwan au Fujian et de compliquer toute séparation politique du détroit(x). Pékin réactive aujourd’hui cette logique en se servant de Kinmen comme levier.
Ainsi Pékin réduit progressivement la profondeur défensive de Taipei, obligeant le défenseur à concéder par paliers le contrôle des mers et du ciel. Sans déboucher à court terme sur un résultat décisif, cette manœuvre accroît la vulnérabilité de Taïwan en raccourcissant ses délais d’alerte et en rapprochant l’assaillant potentiel de sa cible. Moscou avait également installé la routine de déploiements et d’exercices répétés avant de franchir le Rubicon ukrainien. C’est dans cet esprit que l’amiral Samuel Paparo, commandant de l’INDOPACOM, déclarait en février 2025:
Nous sommes tout près du point où, un jour, le prétexte d’un exercice pourrait en réalité masquer le signe avant-coureur d’une véritable opération. Ces manœuvres agressives autour de Taïwan ne sont pas de simples exercices, comme ils le prétendent: ce sont des simulations en vue de l’unification par la force de Taïwan avec le continent(x).
Pris dans leur ensemble, ces évolutions confirment que la modernisation de l’APL est orientée en priorité vers la préparation d’un scénario taïwanais impliquant de compliquer l’accès du détroit à une potentielle interposition étrangère. Il en résulte une posture cohérente, fondée sur la multiplication des activités aéronavales et la mise en place progressive d’un dispositif offensif autour de l’île, dont l’objectif est autant de façonner, en temps de paix, les calculs de Taipei et de Washington que d’offrir à Pékin des options militaires en cas de conflit majeur.
II. Taïwan, du conservatisme au volontarisme
Une évolution doctrinale longtemps contrariée
Même si le rapport de force dans le détroit de Taïwan glisse en faveur de Pékin, la sortie en haute mer de la PLAN la confronte à des dilemmes d’accès favorisant la défense de l’île. De fait, prévenir la supériorité absolue de la Chine dans les cieux et les mers du détroit, condition critique pour dissuader un débarquement, constitue une mission essentielle pour Taïwan.
Celle-ci implique que Taipei accorde une place centrale à l’« asymétrie ». L’idée, présentée une première fois en 2008 dans les pages du journal du US Naval War College par William Murray, est de contrer l’APL en tirant profit de la géographie et d’armes ciblant ses faiblesses, le temps que le soutien américain organise une riposte(x). La réforme semblait avoir décollé en 2017 sous l’impulsion du chef d’état-major, l’amiral Lee Hsi-ming (李喜明), et de son concept phare Overall Defense Concept (ODC). Ce dernier appelait à une réorganisation de l’armée en faveur de la mobilité, la décentralisation du commandement et la dotation en armements dispersés et à haute capacité de survie. Son essence était « un grand nombre de petites choses(x)».
L’amiral Lee Hsi-ming(x).
Le choix de la survivabilité permettrait à Taïwan de survivre à une frappe de missiles de l’APL et de cibler avions et navires ennemis avant qu’ils n’atteignent les rives taïwanaises, ou à défaut de les empêcher de tenir un blocus. Comme le notait l’amiral, « la bande littorale constitue la zone où l’avantage de Taïwan est maximisé et où sa force militaire est la plus létale(x)». Il n’était pas question de laisser tomber la marine et la flotte de chasse, dont la mission en temps de paix, ne pas donner les clefs du détroit à l’APL, n’était pas remise en question. Pourtant Lee estimait inévitable le contrôle progressif des eaux par Pékin, tant le rapport de force était inégal. Pour lui, l’accent devait être mis sur la bataille décisive pour l’île. Aux vedettes lance-missiles, aux batteries côtières mobiles et camouflées, et à la guerre des mines, se serait ajoutée une force de défense territoriale, promettant à l’assaillant un coûteux et long combat d’arrière-garde.
Ainsi, en rendant improbable toute victoire rapide avant une possible intervention alliée, Taïwan amènerait Pékin à renoncer, assurant ainsi la dissuasion. Cette stratégie visant à faire de l’île une batterie côtière inexpugnable nous renvoie à Sun Zi: « Si l’ennemi approche en traversant une rivière, il ne faut pas aller à sa rencontre au milieu du courant(x). » Elle nous ramène aussi à un autre précédent: la défense japonaise de l’île en 1945, dissuadant les Américains, qui soutiennent aujourd’hui l’ODC, de débarquer, lui évitant ainsi bien des destructions(x).
Cependant, malgré un consensus politico-militaire à Taipei sur le besoin de se renforcer, le diable s’est longtemps niché dans le comment et le poids des habitudes. Des années durant, c’était l’armée taïwanaise qui patrouillait les côtes chinoises et non l’inverse(x). Et malgré les nombreuses réformes que l’on verra plus bas, le ministère taïwanais de la Défense (MND) a longtemps été décrit, par les analystes tant taïwanais qu’américains, comme une institution globalement assez conservatrice, entretenant des rapports historiquement complexes avec le pouvoir politique(x).
Après le départ de Lee à la retraite en 2019, le MND est revenu un temps sur l’esprit de l’ODC(x). En 2021, la Revue de défense nationale fixait comme objectifs le contrôle des mers et des cieux du détroit, domaines mêmes où l’armée taïwanaise perdait déjà du terrain, tandis que le MND persistait à miser sur du matériel lourd. Plusieurs observateurs américains avaient alors critiqué un manque de réalisme et un attachement illusoire à la symétrie(x). En fait, plutôt que d’adopter une doctrine asymétrique, le MND a conservé une force de chasse et une marine hauturière afin de préserver ses capacités de contrer un blocus, une mission vitale pour une île dépendante de ses importations, et ainsi éviter de se reposer exclusivement sur l’espoir d’une intervention américaine(x). Toutefois cette idée évacuait en dernière analyse le déséquilibre des forces, remettant en doute le réalisme de se reposer sur une approche opposant marin contre marin.
Le débat, comme souvent à Taïwan, touchait aux équilibres partisans. Et la culture militaire du parti au pouvoir, le PDP, est assez récente. Comme l’ex-présidente Tsai Ing-wen (蔡英文) le confiait, elle a eu besoin, lors de son entrée en fonction en 2016, d’être renseignée sur les affaires militaires(x). De même, l’ODC promouvait le rôle des citoyens dans les préparatifs défensifs et reconnaissait implicitement que des combats pourraient se dérouler sur l’île, une dimension politiquement sensible à Taïwan(x). La montée des tensions a entre-temps fourni au parti d’opposition KMT un angle d’attaque, imputant au gouvernement le risque de conflit tout en se présentant comme le parti du dialogue avec la Chine, malgré la menace(x). D’autres obstacles se nichent dans une relation complexe entre le gouvernement et l’armée, alors que nombre d’élus sont issus d’une société civile longtemps réprimée par les militaires(x).
Au KMT, l’aile conservatrice favorable à un rapprochement avec Pékin conserve une influence non négligeable. La division interne du parti se traduit par l’absence d’une ligne défensive claire et un discours appelant à se distancier de Washington, présenté comme principal responsable des tensions(x). Sur le plan militaire, cette posture inquiète car elle occulte le déséquilibre des forces dans le détroit; sur le plan politique, elle fait mine de méconnaître le but final de Pékin, une annexion et non un modus vivendi, comme l’exprime le précédent hongkongais, repoussoir à Taïwan(x). L’un des stratèges de ce parti déclarait à l’auteur qu’outre les destructions massives que l’asymétrie ferait risquer à l’île, les Taïwanais « devront un jour se montrer pragmatiques » envers Pékin. À cela, cet interlocuteur ajoutait néanmoins un avertissement aussi prémonitoire que juste: « Soyez certains d’être prêts avant de vous lever et de dire non à votre ennemi(x)! »
La trajectoire de Cheng Li-wun (鄭麗文), nouvelle présidente du KMT, illustre cette tendance. Classée parmi les courants les plus conservateurs, Cheng défend une ligne résolument favorable à un rapprochement avec Pékin. Reprenant certains éléments de langage du PCC, elle a déclaré espérer voir les Taïwanais « fiers d’être chinois » et affirmé que « Taïwan et le continent devraient unir leurs forces pour atteindre de nouveaux sommets de civilisation ». Dans le même esprit, elle affirmait à Deutsche Welle que Vladimir Poutine « n’est pas un dictateur », mais un dirigeant « démocratiquement élu », et qu’il était « déraisonnable et injuste » de le désigner comme tel; elle ajoutait que l’OTAN portait la responsabilité de la guerre en Ukraine(x). Sans surprise, elle s’oppose à l’augmentation du budget de défense, accusant Washington de traiter Taipei comme un « distributeur automatique de billets(x)». Cheng s’est également dite disposée à rencontrer Xi Jinping dans l’intérêt du « dialogue inter-détroit » et a affirmé son attachement au « consensus de 1992 », une position largement discréditée auprès de l’électorat taïwanais(x). Cette trajectoire recoupe aisément les informations du site Intelligence Online, selon lesquelles le critère décisif de l’élection de Cheng à la tête du KMT, appuyé par le « soutien de la vieille garde » du Parti et de hauts gradés à la retraite, a été son « acceptabilité vis-à-vis de Pékin »(x).
Depuis le début des années 2000, le KMT a en effet adopté une posture d’apaisement vis-à-vis de Pékin: sous les mandats de Chen Shui-bian (陳水扁, 2000-2008), des députés du parti s’étaient déjà unis pour bloquer l’achat de sous-marins et d’avions de chasse américains. Aujourd’hui, la majorité KMT-TPP au Parlement se traduit par des manœuvres dilatoires retardant l’effort de défense. En 2023, une députée du KMT, membre du comité Affaires étrangères et Défense du Yuan législatif, a été accusée d’avoir divulgué des informations sensibles relatives au programme sous-marin de Taïwan, affaire faisant l’objet d’enquêtes judiciaires(x). L’effort de défense aurait été davantage ralenti si le KMT et le TPP étaient parvenus à faire passer une loi donnant à la législature un pouvoir élargi de censure sur l’exécutif, texte qui a finalement été retoqué(x). Il est peu probable que les voyages de personnalités du KMT à Pékin atténuent les velléités pékinoises d’employer la force: la rencontre en 2024 de Fu Kun-chi (傅崐萁) avec Wang Huning (王滬寧) dans le hall Xinjiang de l’Assemblée populaire à Pékin(x), et la participation de Hung Hsiu-chu (洪秀柱 ) au défilé militaire du 3 septembre 2025(x), font peu pour la défense de l’île et augurent mal de son avenir. Fu porte en outre un projet de loi visant à permettre à des ressortissants chinois d’occuper des postes gouvernementaux sans renoncer à leur citoyenneté, un choix qui pose d’évidents problèmes alors même que le gouvernement fait du combat contre l’infiltration chinoise une priorité(x). Cette tentation chinoise du KMT renvoie à l’époque où l’indépendantisme insulaire constituait pour le parti un péril jugé plus sérieux encore que la menace communiste. Les choses ont-elles changé? Le KMT et le PCC se sont toujours rassemblés sur l’idée d’une seule Chine(x).
Fin janvier 2025, prétextant une lutte inattendue contre le gaspillage d’argent public, KMT et TPP se sont unis pour geler 90 milliards de NTD du budget de la défense(x). Le président Lai a alerté sur ses conséquences, estimant que 35 % des nouveaux investissements prévus par le gouvernement avaient été coupés du budget. Les secteurs touchés comportent le programme de sous-marins, celui des mouilleurs de mines, l’adoption des nouveaux fusils d’assaut T-112 et le développement de la zone aérospatiale et de drones de Minxiong (Chiayi), pourtant essentiel au rattrapage par Taipei de son retard en matière de drones(x). Il pouvait difficilement y avoir pire signal dans le cadre d’une administration Trump pressant ses partenaires, en particulier Taïwan, d’accroître leurs efforts de défense. Washington a exprimé son inquiétude, par parlementaires interposés, et exercé des pressions pour obtenir son annulation(x). Lors d’une audition en mars, le sénateur américain King déclara: « Comment demander ensuite que des Américains risquent leur vie pour une entité qui n’a pas l’air si intéressée que cela par se défendre(x)? » L’affaire a donné lieu à Taipei à un mouvement citoyen pour la destitution de députés KMT(x), en partie motivé par son offensive contre le budget de la défense, mais soldé par un échec complet(x).
Cet épisode est doublement regrettable car les vues du KMT en matière de politique de défense peuvent aussi être constructives, à l’instar de celles de l’amiral à la retraite Chen Yeong-kang (陳永康)(x), commentant récemment la Revue quadriennale de défense de 2025(x)et ses
… 48 pages, dont seule une page et demie est consacrée à la politique de défense. [Ces documents] ne peuvent pas uniquement être faits d’adjectifs et de rhétorique belliqueuse. Ils devraient plutôt fournir un cadre intégré orientant la discussion. On ne peut laisser les débats être guidés par des idéologies politiques et couper, supprimer ou geler le budget de la défense sans ménager la possibilité d’en discuter les détails(x).
Ces débats politiques coexistent avec d’autres fragilités persistantes: le monde militaire et politique taïwanais est régulièrement secoué par des affaires d’espionnage au profit de Pékin(x). Malgré le renforcement de l’arsenal judiciaire, 30% de celles-ci impliqueraient des militaires d’active(x). La participation d’officiers à des voyages en Chine, où certains auraient laissé cours à des opinions favorables à Pékin, a longtemps fait scandale(x). Il ne s’agit pas uniquement de gradés: pots de vin et promesses d’immunité en cas d’annexion de l’île séduisent des militaires de rang inférieur et les esprits les plus fragiles(x). Les choses vont plus loin lorsque, selon le Bureau de sécurité nationale (國安局, un des services taïwanais), il est parfois question de coopérer avec les triades, d’embaucher des tireurs d’élite, de « pots de miel » et de persuader les soldats taïwanais de se rendre avec leur matériel, voire de les retourner contre Taipei(x).
Ces affaires entachent la confiance du public et de potentiels fournisseurs d’armement étrangers, quand ce ne sont pas certaines technologies taïwanaises qui se retrouvent divulguées. En mars, un pilote à la retraite aurait ainsi recruté un contrôleur aérien, obtenant des documents classifiés liés aux missiles antinavires Hsiung Feng III. Les informations auraient été transmises à la Chine pour la somme de 1 500 euros par envoi… Inculpés pour atteinte à la sécurité nationale et corruption, les deux suspects ont comparu devant la Haute Cour de Taichung(x). C’est pour enrayer de telles fuites que Taipei a depuis alourdi les peines pour espionnage, une récente condamnation de 47 et 57 ans d’emprisonnement ayant été rendue pour un couple d’officiers(x).
Ce harcèlement prend aussi des formes cyber. Le renseignement militaire taïwanais (MIB-軍事情報局) a ainsi récemment fait l’objet d’une tentative de déstabilisation: un site obscur, hébergé en Hongrie, a publié un texte en anglais manifestement traduit du chinois et reprenant l’arsenal rhétorique de Pékin, prétendant avoir « suivi » des officiers taïwanais lors d’un déplacement aux Pays-Bas en mai 2025. Aucune preuve ne corrobore ces allégations, reprises par des sites favorables au KMT(x), mais l’intention de décrédibiliser les institutions de sécurité taïwanaises apparaît manifeste(x). Le président Lai Ching-te, lui-même confronté à une série de fuites parmi ses proches collaborateurs(x), a rétabli les tribunaux militaires, au cœur de « 17 mesures » pour contrer l’infiltration chinoise dans les domaines politiques, militaires et culturels(x). D’après Zhu Fuming (朱福銘) le président de la Kuma Academy, association très active sur les questions de défense civile, cette « infiltration chinoise pourrait être plus grave que ce que l’on imagine, s’étendant des chefs de village jusqu’aux militaires, et jusque dans le Parlement(x)».
Quant à l’armée, le débat doctrinal de ces dernières années a abouti à une forme de compromis: entre continuité conventionnelle et innovations asymétriques. Celle-ci continue d’acquérir du matériel lourd pour tenter de ralentir les manœuvres d’encerclement de l’APL en temps de paix. Taïwan reçoit ses F-16 Viper, développe des frégates de 2 500 tonnes(x), modernise les modèles plus anciens (les Lafayette ont vu leur vieux système antiaérien Chaparral remplacé par des cellules VLS conçues localement et équipées de Tien Chien-2N, étendant la portée à 40 km(x)) et met en service un navire de débarquement de 10 000 tonnes, dont l’utilité est débattue et qui trouve sa cohérence dans la surveillance des possessions de Taipei en mer de Chine méridionale, lieu de la première sortie « défense » des députés KMT(x). Taïwan teste son premier sous-marin développé à Kaohsiung, dont le succès est terni par des retards et les fuites évoquées(x).
L’accélération récente des réformes
Si la tendance se confirme, les orientations stratégiques évoluent sous la pression croisée du politique et des États-Unis. Dans un discours prononcé en novembre lors d’une cérémonie de promotion d’officiers supérieurs, le président Lai Ching-te s’est montré critique à l’égard du formalisme de l’institution militaire et a assumé un retour à une approche asymétrique fondée sur la mobilité, la dispersion et une défense en profondeur tirant parti du lien armée-population(x). Chacun pourra reconnaître la parenté avec les orientations jadis promues par Lee Hsi-ming.
Cette inflexion se retrouve dans le récent rapport du ministère de la Défense au Yuan législatif, qui précise que la planification des forces s’appuie désormais sur quatre priorités: « développer les capacités asymétriques, renforcer la résilience défensive, moderniser la réserve et améliorer les réponses aux opérations de zone grise ». L’objectif déclaré est de pouvoir « dénier, retarder et désarticuler » (以拒止, 遲滯及擾亂敵軍) toute opération adverse, en créant les conditions d’une attrition progressive de l’adversaire au moyen d’une véritable défense en profondeur(x).
Dans cette perspective, Taïwan met en place des points avancés de ravitaillement en munitions, dispersés et dissimulés dans des ouvrages enterrés ou des tunnels, afin de permettre un réapprovisionnement de proximité (彈藥前支點預置分屯) pour les unités engagées(x). Cette logique de pré-positionnement vise à soutenir des forces opérant dans un environnement où les lignes logistiques seront rapidement contestées depuis le ciel. Parallèlement, la création d’un Commandement de combat littoral (濱海作戰指揮部), chargé de défendre les eaux dans la limite des vingt-quatre milles nautiques, est annoncée pour cette année. Celui-ci, articulé autour de six bases, regroupera des missiles antinavires Hsiung Feng II et III, des vedettes rapides Kuang Hua, ainsi que les Harpoon Coastal Defense Systems, dont le premier lot, comprenant notamment quatre cents missiles RGM-84L-4 Block II, devait être livré d’ici son activation officielle, le 1ᵉʳ janvier 2026(x). Un axe d’amélioration consistera cependant à prévenir la divulgation, sur les réseaux sociaux, des positions des systèmes de défense par leurs propres servants: le ministre de la Défense, Wellington Koo (顧立雄), s’est publiquement engagé à y remédier(x).

Essai d’un camion lance-missile (AGM-114 Hellfire) camouflé en véhicule civil, août 2025. Sa divulgation publique par la MNA, le service de presse de l’armée taïwanaise, suggère un effort de communication internationale du ministère(x).
Dans ce contexte, pour renforcer la réactivité des forces, les unités de chars et d’artillerie des Marines seront rééquipées en drones et leurs missions réorientées vers la défense des côtes et des infrastructures (ports, aéroports), reflétant un virage vers une défense plus mobile, fidèle aux lignes de l’asymétrie et, aussi, inspirée des Américains. Plus largement, il est désormais attendu des Marines qu’ils jouent un rôle hybride, entre guerre conventionnelle et guérilla(x).
Constatant plusieurs retards de production et de livraison d’armes commandées aux États-Unis, Taipei cherche à revitaliser son industrie de l’armement, de façon à la rendre plus autosuffisante et affranchie de toute dépendance à la Chine, selon le lieutenant-général Huang Wen-chi (黃文啟)(x). La BITD taïwanaise fonctionne toutefois généralement sans perspective immédiate de rentabilité commerciale, notamment parce que ses possibilités d’exportations sont limitées(x). Dans cet esprit, l’armée va déployer davantage de mouilleurs de mines développés localement (classe Min Jiang) et accélérer la production et la modernisation des missiles antinavires et antiaériens. Taïwan a récemment présenté son nouveau système antimissile à haute altitude, Chiang Kung (強弓), désormais entré en production. Comparable à l’Arrow II israélien(x), il intègre un radar mobile AESA (active electronically-scanned array) développé localement et un intercepteur à deux étages capable d’intercepter des missiles balistiques à moyenne altitude, jusqu’à 70 km pour la version actuelle et 100 km pour les variantes en développement. Ce système constitue une nouvelle couche de défense venant compléter les dispositifs existants, tels que le Tien Kung III (天弓三型) et les Patriot américains, afin de répondre à la menace des missiles balistiques de APL. Parallèlement, une version sol-sol du missile, dotée d’une portée d’environ 1 000 km, serait également en développement(x). L’Institut national Chung-Shan des sciences et technologies (國家中山科學研究院), rattaché au Bureau de l’armement du ministère de la Défense, aurait ainsi produit environ 1 000 missiles de tous types l’an dernier, soit deux ans avant le calendrier prévu, pour moins d’1,5 milliard de dollars, une somme bien inférieure au coût de systèmes américains équivalents(x). Ainsi, pour Kitsch Liao, de l’Atlantic Council:
Il ne semble pas y avoir de pénurie de missiles antinavires à Taïwan; ce qui doit nous préoccuper, c’est plutôt leur capacité à survivre à une première frappe chinoise, à recevoir des informations de ciblage pertinentes, et à percer les défenses chinoises, y compris les contre-mesures électroniques actives et passives(x).
Cette hausse de la production de missiles à Taïwan renvoie à la création, très médiatisée, d’un système de défense antiaérienne et antimissile intégré nommé T-Dome (台灣之盾). Celui-ci vise à unifier l’ensemble des capacités en la matière de Taïwan afin de contrer un large éventail de menaces (missiles, drones, avions, missiles balistiques). Il s’appuiera sur trois composantes: (1) Une défense multicouche combinant systèmes d’interception américains (futurs NASAMS) et taïwanais (Sky Bow), afin de couvrir les menaces de courte, moyenne et longue portée; (2) un réseau complet de radars et de capteurs destiné à accélérer la détection et le traitement des menaces; (3) l’ensemble devra être relié à un système de commandement unifié, capable d’assigner très rapidement les cibles et de coordonner efficacement les tirs. Cette plateforme intégrera des outils d’intelligence artificielle pour assister la décision, hiérarchiser les menaces et optimiser l’emploi combiné de tous les moyens d’interception(x). En définitive, la mission du T-Dome est de constituer un bouclier de défense aérienne multicouche, assurant la cohésion de systèmes jusqu’alors dispersés. Cette intégration vise à renforcer la résilience de l’ensemble: elle doit empêcher qu’un missile, une batterie ou un radar ne fonctionne isolément, situation qui permettrait à l’adversaire de fragiliser la défense en frappant un point unique. La mission du T-Dome différerait ainsi tout à fait du Golden Dome américain: il ne semble pas viser la protection contre les menaces stratégiques mais la défense du seul territoire taïwanais face à des missiles de courte et moyenne portée. Par rapport à l’Iron Dome israélien, concentré sur les projectiles à courte portée, le T-Dome vise en revanche un spectre plus large de menaces(x).
Selon un expert de l’INDSR, le T-Dome ferait toutefois face à des vents contraires: la difficulté d’intégrer radars et intercepteurs d’origines diverses, la pression budgétaire liée aux futurs investissements pour moderniser le commandement et développer les capacités en IA, et enfin un périmètre de missions peu précis, qui entretient l’incertitude sur les sites que le Dome devra protéger ainsi que sur son efficacité face à des attaques massives et simultanées de l’APL(x). Ces observations ouvrent sur l’hypothèse, formulée par Tom Abram (FRS), « que le T-Dome s’inscrive dans une logique de politique intérieure et de positionnement international avant de répondre à des impératifs strictement capacitaires ». Pour lui, dans un contexte de polarisation politique et d’obstruction budgétaire, le programme pourrait avoir l’avantage d’offrir à Taipei un levier relativement consensuel pour accroître les dépenses de défense via le budget spécial. Il s’inscrirait ainsi également dans l’agenda international de l’administration Lai en signalant à Washington sa détermination à augmenter ses dépenses militaires (voir plus bas) et en facilitant une éventuelle intégration aux architectures d’alerte avancée et de défense régionales(x).

L’annonce en août 2025, par Palmer Luckey et Wellington Koo, de l’ouverture d’un bureau Anduril à Taïwan et de la coproduction de systèmes autonomes, dont un drone sous-marin(x).
Entre-temps, de nouveaux modèles de drones, s’inspirant des ukrainiens, sont testés. Les fabricants taïwanais de drones de petite et moyenne taille ont besoin d’économies d’échelle, ce qui explique pourquoi Taipei veut coproduire avec des entreprises américaines et mettre en place une non-red supply chain (c’est-à-dire sans lien avec Pékin)(x). Taïwan importe aussi, notamment des drones kamikazes de la société américaine Anduril(x). En juillet 2025, le Bureau d’équipement du MND a lancé un appel d’offres pour près de 49 000 drones. Cinq types sont concernés: multirotors de courte ou moyenne portée, drones à voilure fixe légers (portée de 30 à 90 km), ainsi que modèles hybrides VTOL plus lourds. Ce volume contraste avec les premiers lots, seuls quelques milliers d’unités, et traduit une accélération nette de la stratégie taïwanaise d’essaimage de drones sur un potentiel champ de bataille(x). Toutefois la production reste limitée: Taipei viserait 180 000 unités par an d’ici 2028, un volume modeste au regard des cadences observées en Ukraine, où l’emploi de drones atteint une tout autre échelle(x). Malheureusement par ailleurs, ce secteur figure justement parmi les cibles des coupes budgétaires du KMT(x).

Essai en juin 2025 d’un drone de surface naval. L’inspiration ukrainienne est remarquable(x).
Sur le plan des communications, le ministère de la Défense a annoncé l’extension des capacités de communication par satellite afin de pallier une éventuelle coupure des câbles sous-marins, dont l’île dépend. Un budget spécial de 115,1 milliards NT$ finance un ensemble de mesures: architecture d’information-communication mobile et redondante à usage civilo-militaire, postes de commandement et liaisons micro-ondes, renforcement cloud/cyber, ainsi que la création d’une plateforme de renseignement commune intégrant la Garde-côtière, l’armée et la marine(x). Pour renforcer la fiabilité des systèmes autonomes en environnements brouillés, sans accès au GPS ou à tout système de navigation par satellite, la firme aérospatiale taïwanaise Aerospace Industrial Development Corporation (AIDC) s’est également associée à l’entreprise Maxar Technologies pour développer des solutions de navigation alternatives destinées aux drones(x). Dans ce cadre, le ministre de la Défense a d’ailleurs ouvert un Bureau de l’innovation de défense (國防創新小組), sur le modèle du Defense Innovation Unit américain, dans le but d’accélérer le développement de technologies de rupture (drones, guerre électronique)(x). En aval, un Bureau spécial pour l’intelligence artificielle (人工智慧專案辦公室), dont le but sera de centraliser les activités liées à l’IA déjà menées au sein du ministère de la Défense, a été créé le 1er octobre(x).
La Revue quadriennale de défense 2025 (QDR25) constitue un autre signe de la poursuite de la réforme. Malgré un manque de hiérarchisation explicite entre ses axes (prospérité économique, secours d’urgence, renforcement des capacités militaires), celle-ci identifie plusieurs domaines d’amélioration, notamment la question du moral des troupes et les difficultés de recrutement (nous y reviendrons plus bas). Elle se rapproche également, de façon implicite, de la doctrine asymétrique jadis défendue par l’amiral Lee, en insistant sur l’attrition progressive de l’ennemi en temps de guerre, y compris après son établissement d’une tête de pont. Même si cela reste déclaratoire, le changement sémantique est notable et va dans le sens, nous explique Liao, d’une défense en profondeur et étirée dans le temps contre l’APL, fondée sur une décentralisation du commandement et une logistique résiliente(x). L’autre apport de cette Revue quadriennale de défense 2025 concerne l’accent porté sur la résilience sociétale. Nous y reviendrons plus bas.
Taïwan montre sa volonté de rendre ses exercices militaires plus réalistes et réactifs, en rupture avec des manœuvres auparavant assez mises en scène. La Revue de défense quadriennale de 2025, justement, insiste également sur le besoin de simuler des conditions de combat proches du réel, avec des exercices interarmes, sans que le scénario soit écrit à l’avance(x). L’édition 2025 de l’exercice Han Kuang s’est distinguée par un format rallongé et par l’implication accrue des réservistes, simulant un exercice chinois dérivant sur une véritable tentative d’invasion(x). Les scénarios se sont cette fois élargis au-delà du littoral: la guerre urbaine, notamment à Taipei, a été traitée comme un front à part entière, avec des entraînements de la police militaire dans le métro pour le transport de munitions et de MANPADS(x). Outre les lance-roquettes HIMARS et les chars Abrams, tout juste acquis, des filets anti-drones sont apparus sur certains véhicules(x)Des accrochages entre véhicules militaires et civils ont aussi eu lieu, signe d’un entraînement plus proche des conditions réelles(x). Néanmoins, exposer la population à ces exercices rappelle aussi que la défense nationale la concerne directement. Comme on le verra plus loin, l’édition Han Kuang 2025 a d’ailleurs mis en avant l’implication des structures civiles dans l’effort de défense.
La décentralisation du commandement souhaitée par le ministère de la Défense répond quant à elle au risque d’une attaque surprise et à la possible paralysie de la chaîne de commandement. Elle vise à permettre aux unités d’agir sans attendre d’ordres, afin d’assurer la continuité de la réponse militaire en cas d’escalade rapide ou de tentative de décapitation. La construction d’un réseau tactique interarmées permettant le partage en temps réel d’une image opérationnelle commune et l’acquisition, en décembre 2025, du Taiwan Tactical Network (TTN) et du Tactical Awareness Kit (TAK), vise précisément à rendre possibles des modes d’action décentralisés(x). Cette orientation se retrouve aussi dans l’introduction par le MND, en mars, des « exercices de préparation immédiate au combat » (立即備戰操演)(x). Ces exercices inopinés, conduits sur l’ensemble du territoire et modulés selon le niveau de menace, entendent tester la réactivité des forces en réduisant les délais d’alerte et en affinant les protocoles d’urgence. Toutefois, comme le souligne Chieh Chung, cette évolution demeure incomplète: la coordination interarmes, la simulation de combat naval, la résilience logistique resteraient encore à affiner(x). Cette décentralisation accrue du commandement n’est en outre pas sans risques. Selon Shu Xiaohuang (舒孝煌), Pékin pourrait chercher à provoquer une escalade à partir d’un incident délibérément orchestré, susceptible de déboucher sur un embrasement involontaire de la part de Taïwan. D’où le besoin, dans le cadre d’un commandement décentralisé, d’apprécier avec prudence s’il s’agit d’un incident ponctuel ou des prémices d’une véritable opération(x).
Au-delà du cadre national (et américain), le partenariat naissant avec les Philippines illustre en outre la capacité de Taipei à nouer des coopérations informelles mais opérationnelles avec ses voisins. Manille, sous pression aéronavale de l’APL dans sa zone économique exclusive et en quête de partenariats, a durci le ton: en juillet 2025, le ministre de la Défense Gilbert Teodoro déclarait: « Ce serait nier l’évidence que de dire que la sécurité de Taïwan ne nous affecte pas(x). » Dans la foulée de l’assouplissement des restrictions décidé par le président Marcos Jr., Manille redéfinit donc sa relation avec Taipei. Des patrouilles conjointes ont été menées par les garde-côtes philippins et l’Administration des garde-côtes de Taïwan dans le détroit de Bashi; Taïwan a aussi dépêché des observateurs à l’exercice trilatéral États-Unis – Philippines – Japon Kamandag dans les îles Batanes, à 185 km de Taïwan, où Manille et Washington installent par ailleurs une nouvelle base et des batteries antinavires(x). Si l’accélération récente tient en partie à la réorientation stratégique des Philippines sous Marcos Jr., ce rapprochement s’inscrit aussi dans le prolongement de la New Southbound Policy lancée par Tsai Ing-wen en 2016 et se nourrit d’une paradiplomatie active entre think tanks et chercheurs taïwanais et philippins.
Financer, recruter et soutenir l’effort de défense
Pour peser, ces inflexions demandent des fondations robustes: financement, RH, logistique et rapport armée-nation, c’est-à-dire des forces armées soutenues par une société résiliente.
Premièrement, Taïwan augmente son budget de défense (représentant 2,5 % de son PIB en 2024 avec le budget spécial), signe du volontarisme du gouvernement Lai. Cependant la Pologne a porté ses dépenses de défense à 4 % du PIB, poussant les analystes du Pentagone à demander pourquoi Taipei n’en fait pas autant. Néanmoins, selon Holmes Liao, en additionnant les dépenses du MND à proprement parler, celles du conseil aux affaires des vétérans (VAC) et celles du budget spécial pour les achats d’armements (aux États-Unis), le total représenterait environ 25 % du budget annuel gouvernemental et 2,9 % du PIB(x). C’est ce chiffre que le gouvernement entend faire passer à 3 % du PIB cette année en agissant sur le budget spécial(x). En 2025, le budget du MND seul s’est d’ailleurs élevé à 19,7 milliards de dollars américains, en hausse de 6 %(x), mais plus de 50 % des dépenses du MND, soit les deux tiers du budget de défense une fois celles du VAC incluses, vont aux coûts de personnel, au détriment des fonds alloués à l’entraînement, aux opérations et investissements. Liao pointe la structure hiérarchique top heavy des forces armées taïwanaises: un officier pour quatre soldats à Taïwan, contre un pour dix aux États-Unis, et 310 généraux pour 176 000 militaires, contre 900 pour 1,3 million côté américain(x).
Cette augmentation du budget de défense devrait se poursuivre dans les années à venir, dans un contexte de pression américaine pour un accroissement de l’effort militaire taïwanais. Dans une tribune publiée dans le Washington Post, Lai Ching-te a annoncé en novembre 2025 une hausse de ces dépenses à 3,3 % du PIB en 2026, avec l’objectif de porter ce niveau à 5 % d’ici 2030. Cette annonce, faite dans un média américain de premier plan, revêt également une forte dimension de communication internationale, destinée à rassurer l’administration Trump quant à la détermination de Taipei. Lai y présente en outre un budget spécial historique de 40 milliards de dollars destiné à financer d’importantes acquisitions d’armements américains et à renforcer les capacités défensives de Taïwan, entre autres le T-Dome(x). Pour Chen Wen-chia (陳文甲), vice-président de l’université Kainan, ce budget spécial visera également à dynamiser la base industrielle et technologique de défense, dans l’espoir de retombées économiques positives(x). La portée réelle de ces annonces reste toutefois conditionnée par le rapport de force parlementaire: le KMT a d’ailleurs bloqué, dès son dépôt, le projet de loi autorisant ce budget spécial(x).
La marge de progression est grande, la défense de Taïwan étant demeurée sous-financée pendant trente ans. Sous le mandat de Ma Ying-jeou (KMT), plus favorable au rapprochement avec Pékin, l’armée a subi une véritable cure: gagner en efficacité comptable, tailler dans les rangs en compensant par la technologie, remplacer la logique de stocks par celle de flux, ouvrir la sous-traitance au privé(x). Les premières victimes ont été la résilience logistique de l’armée et ses ressources humaines. De fait, les équipements lourds, capricieux en matière d’entretien, souffrent d’un manque de disponibilité. C’est notamment le cas pour les systèmes étrangers, dont l’approvisionnement en munitions et pièces détachées est complexe et onéreux. Ces coûts d’exploitation augmentent parallèlement au vieillissement dû au climat humide de Taïwan et, de fait, accroissent la pression logistique sur l’armée. Pékin cherche à aggraver ces contraintes en augmentant le tempo de ses opérations dans l’ADIZ. Faire voler un Mirage 2000-5 coûte une fortune en maintenance, et c’est pour prolonger la durée de vie des appareils que, selon la presse locale, la société française DCI-AIRCO opérerait sur l’île, laquelle évoque aussi la présence ponctuelle de pilotes français pour entraînement(x). Derrière cependant, on recourrait aussi au « cannibalisme » des matériels en panne, tandis que certains militaires de l’armée de terre se fourniraient eux-mêmes en pièces sur le marché civil. Le stress induit par une force sursollicitée et la hiérarchie se traduirait par un certain nombre de souffrances psychologiques dans les forces(x).

Des Mirage 2000 sur la base de Hsinchu, octobre 2025. Ces appareils, livrés par la France au début des années 1990, arrivent en fin de vie, posant la question de leur remplacement. Fin septembre, Taïwan aurait exprimé son intérêt pour le Rafale, selon Éric Trappier,
PDG de Dassault Aviation(x).
L’armée peine de même à attirer des recrues. Officiellement, et après une longue série de plans de réduction des forces, le budget militaire couvre environ 200 000 postes, souvent cités comme minimum opérationnel. Pourtant en 2025, seulement 80 % de ces derniers étaient pourvus(x). En plus de la concurrence du secteur civil, le faible taux de natalité à Taïwan, parmi les plus bas du monde avec un enfant par femme, constitue un facteur clé des difficultés de recrutement. Or la population baisse depuis 2020, obligeant mathématiquement le gouvernement à recruter une part plus importante de jeunes rapportée à la population totale(x). La réforme de 2018 facilitant les départs anticipés chez les sous-officiers et officiers aurait provoqué une autre saignée: entre 2020 et 2024, le nombre de démissions volontaires a quadruplé, passant de 401 à 1 565(x). Quant au service militaire (long de quatre mois jusqu’en 2024), il est longtemps resté impopulaire et son contenu indigent. La durée trop faible du service pour faire des soldats mais trop longue vu son contenu, est née de calculs électoraux, le PDP et le KMT se disputant le vote des jeunes. Entre les diverses corvées et présentations PowerPoint, les appelés ont hâte de reprendre leur vie. Les tentatives de personnalités publiques ou de « fils de » pour y échapper sont fréquentes(x). Jusqu’à l’invasion de l’Ukraine, la dynamique était à la suppression du service au profit d’une armée de métier, une orientation désormais annulée. L’armée a ainsi perdu sa masse sans devenir tout à fait de métier. Taïwan mise pourtant aussi sur ces réservistes, moins formés et rarement rappelés, pour assurer sa défense, soulignant la nécessité de poursuivre la réforme(x).
Il semblerait cependant que le ministère, qui met en avant dans son rapport au Parlement ses efforts pour améliorer le recrutement (présence sur les campus, simplification des procédures, revalorisation des rémunérations et des primes, rénovation des casernements), opère une discrète remontée en puissance. Les chiffres récemment publiés vont en ce sens: 13 030 recrues entre janvier et septembre 2025, pour 11 940 attendues, dépassant ainsi la cible initiale(x). Il conviendra toutefois d’observer si cette dynamique se maintient dans la durée.
Parmi les jeunes, les idées reçues sur l’armée, perçue comme conservatrice et nostalgique de la dictature, demeurent fréquentes. Ce type de carrière a longtemps constitué un choix marginal pour les Taïwanais les plus attachés à la souveraineté de l’île, l’armée demeurant associée, dans la mémoire collective, au rôle central qu’elle a joué dans la répression du mouvement national taïwanais jusqu’à la démocratisation. Chiang Kai-shek était un militaire et son fils le directeur de la police secrète. L’image d’une force mal équipée et sous-payée (ce qui est d’ailleurs de moins en moins vrai) en conduit d’autres à s’en désintéresser(x). Les sondages fréquemment cités sur la « volonté de se battre » des jeunes – qu’ils affichent des chiffres plus ou moins élevés – doivent être interprétés avec prudence, car ces déclarations d’intention sont exprimées dans un contexte éloigné d’un conflit ou d’une mobilisation(x). Ces difficultés de recrutement restent paradoxales: alors que la jeunesse taïwanaise se dit si attachée à la souveraineté de l’île, l’armée constitue en définitive le plus solide rempart contre la menace de Pékin. Cette contradiction a été relevée par le général Chang Yan-ting (張延廷): « Les jeunes veulent pouvoir compter sur une armée forte, mais ils ne veulent pas en faire partie(x). »
C’est d’ailleurs pour parer à ces problèmes, suivant l’attaque de l’Ukraine par la Russie, que le gouvernement est revenu au service militaire d’un an en 2024, avec promesse d’amélioration de l’entraînement et exercice au maniement d’armes antichars et antiaériennes. On estimait que cette réforme permettrait à Taïwan de compter sur 60 à 70 000 soldats en plus d’ici 2027. Toutefois, outre l’effet d’annonce, les défis demeurent nombreux: il faut construire de nouvelles casernes, recruter l’encadrement, s’assurer que l’île a assez d’équipements en stock, etc. En attendant les choses continuent comme avant, le ministre de la Défense Wellington Koo reconnaissant que, par manque d’équipements et d’instructeurs, seuls 6 % des appelés, soit 6 936 hommes, avaient suivi le programme de 12 mois en 2024. Ceux qui effectuent actuellement leur service militaire d’un an ne bénéficieraient pas encore de la formation promise (drones, Kestrel…)(x).
La guerre en Ukraine a induit un sursaut public, mais il reste à savoir si cet élan se maintiendra. Des petits partis et clubs de réflexion avaient alors cherché à susciter une prise de conscience en tenant des colloques et des stages d’autodéfense, notamment à propos d’une potentielle « force de défense territoriale(x)». L’idée était d’entraîner des citoyens, comme Kiev, à la défense de leur voisinage en leur distribuant des missions et des armements adaptés. À défaut, il s’agissait d’enseigner la défense passive et la résilience en zone de guerre, notamment lorsque l’eau et Internet sont coupés, que les blessés sont nombreux, et que le climat est tropical(x). Or mettre du matériel de défense entre les mains de civils s’avère compliqué sur le plan juridique(x).
Le gouvernement de M. Lai a cependant lancé un autre grand chantier pour intégrer davantage le secteur civil aux efforts de défense. Le Whole-of-Society Resilience Committee l’illustre: il s’agit de mobiliser les ressources civiles – entreprises, ONG, collectivités – dans des fonctions non combattantes mais clés comme le soutien logistique, médical ou la gestion des catastrophes naturelles. Le but est double: accroître la capacité de l’île à tenir dans la durée en cas de conflit, tout en assurant la continuité des services et la protection des infrastructures(x). La QDR-2025 le formalise en posant les bases d’un mécanisme civilo-militaire destiné à renforcer la résilience de Taïwan face à un blocus ou à des pressions chinoises en zone grise(x). L’exercice Han Kuang 2025 a illustré certains résultats de la réforme. Outre les 20 000 réservistes mobilisés, 52 000 volontaires (sur les 4 millions prévus) auraient été formés aux secours d’urgence, selon le vice-ministre de l’Intérieur Maa Shyh-yuan(x), mais le dispositif de défense civile reste perfectible(x). Par exemple, nombre des 100 000 abris antiaériens recensés sont des parkings et des sous-sols dépourvus d’équipements adaptés(x). La résilience passe aussi par la sécurité énergétique, enjeu central en cas de blocus. Taïwan importe 97 % de son énergie, principalement du gaz et du charbon acheminés par voie maritime. L’objectif d’accroître tous les stocks (notamment de GNL de 11 à 14 jours d’ici 2027) s’inscrit dans la même logique de sécurisation des arrières(x).
III. Les États-Unis et
leurs partenaires régionaux: concilier volonté et moyens
D’une ambiguë, et conditionnelle, « clarté stratégique »…
Si le soutien de Washington à Taipei s’affirme, toujours dans le cadre du Taiwan Relations Act de 1979(x), les inquiétudes américaines, elles aussi, s’accentuent. En 2023, une délégation de passage à Taipei reprochait aux armées taïwanaises un « manque de raisonnement stratégique », pointant notamment leur hésitation à adopter une posture défensive adaptée à la menace(x).
En effet, la hausse de ce soutien reste contingente à l’observation que Taipei poursuive les efforts dans la direction souhaitée par Washington qui insiste pour que l’essentiel de l’effort soit fourni localement et a longtemps cité la progression jugée trop lente du budget de la défense taïwanais comme le symptôme d’un sous-investissement. Cette critique trouve un écho particulier chez Elbridge Colby, Policy Chief du Pentagone et figure notable pour son plaidoyer en faveur d’une stratégie dite de Asia First, fondée sur la priorisation du théâtre pacifique(x).
Problème: sa demande de voir Taipei consacrer 10 % de son PIB à la défense est intenable car cela reviendrait à y consacrer l’intégralité du budget annuel du gouvernement(x). Le député du KMT, Chen Yeong-kang, s’est dit prêt à rencontrer Colby pour lui exposer ces contraintes(x). Les États-Unis font également pression pour que Taipei joue la carte asymétrique, suscitant une levée de boucliers sur l’île, certains prenant ombrage du « paternalisme américain », suivie d’un autre débat sur la pertinence de telle ou telle arme(x). Il reste que c’est Washington qui vend les équipements qui ne correspondraient pas à l’idée de l’asymétrie, renforçant la confusion.
Quatre fois durant son mandat, Joe Biden avait affirmé qu’une « attaque sans précédent » de Taïwan par la Chine provoquerait une intervention américaine(x). Et malgré un débat récurrent aux États-Unis, que nous verrons plus bas, les récentes déclarations du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, fin mai 2025 au Shangri-La Defense Forum, vont aussi dans ce sens:
Le président Trump a déclaré que la Chine communiste n’envahirait pas Taïwan sous sa présidence. Notre objectif est d’éviter la guerre. Et nous y parviendrons grâce à un puissant bouclier de dissuasion… Mais si cette dissuasion échoue, nous serons prêts à faire ce que le Pentagone sait faire de mieux: combattre et gagner de manière décisive.
Il devrait être clair pour tous que Pékin se prépare concrètement et de manière crédible à recourir à la force militaire pour renverser l’équilibre des forces en Indo-Pacifique. Nous savons que Xi Jinping a donné l’ordre à son armée d’être prête à envahir Taïwan d’ici 2027. L’APL réunit les capacités nécessaires pour ce faire, à un rythme effréné. Elle s’y entraîne chaque jour, en vue du véritable affrontement.
Que cela soit clair: toute tentative de la Chine communiste de conquérir Taïwan aurait des conséquences dévastatrices pour l’Indopacifique et le monde. Nous n’édulcorerons pas la réalité: la menace de la Chine est réelle et pourrait être imminente(x).
Si Biden et Hegseth adoptent des registres différents, ils clarifient chacun la détermination des États-Unis à repousser une attaque chinoise. Pourtant, l’ambiguïté persiste au niveau tactique, ces déclarations restant vagues sur l’intensité exacte d’une intervention en faveur de l’île et ce qu’elle viserait à accomplir. Ces déclarations ne changent pas non plus la donne pour Pékin, se préparant à l’éventualité d’un combat naval contre Washington depuis au moins 1996(x).

Le Rimland et les mers marginales entourant le continent. Carte de Spykman(x).
Pour comprendre cette posture des États-Unis, il faut revenir aux fondements de la pensée géopolitique américaine, particulièrement dans sa dimension maritime. Leur stratégie navale s’inscrit toujours dans la continuité de la pensée de Nicholas Spykman: contrôler le Rimland, c’est-à-dire les littoraux de l’Eurasie, afin de contraindre l’accès à la mer de toute puissance continentale rivale. En effet, une telle puissance, en accédant librement aux mers, serait à même de remettre en cause les alliances qui sous-tendent l’architecture de sécurité portée par Washington, ainsi que son contrôle des grands flux commerciaux maritimes(x). Cette logique prolonge celle d’Alfred Mahan, qui liait puissance navale, domination commerciale et contrôle des points d’étranglement. Dans cette logique, l’archipel taïwanais, en raison de sa position centrale sur la première chaîne d’îles du Pacifique, est perçu à la fois par Pékin et par Washington comme un verrou dont la possession ou la perte conditionnent l’équilibre des forces en Asie maritime(x).
… À la tension entre objectifs, volonté et moyens
En pratique, cette détermination se heurte à des contraintes de plus en plus visibles. Il faut lire les déclarations d’Elbridge Colby, lors de sa confirmation par le Sénat, pour s’en convaincre.
Celui-ci est loin d’être une figure marginale. Il a été personnellement présenté aux sénateurs par J.D. Vance, le vice-président américain, et on lui prête en Asie une forte influence intellectuelle sur les orientations stratégiques de l’administration Trump concernant l’Asie-Pacifique. Pour Colby, le cœur du problème réside dans ce qu’il appelle le Lippmann Gap (du nom de l’intellectuel). Il s’agit, selon lui, d’« un écart périlleux entre, d’un côté, les objectifs que nous cherchons à atteindre dans le monde, et, de l’autre, les ressources et la volonté politique dont [les États-Unis] disposent réellement pour les soutenir(x)». En réalité, le défi, typiquement clausewitzien, est de trouver l’équilibre entre les buts, la volonté politique et les moyens mobilisables pour les accomplir.

En mars 2025, le vice-président J.D. Vance s’apprête à plaider auprès des sénateurs en faveur de la nomination d’Elbridge Colby au poste de sous-secrétaire à la Défense(x).
Comme on le voit clairement à la lecture de son Strategy of Denial et de ses prises de position sur son compte X, Colby est un tenant de la priorisation contenue dans les termes mêmes d’Asia First. Longtemps, ciblant les compromis induits par le transfert vers l’Ukraine de systèmes de défense disponibles en nombre limité (Javelin, HIMARS, etc.), il s’était élevé contre ce qu’il percevait comme une surconcentration de l’administration démocrate sur Kiev. Selon lui, cette approche détournait l’attention d’un théâtre pacifique où l’équilibre des forces penchait en faveur de la Chine, tandis que la base industrielle de défense américaine peinait à se relancer(x). Depuis en poste, celui-ci a mis en place un système de feux tricolores (vert, jaune, rouge) pour décider quels armements peuvent être fournis à l’Ukraine, en fonction de leur disponibilité(x).
Contre lui, avant sa nomination fin 2024, se dressaient des démocrates soucieux de préserver la crédibilité des garanties de sécurité américaines à travers le monde, ainsi que des Européens très inquiets pour leur propre sécurité(x). Or les partisans de l’Asia First, si nous empruntons un point de vue centré sur les intérêts américains, n’avaient pas tort, si redoubler d’efforts en Europe au détriment du renforcement de la position américaine en Asie était interprété à Pékin comme un manque de détermination américain à la contrer dans les mers de Chine. De surcroît, le chef de la diplomatie du parti, Wang Yi, a paru conforter la thèse de Colby en déclarant à Kaja Kallas que Pékin ne souhaitait pas de défaite russe en Ukraine, de peur que les États-Unis ne concentrent ensuite leur attention sur la Chine(x). Dans la concurrence entre les deux théâtres, on retrouve les difficultés américaines à assumer un Pivot asiatique sans cesse repoussé.
Les arguments avancés par le sous-secrétaire ont depuis fait mouche auprès des Républicains, dont certains ont pris au pied de la lettre la hiérarchisation stratégique que celui-ci préconise, quitte à bousculer l’ordre établi. Les discours virulents de J.D. Vance à l’encontre de l’Europe et la remise en cause plus générale du soutien américain à l’Ukraine s’inscrivent pleinement dans cette logique, même si Colby lui-même s’était montré un peu plus nuancé dans ses écrits. En arrière-plan, ce qui ressortait de ses travaux, c’était peut-être moins un appel à un schisme stratégique avec l’Union européenne qu’un désir de rééquilibrage des responsabilités géopolitiques. Cette aspiration peut se résumer ainsi: à l’Europe, la défense du flanc européen; à Washington, celle du flanc asiatique(x).
Pris sous un autre angle, un tel partage des rôles ne serait pas, en principe, incompatible avec certaines positions défendues de longue date à Paris, en particulier l’appel récurrent à une autonomie stratégique européenne renforcée au sein de l’OTAN, dans l’hypothèse d’une alliance plus équilibrée, offrant à l’Europe une meilleure marge de manœuvre. Cette vision perdrait pourtant sans doute tout son sens si dans les faits, sans même parler des menaces d’annexion du Groenland, les États-Unis exigeaient des Européens un réarmement massif sans contreparties en matière d’autonomie stratégique, laissant à l’Europe la charge financière et opérationnelle tandis que la valeur ajoutée industrielle et technologique continuerait de se concentrer aux États-Unis. La potion, cumulée à la désillusion suscitée par les droits de douane et à des discours politiques américains très virulents à son égard, serait amère pour une Union européenne confrontée, de surcroît, au risque d’un retrait progressif d’une partie des troupes américaines(x).
Pete Hegseth a néanmoins défendu ce transfert progressif des responsabilités à Bruxelles dès février 2025. « Nous sommes ici pour affirmer directement et sans ambiguïté que les réalités stratégiques empêchent les États-Unis de se concentrer principalement sur la sécurité de l’Europe(x). » Son message a été plus explicite encore à Singapour, fin mai: « Nous poussons nos alliés européens à prendre davantage en main leur propre sécurité […]. À mesure qu’ils assument une part plus importante de leur fardeau, nous continuerons à renforcer notre présence en Indopacifique, notre théâtre prioritaire(x). » Dans cette perspective, la critique formulée par Elbridge Colby à l’encontre du déploiement du groupe aéronaval britannique en Asie prend tout son sens: tout en remerciant Londres, il l’invitait à recentrer ses efforts sur le continent européen(x).
Si l’on devait résumer une doctrine Colby à ce stade, cinq idées directrices se dégagent. D’abord, les États-Unis ne peuvent plus se permettre d’être partout à la fois. Entre une BITD américaine en redémarrage et le risque d’une confrontation sur deux fronts avec la Chine et la Russie, les Européens doivent désormais assumer leur propre défense, Colby estimant qu’ils en ont les moyens nécessaires. Ensuite, Colby juge que la menace chinoise dans les mers de Chine est une réalité pressante, et le scénario de conflit le plus probable est une attaque de Taïwan par cette dernière. Troisièmement: si Pékin prenait l’ascendant dans le Pacifique occidental, les pays de la région basculeraient dans son orbite, affaiblissant l’influence stratégique, militaire et économique des États-Unis dans la zone la plus dynamique du monde, une logique directement inspirée de Mahan. Quatrièmement, Colby estime que Taïwan est loin du compte pour renforcer sa défense. D’où la nécessité, autant pour motiver Taipei que pour ne pas tout risquer dans cette affaire, de maintenir une certaine ambiguïté sur l’ampleur exacte du soutien américain. Enfin, la meilleure défense contre Pékin reste pour lui une stratégie de déni d’accès: rebâtir les forces américaines sur un modèle asymétrique, dispersé et résilient face à une attaque chinoise(x).
C’est à la lumière de ces réflexions qu’il faut comprendre les sorties controversées de Colby, notamment sur l’aspect « non existentiel » de l’intérêt que représente Taïwan pour les États-Unis. Car selon lui, « ce qui a changé, c’est la dégradation spectaculaire de l’équilibre militaire » entre la Chine et les États-Unis. Colby concède cependant qu’une perte de Taïwan au profit de la Chine serait un « désastre pour les intérêts américains » et affirme aussi qu’il proposera au président Trump et au secrétaire à la Défense Hegseth « les meilleures options militaires pour dissuader, et si nécessaire empêcher, une attaque contre Taïwan, à des coûts et risques raisonnables pour le peuple américain(x)». Autrement dit, la posture défensive de Washington dans le détroit dépendra aussi de l’évolution progressive de l’équilibre militaire entre la Chine et les États-Unis.
Les réserves de Colby à l’égard de Taipei ne sont pas nouvelles. L’analyste Tanner Greer rappelle que, sous l’administration Biden, le gouvernement taïwanais a pu froisser une partie des prioritizers(x). En mai 2023, Colby publia dans le Washington Post un article plaidant pour réorienter l’aide militaire américaine de l’Ukraine vers Taïwan(x). Moins de deux semaines plus tard pourtant, les diplomates taïwanais menés par Hsiao Bi-khim en prenaient publiquement le contrepied, appelant à accroître l’aide à Kiev au nom de la crédibilité des garanties de sécurité américaines(x). Colby, aujourd’hui très influent à Washington, en avait pris ombrage sur X, y voyant la preuve que Taipei ne prenait pas suffisamment au sérieux sa propre défense(x).
Une source d’inquiétude supplémentaire pour Taïwan tiendrait à la nouvelle National Security Strategy (NSS) américaine, qui accorde une place accrue à la défense du territoire national dans un contexte de réengagement militaire dans l’hémisphère occidental. Cette inflexion, illustrée par les récentes opérations d’interdiction maritime contre les trafics de stupéfiants, ainsi que par l’intervention récente au Venezuela et l’enlèvement du président Maduro, a pu être interprétée, à première vue, comme une rupture avec l’orientation prioritairement tournée vers la Chine qui structurait la politique étrangère américaine depuis la première administration Trump(x).
S’agissant de Taïwan, certains ont avancé que l’intervention au Venezuela, menée en dehors de tout cadre juridique, pourrait constituer un précédent exploitable par Pékin(x). Ce présupposé est toutefois discutable: si Pékin ne manquera pas de dénoncer l’hégémonisme américain, il ne s’abstiendra pas d’agir contre Taipei par respect pour le droit international. Pékin le mobilise lorsqu’il sert ses intérêts et s’en affranchit dès lors qu’il les contrarie, comme l’illustrent bien ses actions en mers de Chine. En outre, aux yeux de la Chine, le droit international ne saurait s’appliquer à un détroit qu’elle considère comme relevant de sa souveraineté. En définitive, la dissuasion dans le détroit de Taïwan repose sans doute moins sur des normes que sur des moyens militaires adaptés à la menace.
Derrière les ruptures apparentes de la NSS se dégage en réalité une forte continuité doctrinale. Le document s’inscrit dans le prolongement des prises de position de J.D. Vance et de la logique stratégique développée par Elbridge Colby dans The Strategy of Denial(x). La NSS s’articule en effet autour de quatre piliers: la défense du territoire national, la dissuasion de la Chine, un partage accru du fardeau avec les alliés et le réinvestissement dans la base industrielle de défense – autant d’axes au sein desquels la Chine demeure centrale.
Washington entend réaffirmer sa prééminence dans l’hémisphère occidental tout en déniant à la Chine toute sphère d’influence équivalente en Asie. L’activation d’un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe et la National Security Strategy constituent ainsi deux volets d’une même orientation stratégique, explicitement formulée dans la NSS: « Nous devons empêcher toute domination globale, et dans certains cas régionale, par d’autres puissances(x). » Une fois cette hégémonie régionale reconsolidée, les États-Unis pourraient disposer d’une plus large liberté d’action pour entraver l’émergence d’une puissance hégémonique chinoise concurrente en Asie, combinant ainsi les thèses de Colby, la doctrine Monroe et les leçons géopolitiques de Nicholas Spykman. Les mouvements futurs des États-Unis, que ce soit en Amérique latine, au Groenland ou en Iran, répondront également à ce besoin de comprimer les marges de manœuvres chinoises.
La maîtrise des flux commerciaux et énergétiques mondiaux constitue l’un des axes structurants de la stratégie américaine. Le contrôle des ressources pétrolières vénézuéliennes, comme celui des minerais stratégiques d’Amérique latine aujourd’hui en partie exportés vers la Chine, s’inscrivent dans cette logique. L’ampleur de ces réserves en fait un levier stratégique majeur, notamment pour le renforcement de l’industrie de défense américaine(x). L’intervention contre Caracas s’inscrit ainsi dans cette dynamique plus large, marquée par les pressions exercées sur l’Argentine afin de freiner son rapprochement avec les BRICS, les critiques visant le port de Chancay au Pérou et l’opposition déclarée aux investissements chinois liés au canal de Panama. L’ensemble dessine une stratégie de reconsolidation du flanc sud américain face à l’expansion de l’influence de la Chine. Le contraste entre la réussite de l’opération américaine au Venezuela et l’échec russe devant Kiev prend ainsi valeur de signal stratégique adressé à Pékin, aisément traduisible par l’aphorisme chinois: « tuer le poulet pour effrayer les singes » (殺雞儆猴).
Dans cette perspective, la défense de l’hémisphère occidental et la priorité accordée à l’Asie ne sont nullement contradictoires. La sécurité américaine repose à la fois sur un périmètre défensif robuste le long de la première chaîne d’îles, où Taïwan conserve encore un rôle critique, et sur la préservation d’un arrière stratégique incontesté dans les Amériques, condition indispensable à toute projection de puissance dans le Pacifique. Cette articulation n’est pas nouvelle: dès 2022, Marco Rubio alertait sur l’influence croissante de la Russie et de la Chine en Amérique latine, estimant que ces puissances « y cherchaient avant tout à encercler les États-Unis(x)». La NSS cible d’ailleurs implicitement les efforts chinois en matière d’infrastructures portuaires et logistiques en Amérique latine comme un défi stratégique majeur, et avertit:
Des compétiteurs non hémisphériques ont opéré des avancées significatives dans notre hémisphère, au détriment de nos intérêts économiques présents et de manière à menacer nos intérêts stratégiques futurs. Tolérer ces incursions sans riposte sérieuse constitue l’une des erreurs stratégiques américaines majeures des dernières décennies(x).
Au vu de ce qui précède, il n’est guère surprenant que la NSS rehausse sensiblement le rôle de Taïwan, désormais envisagée non plus comme un simple atout technologique, mais comme un pivot géostratégique central de la première chaîne d’îles. Le document souligne que l’île offre un accès direct à la seconde chaîne d’îles et constitue une ligne de fracture entre l’Asie du Nord-Est et l’Asie du Sud-Est, conditionnant la cohérence des déploiements militaires américains dans la région. Par cette logique aussi bien mahanienne que spykmanienne, la NSS érige donc aussi en priorité la « dissuasion d’un conflit autour de Taïwan, idéalement par le maintien d’une supériorité militaire décisive(x)». Dans ce cadre, et comme on le verra en dernière partie, les États-Unis n’entendent plus assurer seuls la défense de la première chaîne d’îles, mais cherchent à bâtir une architecture de dissuasion collective avec leurs alliés régionaux, appelés à accorder un accès élargi à leurs ports et bases ainsi qu’à accroître leurs investissements défensifs(x).
Pour l’heure, ces évolutions semblent s’accorder avec la priorité accordée à la Chine dans la stratégie américaine. C’est d’ailleurs le sens des propos tenus par Pete Hegseth à son homologue chinois Dong Jun (董軍) en septembre: « Les États-Unis ont des intérêts vitaux dans la région Asie-Pacifique, qui constitue leur théâtre prioritaire, et ils les protégeront avec détermination(x). » Les Chinois eux-mêmes ne semblent guère convaincus par la thèse du néo-isolationnisme, Liu Chang du China Institute of International Studies (CIIS, 中國國際問題研究所) affirmant:
Les États-Unis ont beau recourir à des formules telles que le « repli stratégique » ou à d’autres éléments de langage pour déguiser leur politique en Asie-Pacifique, tant que leur but premier restera de contenir et de réduire l’influence de la Chine, la nature de cette politique ne changera pas, malgré les variations d’apparence ou de discours(x).
Reste une inconnue: dans quelle mesure ces positions influencent-elles les choix du président Trump? Jusqu’à présent, ses prises de position sur Taïwan sont restées contradictoires – entre ses réflexions sur les États-Unis comme « compagnie d’assurance » pour l’île, l’exonération des droits de douane sur ses semi-conducteurs(x)et certains signaux plus affirmés comme sa déclaration conjointe avec Ishiba Shigeru s’opposant à « tout changement unilatéral du statu quo [dans le détroit] par la force ou la coercition(x)». Certes, la continuité du soutien américain à Taïwan semble jusqu’ici prévaloir, mais il est aussi vrai que Trump s’est montré enclin à des mouvements intempestifs et à des décrets exécutifs susceptibles de remettre en cause, du jour au lendemain, des décennies de politique étrangère. Comme le souligne Bethany Allen, analyste à l’ASPI, ses prises de position montrent que « les valeurs libérales sont de plus en plus écartées des calculs de politique étrangère américaine, ouvrant la possibilité que le soutien à Taïwan ne soit plus lié à sa nature démocratique(x)». Autrement dit, selon Rorry Daniels, et derrière l’indiscutable intérêt stratégique que représente Taïwan pour Washington, deux incertitudes persistent: d’une part, la manière dont Trump évaluera, dans telle ou telle situation, la valeur de Taïwan pour les États-Unis; d’autre part, l’influence que peut vraiment exercer le reste de l’appareil gouvernemental sur sa position à ce sujet(x). Comme l’écrit James Palmer dans Foreign Policy: « Il faut au moins reconnaître un mérite à Trump: il est le premier président à avoir véritablement mis en œuvre l’ambiguïté stratégique, personne ne sait ce qu’il fera(x). »
En outre, sans doute afin de ne pas compromettre les négociations commerciales avec Pékin, le président avait en septembre suspendu une enveloppe d’aide militaire de 400 millions de dollars destinée à Taïwan(x). Fidèle à sa vision transactionnelle, il avait déjà indiqué préférer que Taipei finance directement ses achats plutôt que de recourir au mécanisme de Presidential Drawdown Authority (PDA) utilisé sous l’administration Biden(x), qui avait approuvé peu avant son départ une aide de 571 millions de dollars dans le cadre d’une enveloppe annuelle d’un milliard votée par le Congrès(x). Cette suspension apparaît toutefois rétrospectivement comme d’ordre largement tactique, Washington ayant repris les ventes d’armement dès novembre 2025 avec un premier paquet de 330 millions de dollars, comprenant notamment des pièces détachées aéronautiques(x). Dans le même esprit, le refus d’autoriser un transit du président Lai à New York(x), puis l’annonce de droits de douane de 20 %(x), relèvent moins d’une volonté de sanctionner Taïwan que de l’agenda diplomatique global de Donald Trump – même si, sur le plan politique intérieur taïwanais, de telles mesures peuvent objectivement faire le jeu du KMT.
Se rééquiper et armer Taïwan
Ces inflexions de Washington ne sont cependant pas anodines et peuvent en partie s’expliquer par les difficultés rencontrées pour suivre le rythme du réarmement chinois. Selon Kurt Campbell et Rush Doshi, anciens de l’administration Biden, « la Chine dispose de la masse [industrielle], pas les États-Unis(x)». Depuis l’invasion de l’Ukraine, les industriels américains sont confrontés à un afflux de commandes tandis que les stocks, notamment de munitions de précision, s’avèrent insuffisants pour tenir dans un conflit de longue durée. Des simulations ont suggéré que les États-Unis épuiseraient ces réserves en deux semaines(x). Ceux-ci s’inquiètent donc autant de leur capacité de dissuader un coup de force contre Taïwan que de celle de résister dans le cadre d’un conflit prolongé où Pékin pourrait exploiter sa supériorité industrielle(x).
Les États-Unis ne sont plus l’arsenal de la démocratie qu’ils ont été durant la Seconde Guerre mondiale. Leur industrie de défense, restructurée à l’aune des guerres contre-insurrectionnelles au Moyen-Orient et en Asie centrale, a longtemps privilégié des équipements technologiques coûteux mais échantillonnés. Reconstruire des usines, retrouver de la masse, et refaire les stocks prendra des années. Une commission bipartisane nommée par le Congrès avertissait en 2024 que la Chine risquait de dépasser les États-Unis sur le plan militaire dans le Pacifique occidental, compte tenu de ses capacités de production(x). Aux difficultés industrielles américaines s’ajoute une pénurie de main-d’œuvre, qui ralentit les cadences et alourdit les coûts. Les chantiers navals manquent ainsi de soudeurs, d’ingénieurs, d’électriciens et de métallurgistes(x). Ce problème est aggravé par la complexité des programmes d’armement. Le cas des frégates Fincantieri l’illustre: choisies en 2020 pour leur fiabilité et leur compatibilité à 85 % avec les standards de l’OTAN, elles ont subi des modifications imposées par l’US Navy qui ont réduit cette compatibilité à 20 %, entraînant trois ans de retard et l’explosion des coûts(x). Le programme vient par ailleurs d’être entièrement abandonné(x). À cela s’ajoutent des vulnérabilités dans les chaînes d’approvisionnement. Une large part des composants nécessaires à la BITD, batteries, circuits imprimés, métaux rares ou ferroalliages, provient de Chine. Pékin détient ainsi un levier potentiel, qu’il a déjà brandi en réponse aux mesures protectionnistes américaines(x).
En 1960, le ministre de la Défense taïwanais, David Yu (俞大維) pouvait confier au général Guillermaz, sinologue de renom et futur attaché militaire français en RPC, son bonheur de voir Taïwan enfin intégrée dans le périmètre de défense américain(x). Toutefois six décennies plus tard, c’est la viabilité même de ce dispositif qui inquiète les cercles stratégiques américains, certains alertant sur le risque d’une fenêtre d’opportunité pour Pékin comparable à celle qu’a exploitée Tokyo en 1941, le réarmement destiné à dissuader Pékin n’ayant pas encore porté ses fruits(x).
Taipei, dans le sillage de l’Ukraine, s’impatiente également d’attendre de nombreuses livraisons d’équipements militaires déjà commandés aux États-Unis et sans cesse retardées, des arriérés de livraison dont le montant s’élève à plus de 20 milliards de dollars(x). Parmi les systèmes en retard, on trouve les bombes planantes de précision AGM-154C Joint Standoff Weapons, les avions de chasse F-16V Block 70 ainsi que les torpilles lourdes MK-48(x). C’est aussi pourquoi Washington avait accepté, sous l’administration Biden, de transmettre à Taipei des équipements prélevés sur ses stocks à l’aide de mécanismes financés en partie par le contribuable américain, avec les Foreign Military Financing (FMF) et Presidential Drawdown Authority (PDA)(x). La reprise des ventes d’armes à Taïwan s’accélère désormais avec l’annonce en décembre d’une vente d’environ 11 milliards de dollars, la plus importante jamais approuvée en faveur de Taipei. Fait notable, les systèmes concernés (M109, HIMARS, Javelin, drones kamikazes) s’inscrivent pleinement dans l’approche asymétrique de défense promue de longue date par Washington, et explicitement conçue pour dissuader toute tentative de débarquement chinois sur l’île(x).
Le soutien américain s’exprime aussi à travers la présence officiellement officieuse et médiatisée d’unités de forces spéciales et de conseillers américains à Kinmen, Penghu, et à Taïwan elle-même(x). La déclaration en mai 2025 par l’amiral Mark Montgomery concernant la présence d’environ 500 militaires américains stationnés sur l’île marque en ce sens un tournant important par rapport à un partenariat autrefois plus discret(x). Une part de ces militaires seraient en réalité présents à Taïwan via un contournement juridique: des Temporary Duty Travel (TDY) leur permettraient d’y séjourner jusqu’à 180 jours, avant de repartir brièvement sur une base américaine, en général à Okinawa, pour régulariser leur statut, puis revenir. Ce dispositif leur permettrait de servir de conseillers auprès de l’armée taïwanaise sans contrevenir frontalement aux lignes officielles de la diplomatie américaine(x). Descendants indirects du MAAG des années 1950(x), ces soldats en rotation régulière avec Okinawa et Guam remplissent un double rôle: de tripwire tout d’abord, c’est-à-dire une force symbolique dont la présence vise à dissuader Pékin en augmentant la probabilité d’une riposte américaine; et d’encadrants, chargés de former les bataillons taïwanais aux dernières tactiques opérationnelles.
Il s’agit aussi d’accélérer l’interopérabilité entre les commandements et les forces taïwanaises et américaines. Les exercices strictement nationaux atteignent désormais leurs limites, car la défense de l’île dépendra largement de sa capacité à coopérer avec d’autres armées. Pour l’heure, le rôle de Taïwan dans les grandes manœuvres régionales reste réduit, comme l’a illustré la concomitance des exercices Han Kuang et REFORPAC, le second associant les alliés régionaux sans inclure l’île(x). Taipei et Washington ont pourtant un intérêt à multiplier les entraînements conjoints, surtout si, comme l’a rappelé l’amiral James Kilby, leur finalité explicite est de faire de Taïwan « une cible très difficile à prendre(x)». Des progrès apparaissent toutefois: pour la première fois, plus de 500 militaires taïwanais ont pris part à l’exercice Northern Strike dans le Michigan, aux côtés de forces américaines, d’unités de la Garde nationale et d’autres unités de l’OTAN(x). Officiellement, le Pentagone commente rarement la participation taïwanaise à ce type d’entraînement, mais la médiatisation de cette année marque un tournant. L’objectif est double: adresser un signal de dissuasion à Pékin et rassurer une opinion taïwanaise gagnée par le doute quant à l’engagement américain dans le contexte de la seconde administration Trump. La multiplication de ces exercices offre en outre à l’armée taïwanaise, qui est longtemps restée isolée sur la scène internationale, une expérience opérationnelle très précieuse, une meilleure maîtrise des procédures alliées et la possibilité d’actualiser ses doctrines opérationnelles.
S’adapter et se redéployer face à l’APL
En attendant, la situation générale a provoqué un changement d’état d’esprit au Department of War, qui a pris conscience qu’un conflit contre Pékin ne se déroulerait pas dans la situation de supériorité à laquelle les Américains se sont habitués depuis la guerre du Golfe(x). Pour y faire face, Washington envisage une nouvelle posture dans le Pacifique fondée sur le déni d’accès, le repositionnement asymétrique de ses forces et le rassemblement d’une coalition régionale.

Carte du Center for Strategic and Budgetary Assessment (CSBA) reproduite par Yoshihara montrant la logique du feu conjoint terrestre et aéronaval chinois, formant la bulle de déni d’accès A2/AD contre une possible intervention américaine en ce début de siècle(x).
Dans le Pacifique occidental, le Pentagone compose avec une organisation héritée de la guerre froide, concentrant ses forces sur la première chaîne d’îles. Cette configuration avait l’avantage d’être économe et de positionner les troupes au plus près des zones de tension, mais elle présente aujourd’hui un inconvénient majeur: en cas de guerre, ces forces seraient exposées aux frappes de la Chine, en particulier à celles de la force des fusées (PLARF) et aux attaques de drones(x).
Face à cette vulnérabilité, des documents officiels comme la National Security Strategy (NSS, 2022) et la National Defense Strategy (NDS, 2022), appellent à développer un réseau de bases à la fois plus dispersées et résilientes, afin de réduire leur vulnérabilité à une attaque surprise, notamment par drones et possiblement sur le sol américain(x). Cette adaptation passe par la mise en œuvre de mesures de défense passive: renforcement des structures et des hangars, dispersion ou enfouissement des appareils, multiplication des stocks de carburant et de munitions dans des dépôts bétonnés, entraînement à la réparation rapide des pistes et camouflage du matériel(x). Si ces orientations mettront du temps à se matérialiser, Eric Heginbotham, expert du MIT, estime que les États-Unis conservent un avantage décisif sur la Chine: la profondeur stratégique offerte par leur posture navale et leur capacité à frapper depuis la terre. « À l’inverse, la flotte chinoise fait face à un continent: elle n’a nulle part où fuir ni se dissimuler et s’engage, en pratique, en terrain découvert dès le premier jour [où elle quitte ses bases](x). » Ces aspects ne sont bien sûr pas perdus par les Chinois, qui en discutent abondamment dans leurs publications(x).
L’INDOPACOM reprend ainsi les principes de la stratégie A2/AD et de la guerre asymétrique. Le Corps des Marines et l’Army installent des bases de repli et de pré-positionnement de matériel sur des atolls isolés, misent sur une meilleure mobilité et le camouflage des troupes comme des équipements(x). L’Air Force, avec son concept d’Agile Combat Employment (ACE), se prépare à une forme de guérilla aérienne depuis des terrains sommaires, proches du front (Philippines, îles japonaises). Au loin, elle réinvestit dans des bombardiers furtifs, les missiles à très longue portée et les ravitailleurs. Hawaï, Midway, Wake, Palau, Guam, Okinawa retrouvent leur rôle de points d’appui navals(x). La Navy adopte la stratégie de Distributed Maritime Operations (DMO), qui vise à disperser sa flotte pour compliquer le ciblage adverse tout en maintenant une bonne coordination opérationnelle(x). Elle revient sur des décennies de tout nucléaire pour ses sous-marins ainsi que sur les programmes hors de prix des destroyers Zumwalt ou frégates Littoral Combat Ship. Retrouver de la masse passera aussi par l’activation d’unités de réserve et le retour des sous-marins diesel-électriques(x). Washington communique sur HELLSCAPE, un plan visant à déployer des essaims de drones pour saturer le détroit. Cette stratégie, défendue par les plus hauts responsables militaires américains de l’INDOPACOM, reste toutefois, selon les analystes, au stade conceptuel alors que le temps joue contre sa mise en œuvre(x). Il faudra aussi tenir compte des remaniements intervenus au sommet du commandement américain sous l’impulsion de Pete Hegseth, des changements qui, selon les observateurs, pourraient fragiliser la stabilité institutionnelle des forces armées et influer sur la posture régionale des États-Unis(x).
Face au durcissement du rapport de force devant Taïwan, Washington cherche aussi à densifier un réseau de partenariats régionaux politiques, militaires et techniques destiné à dissuader Pékin, laissant planer l’éventualité d’un blocus des lignes commerciales et énergétiques chinoises(x). Ce maillage repose entre autres sur la consolidation de formats diplomatiques tels que le Quad et l’AUKUS, ainsi que sur le renforcement de l’interopérabilité des forces. Cependant des fragilités apparaissent: l’imprévisibilité américaine, entre pressions commerciales, exigences en matière de dépenses de défense et signes récurrents de désengagement, suscite à la fois doute et irritation de ses partenaires, en contradiction avec l’objectif de resserrer les rangs face à Pékin.
Le Quad (Dialogue quadrilatéral pour la sécurité – États-Unis, Japon, Australie, Inde), conçu comme un format souple sans obligations mutuelles, affronte des vents contraires. L’Inde, pilier ouest du dispositif, est touchée par des droits de douane américains perçus comme punitifs et a pris ombrage de la proximité affichée du président américain avec Islamabad(x). La confiance patiemment construite s’érode tandis que l’idée s’impose à New Delhi qu’un arrimage trop prononcé aux positions de Washington n’est pas souhaitable. L’Inde poursuivra sa politique de multi-alignement, n’hésitant pas à dialoguer avec Pékin lorsque son intérêt le demande, comme l’ont montré les récentes rencontres Modi-Xi dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai(x). Le binôme Inde-Japon conserve cependant sa pérennité, porté par un intérêt commun: sécuriser les routes maritimes et les détroits entre océans Indien et Pacifique face à la Chine, au premier rang desquels Malacca, qui est vital pour l’approvisionnement énergétique japonais(x). Pour l’archipel, dont « le sang est constitué d’eau de mer(x)», le partenariat avec l’Inde est essentiel pour contrecarrer une supériorité navale chinoise dans l’océan Indien; pour New Delhi, il est un levier contre le « collier de perles » chinois, de la mer d’Arabie à Malacca.
L’AUKUS, l’alliance stratégique et technologique entre Washington, Canberra et Londres, fait face à d’autres difficultés. En Australie, les interrogations restent vives: le programme, estimé à 368 milliards de dollars australiens sur trente ans, prévoit d’abord la livraison transitoire de sous-marins nucléaires américains de classe Virginia, puis le développement des SSN-AUKUS avec Londres(x), alors que les chantiers américains peinent à répondre à leurs propres besoins et qu’il faudrait, selon des responsables, doubler les cadences pour tenir les engagements pris(x). Pour se prémunir contre les aléas américains et pérenniser leur assise régionale, Londres et Canberra ont ainsi signé à Geelong, à l’été 2025, un traité visant à renforcer leur coopération industrielle et technologique(x). Washington encourage en parallèle Tokyo à s’impliquer davantage dans l’AUKUS, notamment dans son pilier II (technologies, chaînes industrielles). Le Japon dispose d’atouts indéniables (alliance ancienne avec Washington, base industrielle solide, convergence stratégique face à Pékin) mais son adhésion se heurte à plusieurs obstacles(x): divisions politiques internes, opinion publique attachée au pacifisme et réserves australiennes. Canberra redoute en effet qu’un élargissement ne vienne alourdir les programmes engagés. Son économie est en outre liée à la Chine, qui réagirait négativement à l’inclusion du Japon dans l’AUKUS(x).
Le sous-secrétaire américain à la Défense, Elbridge Colby, a également demandé à ses homologues japonais et australien de clarifier leur position en cas de crise à Taïwan. Les deux capitales ont longtemps fait preuve de prudence: à Canberra, le ministre de l’Industrie de défense, Pat Conroy, rappelait qu’une telle décision « serait prise par le gouvernement du moment », tandis qu’à Tokyo, le ministère de la Défense soulignait encore que toute réponse dépendrait « du cas par cas, en conformité avec la Constitution et la loi japonaise »(x).
C’est cependant au Japon que cette ligne a évolué en novembre. Interrogée à la Diète sur les conditions dans lesquelles un blocus de Taïwan où la Chine tenterait notamment de prendre le contrôle des voies maritimes adjacentes constituerait pour Tokyo une « situation menaçant la survie du Japon(x)», la Première ministre Sanae Takaichi a répondu: « Si des navires de guerre sont employés et si un blocus naval implique l’usage de la force, j’estime que cela constituerait, sans aucun doute, une situation pouvant être considérée comme une menace pour la survie du Japon. Le simple fait d’employer des navires civils pour entraver le passage ne constituerait pas une situation de survie, [mais] s’il s’agit d’un blocus en temps de guerre, avec des drones en vol et d’autres développements, alors la situation pourrait être appréciée différemment(x). »
Rapidement, son ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a toutefois mis en garde contre toute clarté stratégique excessive vis-à-vis de Pékin, déclarant devant la presse que définir ainsi des scénarios types pourrait revenir à « dévoiler notre jeu à l’adversaire(x)». Que les propos de Takaichi aient été improvisés ou non, ils rompent en partie avec l’ambiguïté traditionnelle du Japon sur son positionnement exact en cas de crise dans le détroit. En octobre 2022, lorsqu’une question similaire lui a été posée, Fumio Kishida s’était en effet refusé à toute clarification: « Notre réponse dépendra des circonstances propres à chaque situation. Je dois m’abstenir de fournir une réponse définitive à ce stade(x). »

Quotidien de l’APL, 25 novembre 2025. Détendu, le marchand de canons américain manipule la japonaise Takaichi pour servir ses visées militaristes. Elle dit: « Si le petit Lai Lai [Lai Ching-te] se fait rosser, j’en pâtirai aussi! » Celle-ci rampe pour empoisonner, à l’aide d’un poisson irradié, le « chien » taïwanais affublé d’un collier vert (couleur du PDP) et représenté à la fois naïf et servile (Lai: « Je mange tout ce que tu manges, moi! Je te suivrai jusqu’au bout! »). Ces thèmes sont redondants dans la propagande chinoise(x).
Or, malgré des critiques internes et la tentative de Pékin d’internationaliser la crise(x), Takaichi ne s’est pas rétractée, se bornant à déclarer que la position officielle du Japon sur le détroit et la politique d’une seule Chine demeurait inchangée(x). Pour Taïwan, il s’agit d’un succès diplomatique notable, qui met en échec, du moins momentanément, la stratégie chinoise visant à dissuader tout pays étranger de lier explicitement sa sécurité à celle de l’île. L’ensemble a évidemment suscité une forte réponse de Pékin. Le consul de Chine à Osaka a publié sur X que Pékin n’aurait plus d’autre choix que de « trancher le sale cou » de Sanae Takaichi, tandis que la propagande s’acharnait à la fois sur le « japonisme lèche-bottes » et les « sushis nucléaires » du président Lai, en référence à une vidéo le montrant en train de manger des sushis supposément irradiés après le rejet en mer des eaux de la centrale de Fukushima quelques mois plus tôt. À Taïwan, Ma Ying-jeou (KMT) s’est, comme souvent, mis au diapason des éléments de langage pékinois en dénonçant « cette résurgence du militarisme japonais, […] portant atteinte aux intérêts des habitants de la région, lesquels aspirent à la paix dans le détroit(x)». Pékin a en parallèle adopté diverses mesures de rétorsion et accru les activités de l’APL autour des îles Senkaku, également revendiquées par la Chine et dont le destin stratégique est étroitement lié à celui de Taïwan(x), afin de forcer Takaichi à se rétracter – sans effet jusqu’à présent(x).
Cet épisode, pour spectaculaire qu’il soit, ne modifie pas l’essentiel: la position japonaise en cas de crise restera largement fonction du rôle que choisiront de jouer les États-Unis et du type de scénario auquel il faudrait répondre. Tokyo reste dans ce cadre le partenaire régional clé de Washington, fort de hausses budgétaires historiques et de l’adoption, en 2022, d’une Stratégie de sécurité nationale (SSN) prévoyant l’acquisition de capacités de frappe à longue portée susceptibles d’atteindre le territoire chinois (missiles, systèmes de défense antiaérienne et antimissile). L’interopérabilité entre les forces japonaises et américaines progresse entre-temps grâce à la tenue de grands exercices conjoints (notamment Keen Sword 2025)(x)et à la mise en place d’une coordination bilatérale renforcée entre les commandements, même si celle-ci reste limitée par des contraintes juridiques, politiques et technologiques(x). À cela s’ajoutent un durcissement certain des défenses de l’archipel des Ryūkyū, notamment des îles de Yonaguni, Miyako, Ishigaki situées aux avant-postes immédiats de Taïwan(x). Si les Forces d’autodéfense ont longtemps été pressenties pour un rôle logistique de soutien aux forces américaines, la menace sur les routes maritimes de Tokyo et la vulnérabilité des bases américaines sur son sol à de potentielles frappes chinoises pourraient ainsi ouvrir la voie à une implication plus directe.
La Corée du Sud constitue un autre axe. Washington tente de la rapprocher de Tokyo dans un format trilatéral jugé essentiel pour resserrer l’étau sur la périphérie maritime chinoise(x), mais les limites restent nombreuses: la mémoire coloniale japonaise continue de diviser la société coréenne, et l’opinion publique demeure assez réticente à un rapprochement militaire. Séoul se montre en outre prudent sur la question de Taïwan. Washington souhaiterait que les 28 500 soldats américains stationnés sur la péninsule puissent être mobilisés en cas de crise dans le détroit(x)mais Séoul, confronté à la menace nord-coréenne, est réservé: le président Lee, tout en réaffirmant son attachement à l’alliance américaine, cherche à maintenir une approche équilibrée vis-à-vis de la Chine, dont dépend une large part de l’économie sud-coréenne. Séoul a d’ailleurs démenti toute discussion sur un éventuel redéploiement des troupes américaines en cas de crise à Taïwan(x). Parallèlement, la Corée renforce aussi ses moyens navals, en particulier la base de Jeju. Située au nord de la première chaîne d’îles, près de Shanghai et de Qingdao, Jeju contrôle des routes maritimes clés d’Asie du Nord-Est, et sa capacité à peser sur le littoral chinois et sur la jonction entre les flottes du Nord et de l’Est attire l’attention de la communauté stratégique aux États-Unis(x). Si des commentateurs chinois l’ont qualifiée de « seconde Okinawa(x)», il s’agit à ce jour d’une base exclusivement sud-coréenne. Enfin, Washington cherche à compenser ses propres faiblesses en matière de construction navale en s’appuyant sur l’industrie de Séoul: l’initiative Make American Shipbuilding Great Again (MASGA) prévoit ainsi que celle-ci investisse plusieurs milliards de dollars dans les chantiers américains(x).
Sur le plan des bases, Washington mise aussi sur les Philippines. L’extension des sites relevant de l’EDCA (Enhanced Defense Cooperation Agreement) – Lal-lo, Camilo Osias et Camp Melchor Dela Cruz, tous situés au nord de Luçon, ainsi que Balabac, à Palawan – l’illustre: multiplier les points d’appui au plus près du canal de Bashi, corridor vital qui relie le Pacifique à la mer de Chine méridionale et sépare Luçon de Taïwan. Des systèmes de missiles NMESIS seront déployés sur les Batanes, au centre du canal, où Manille va également ouvrir une base militaire, afin de compliquer son franchissement par la marine chinoise en cas de conflit(x). L’importance géostratégique de ces positions est d’ailleurs telle que l’amiral Harry Harris, ancien commandant de l’INDOPACOM, affirmait en 2023 qu’il serait très « difficile [pour Washington] d’imaginer un conflit avec la Chine sans recourir aux bases philippines(x)».

« Tyrannie des distances » entre les États-Unis et les fronts potentiels(x).
Ces initiatives américaines s’accompagnent d’un rapprochement inédit entre Tokyo et Manille, les deux capitales ayant déclaré conjointement leur opposition à toute modification du statu quo dans la région par la force, ce qui est une manière comprise par tous de s’adresser à Pékin, et a ouvert la voie au déploiement de troupes japonaises aux Philippines, une première historique(x).
Au-delà de Manille, la position des États d’Asie du Sud-Est quant à leur rôle dans une éventuelle crise autour du détroit de Taïwan demeure fragmentée et ambivalente. Singapour accueille des infrastructures américaines (Changi, Paya Lebar), à proximité immédiate du détroit de Malacca, artère commerciale et énergétique vitale pour Pékin, mais se garde de tout alignement explicite contre la Chine. Le projet Starlight (星光演習) permet toutefois depuis 1975 aux forces armées singapouriennes de s’entraîner à Taïwan et, malgré les pressions chinoises, rien ne confirme à ce jour l’abandon du discret dispositif(x). Le Vietnam, farouchement opposé aux revendications chinoises en mer de Chine méridionale, a renforcé sa coopération militaire avec Washington, symbolisée par la visite du porte-avions USS Ronald Reagan en 2023(x); mais Hanoï continue de pratiquer une politique d’équilibre, ménageant Pékin, partenaire économique incontournable, et refusant tout partenariat formel qui l’exposerait directement(x). La Thaïlande, pourtant alliée des États-Unis, traverse une phase d’instabilité politique et se rapproche de la Chine, comme en témoigne l’achat de sous-marins chinois(x). À l’inverse, le Cambodge, relais traditionnel de Pékin, cherche à diversifier ses partenariats: la base de Ream, modernisée avec l’appui chinois, a accueilli en 2025 une première escale japonaise(x), et Phnom Penh a laissé entendre vouloir reprendre la tenue d’exercices conjoints avec les États-Unis, un contre-feu qui n’indique aucun rapprochement sur la question de Taïwan(x). L’Indonésie, tout en préservant ses liens économiques avec Pékin, a signé en 2023 avec Washington un Joint Comprehensive Strategic Partnership, ouvrant la voie à un futur accord de défense, et participe aux exercices Super Garuda Shield(x); Jakarta conserve néanmoins une posture très prudente sur la question taïwanaise. La Malaisie, enfin, pratique une diplomatie d’équilibre(x), combinant coopération navale avec les États-Unis et renforcement de ses liens économiques avec la Chine. Ces pays se tiendraient ainsi le plus probablement en retrait de tout conflit dans le détroit.
Enfin, à ces tentatives américaines de contraindre dans la profondeur les lignes de vie maritimes chinoises, Pékin répond par une vaste manœuvre de désencerclement. Sa marine, plutôt que de se limiter au détroit de Taïwan, s’inscrit également dans une logique plus large: contrôler les mers proches tout en développant, on l’a vu, des capacités de « protection des mers lointaines(x)». Comme l’anticipait Liu Huaqing, père de la stratégie maritime chinoise contemporaine, la montée en puissance navale de Pékin vise en effet à « étendre la zone de combat » et à « cibler les arrières » de l’adversaire(x). Les récents exercices de sa marine menés en mer de Tasmanie suggèrent cette capacité de frapper au large, d’entraver l’arrivée de renforts et de perturber les lignes de communication maritime desquelles dépendent les forces américaines et alliées(x).

L’amiral américain Alfred Mahan (1840-1914) et son lointain disciple chinois Liu Huaqing (劉華清, 1916-2011) ont tous deux saisi la dialectique entre contrôle du commerce, maîtrise de la mer et points d’étranglement, et conçu une stratégie navale en conséquence.
Cette ambition répond à une priorité géostratégique: conjurer tout risque d’un blocus offshore susceptible d’asphyxier en cas de crise l’économie chinoise, en coupant l’accès aux détroits du Rimland asiatique. D’où l’extension des opérations chinoises vers les « eaux bleues » et la mise en place de relais logistiques à l’étranger, ports et infrastructures présentés comme civils mais potentiellement militarisables, de Djibouti aux îles Salomon(x). Pékin y bâtit, en temps de paix, la profondeur stratégique qui lui permettra de rompre son endiguement naval et de contourner les deux chaînes d’îles, ce qui est aussi un préalable à toute opération dans le détroit(x).
La Chine s’appuie sur un puissant récit idéologique et historique: conjurer le traumatisme d’un « siècle d’humiliation » marqué par l’impuissance navale et la vulnérabilité du littoral chinois aux pressions étrangères. Taïwan et les « mers lointaines » acquièrent ici une très forte valeur symbolique, comme leitmotiv de la reconstruction par Pékin, au large cette fois, d’une grande barrière océanique destinée à consacrer la Chine comme puissance maritime dominante.
Reste la présence américaine, structurée par un réseau d’alliances et de bases, que Pékin cherche à repousser. Or la thalassocratie qui a vu naître Mahan et fondé sa suprématie sur la maîtrise des océans sait ce qu’impliquerait un tel retrait: laisser à son rival un accès préférentiel aux marchés les plus dynamiques et la capacité de réécrire les normes internationales à son profit(x).
Ce double mouvement, densification du dispositif américain d’un côté, projection chinoise vers le large de l’autre, fait ainsi de Taïwan un enjeu indissociable d’une compétition historique pour le contrôle des routes maritimes mondiales. Cet enjeu concerne aussi l’Europe.
Conclusion
La dissuasion dans le détroit de Taïwan repose à ce jour sur plusieurs facteurs: une préparation militaire chinoise inachevée, des défenses taïwanaises en voie de consolidation et soutenues par les États-Unis, les risques économiques encourus par Pékin, et la vulnérabilité du littoral chinois.
La solidité de cette posture dépend avant tout de Washington. Si l’approche du Pentagone reste lisible sur les plans industriel et militaire, la politique du président Donald Trump présente une ambivalence: elle entretient le doute sur l’engagement des États-Unis et fragilise son maillage de partenariats régionaux. L’abandon de la référence à la communauté démocratique libérale, pilier de la stratégie Biden, réduit aussi la portée symbolique et mobilisatrice de l’engagement américain. Or la capacité de Washington à agréger ses partenaires conditionne sa posture face à Pékin, sur fond d’incertitudes liées à l’évolution de la politique intérieure américaine.
L’évolution du rapport de force ravive d’ailleurs, à Washington, des interrogations quant à la capacité de soutenir durablement l’engagement américain en faveur de Taïwan. De tels débats, qui n’ont rien de nouveau, coexistent toutefois avec les efforts du Pentagone pour ajuster sa posture, tandis que l’administration républicaine paraît jusqu’ici attachée au maintien du statu quo. À plus long terme, il est néanmoins probable que Pékin cherche à exploiter toute fragilité perçue à Washington pour favoriser un réajustement de son soutien à Taipei, tout en misant sur l’impact psychologique qu’aurait sur l’île la perception d’un engagement américain fragilisé.
La dissuasion ne se réduit pas au duel sino-américain. Taïwan elle-même joue un rôle décisif. Si la situation est préoccupante, elle n’est pas figée. Des marges de progression existent, qu’il s’agisse des équipements, des doctrines ou des pratiques institutionnelles, et le gouvernement cherche à les exploiter. Au-delà des débats sur le format de l’armée, le budget ou les doctrines, ce qui fait davantage défaut à Taipei est une vision partagée entre chaque force politique de la menace et de ce qu’il faut défendre. Du politique découle la stratégie: en l’absence de consensus, les efforts des Taïwanais pour bâtir une posture adaptée à la pression resteront entravés.
Quant à Pékin, le Parti espère certainement que le glissement du rapport de force installera le doute à Washington ou à Taipei et favorisera l’essor de conditions politiques plus propices. Il poursuit ainsi sa manœuvre d’asphyxie diplomatique et d’influence politique et économique sur l’île, tout en misant sur une défaite du PDP aux élections locales de 2026 et présidentielles de 2028, en même temps que les déploiements de l’APL à des fins d’intimidation et d’empiètement.
Il est possible que cela ne fonctionne pas. Et qu’outre les intérêts antagonistes de Washington, Taipei et Pékin, un basculement de l’équilibre des forces en faveur de l’APL fera de la stabilité du détroit la fonction d’un calcul coût-bénéfice chinois. Cela constituerait un danger si le Parti estimait un jour avoir réuni les capacités requises pour engager des actions plus décisives – un glissement nourri, à ses yeux, par des défenses taïwanaises divisées, fragiles ou inadaptées, et une administration américaine hésitante quant à sa capacité à intervenir en soutien à Taïwan.
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« 全球首艘彈射型「無人機航母」!帶你速覽076型兩棲攻擊艦的強大能力 [Le premier “porte-avions de drones” à catapulte au monde! Aperçu des capacités du navire d’assaut amphibie type 076] », CCTV, 28 décembre 2024.
« 俄核政策調整傳遞明確威懾信號 [L’ajustement de la politique nucléaire russe envoie un signal clair de dissuasion] », Quotidien de l’APL, 12 décembre 2024.
« 解放軍已提升對台發動突襲能力 [L’APL a accru sa capacité à mener une attaque éclair contre Taïwan] », CNA, 26 mai 2025.
« 海鯤號潛艦結案期程延到118年 擔任系統優化丶新式武器測試艦 [La date de mise en service du sous-marin Hai Kun repoussée à 2029. Il servira de navire d’essai pour l’optimisation des systèmes et l’expérimentation de nouvelles armes] », Liberty Times, 31 août 2024.
« 王滬寧會見傅崐萁 稱兩岸應常來常往 [Wang Huning rencontre Fu Kun-chi et affirme que les deux rives doivent multiplier les échanges] », CNA, 27 avril 2024.
« 美國對中國為何比對俄更傲慢:只因中國核武器太少 [Pourquoi les États-Unis se montrent-ils plus arrogants envers la Chine qu’envers la Russie? Tout simplement parce que la Chine possède trop peu d’armes nucléaires] », Global Times, 24 décembre 2016.
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« 「軍人加薪」三讀通過!志願役最高加3萬 2026年元旦就上路 [L’augmentation des salaires des militaires adoptée en troisième lecture! Jusqu’à 30 000 NT$ de plus pour les volontaires – mise en application au 1er janvier 2026] », ctnews, 10 juin 2025.
« 專家警告雄風彈大曝光 開戰有即被摧毀疑慮 [Révélations sur les missiles Hsiung Feng – en cas de guerre, ils risqueraient d’être immédiatement détruits] », CTI News, 24 octobre 2024.
« 國軍人力嚴重流失!志願役「賠錢退伍」4年離營人數暴增4倍 [Perte massive de personnel dans l’armée taïwanaise! Les militaires volontaires quittent les rangs en s’acquittant de l’amende – le nombre de ces départs a quadruplé en quatre ans] », TVBS, 13 janvier 2025.
« 幻象戰術交流東部空域登場 台法飛官共組隊伍 [Échanges tactiques autour des Mirage dans l’espace aérien de l’est: des pilotes taïwanais et français forment une équipe conjointe] », CNA, 22 octobre 2023.
« 當紅藝人王大陸涉嫌逃避兵役 對台灣義務役制度質疑再起 [Darren Wang accusé d’avoir tenté d’échapper au service militaire: les doutes sur le système de conscription ressurgissent] », BBC News, 20 février 2025.
« 獨家!在台法國老師揭露 「避難所線上地圖」錯很大 [Exclusif! Un professeur français à Taïwan révèle que la “carte en ligne des abris” est largement erronée] », FTV Sports, 7 août 2025.
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« La marine réalise progressivement la transformation du type de défense offshore à la combinaison de type défense offshore et escorte dans les mers lointaines [海軍逐步實現近海防御型向近海防御與遠海護衛型結合轉變] », Chine Nouvelle, 26 mai 2015.
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« 劍指第三島鏈?中國軍艦為何無預警在澳洲外海實彈演習 是否促使紐西蘭加入’奧庫斯’ [Cibler la troisième chaîne d’îles? Pourquoi des navires de guerre chinois ont-ils mené sans avertissement des exercices de tirs au large de l’Australie – Cela incitera-t-il Auckland à rejoindre AUKUS?] », BBC News, 7 mars 2025.
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« 四川舰未来将在海军中扮演什么角色?专家解析来了 [Quel rôle le Sichuan jouera-t-il au sein de la marine chinoise à l’avenir? Analyse d’experts] », Global Times, 17 novembre 2025.
« 福建舰入列进入倒计时 美媒:更糟的还在后面,004两年后下水? [Le porte-avions Fujian est sur le point d’entrer en service. Médias américains: “Le pire reste à venir”] », Toutiao, 6 novembre 2025.
« 更让美国人破防的来了,福建舰入列第7天,空军新机型霸气亮相 [Et voici de quoi faire perdre encore davantage leurs moyens aux Américains: le septième jour après l’entrée en service du Fujian, un nouveau modèle d’avion de l’Armée de l’air fait une apparition spectaculaire] », Toutiao, 11 novembre 2025.
« 军事论坛丨浅析智能化战争特点规律 [Tribune militaire: brève analyse des caractéristiques et dynamiques de la guerre intelligentisée] », Quotidien de l’APL, 30 septembre 2025.
« 外媒关注中国高超音速武器发展,真能让美军在第二岛链无立足之地? [Les médias étrangers s’intéressent au développement chinois des armes hypersoniques: peuvent-elles vraiment empêcher l’armée américaine d’avoir une position dans la deuxième chaîne d’îles?] », Toutiao, 5 novembre 2025.
« 漫评丨吃核食、秀日料,赖清德护主心切,媚日卖台无下限 [Commentaire illustré: manger des aliments nucléarisés, faire parader la cuisine japonaise – Lai Ching-te, zélé, s’abaisse sans limite à flatter le Japon et vendre Taïwan] », China Military Online, 25 novembre 2025.
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Autres
Carson, Brad, et al., Letter to Secretary Lutnick on H20 Restrictions, Americans for Responsible Innovation, 28 juillet 2025.