Dans un contexte d’intensification de l’empreinte sécuritaire globale de la Chine, cette veille stratégique, publiée tous les deux mois, vise à suivre dans la durée les implantations militaires et duales chinoises à l’étranger. L’empreinte est ici entendue comme l’ensemble des dispositifs militaires, logistiques, économiques et sécuritaires concourant à la présence, à l’influence et à l’action de la Chine à l’étranger.
Éléments d’analyse
Les événements recensés entre mi-mai et mi-août 2026 prolongent les dynamiques observées dans les précédentes veilles, tout en éclairant la manière dont Pékin articule simultanément, dans plusieurs espaces géographiques, des instruments militaires, policiers, administratifs, industriels et réglementaires au service d’objectifs stratégiques convergents.
Faits saillants et évolutions structurantes
L’espace maritime entourant Taïwan demeure le principal centre de gravité de l’activité militaire chinoise à l’étranger. La période est marquée par l’extension rapide du dispositif chinois à l’est de l’île, avec la normalisation des patrouilles de ses garde-côtes (CCG), quelques semaines seulement après leur première incursion dans la zone (voir veille précédente).
Combinés aux manœuvres aéronavales chinoises, aux navires de recherche et d’administration maritime ainsi qu’aux incursions répétées autour de Kinmen et des positions de Taipei en mer de Chine méridionale, ces moyens permettent à Pékin d’appuyer ses revendications, de maintenir une présence continue sur zone et de créer des faits accomplis sous le seuil du conflit armé. Leur déploiement à l’est du détroit de Bashi doit contribuer à favoriser les conditions d’un contrôle, en période de crise, des voies d’approvisionnement orientales de Taïwan.
Parallèlement, l’axe militaire sino-russe continue de se densifier sur la façade pacifique. Les sources chinoises consultées cherchent à mettre en valeur l’interopérabilité entre les deux forces, qu’il s’agisse de la défense aérienne et antimissile, des frappes antinavires ou du commandement.
Cette évolution intervient alors que le Japon renforce son dispositif de défense au sud-ouest de l’archipel. Dans ce contexte, la pression aéronavale exercée par Moscou et Pékin au nord-ouest et autour des détroits régionaux contribue à entretenir un second foyer de pression sur Tokyo.
Continuités et tendances de fond
La période confirme par ailleurs plusieurs tendances de fond de la politique extérieure chinoise.
Les coopérations sécuritaires en Asie centrale, les investissements au Laos, les discussions autour d’éventuelles ventes de Chengdu J-10CE au Bangladesh ainsi que les projets nucléaires civils au Kazakhstan participent au renforcement de la profondeur stratégique de la Chine, tant en matière de maîtrise des approvisionnements que de sécurité frontalière, alors que son effort militaire demeure concentré sur son flanc maritime.
La poursuite des investissements portuaires s’inscrit dans cette même logique. De l’Algérie au Bangladesh en passant par l’Espagne, l’Indonésie ou le Nicaragua, les entreprises d’État chinoises continuent d’accroître leur présence dans des infrastructures logistiques situées sur les grands axes du commerce international. Ces implantations renforcent progressivement la position économique et la capacité d’influence de Pékin auprès des États hôtes.
Les inscriptions de dizaines d’entreprises américaines, japonaises et européennes sur les listes de contrôle du ministère chinois du Commerce confirment le recours croissant de Pékin au contrôle des exportations comme instrument de puissance. L’efficacité de cet outil repose sur la maîtrise par la Chine de plusieurs maillons des chaînes d’approvisionnement, notamment dans le traitement des terres rares et des minerais ainsi que dans certains composants électroniques.
Lecture d’ensemble
Pris ensemble, les événements recensés suggèrent que Pékin poursuit ses efforts pour coordonner instruments militaires et non militaires afin de façonner un environnement global plus favorable à ses intérêts. Autour de Taïwan, la multiplication des opérations des garde-côtes, auxquels s’ajoutent désormais les administrations maritimes du ministère des Transports et les navires de recherche, dessine les contours d’une tentative d’encerclement administratif de l’île, jusque sur sa façade pacifique et aux abords du détroit de Bashi, parallèlement à la pression aéronavale exercée par l’APL. Les activités chinoises autour des Batanes, qui ferment le détroit de Bashi et dont les Philippines renforcent actuellement la défense avec le soutien de leurs alliés, prolongent cette dynamique. Leur concomitance avec l’apparition, dans le débat académique chinois, d’un discours remettant en cause l’appartenance de l’archipel aux Philippines constitue à cet égard un signal inquiétant. Au-delà des mers proches, Pékin continue de s’appuyer sur sa puissance commerciale et ses investissements dans les infrastructures, les ressources et les chaînes d’approvisionnement pour façonner les équilibres stratégiques à son avantage.
Activités notables de l’APL à l’étranger / exercices internationaux
Mers proches
Détroits entourant le Japon, archipel des Ryūkyūs, 10 juin-30 juillet : les Forces japonaises d’autodéfense ont documenté une succession de transits de bâtiments de la marine chinoise (PLAN) entre la mer de Chine orientale, la mer du Japon et le Pacifique occidental. Les unités observées comprenaient des destroyers Type 055 Renhai, Type 052D Luyang III et Type 052C Luyang II, des frégates Type 054A Jiangkai II et Type 054B Jiangkai III, des navires ravitailleurs Type 901 et Type 903A, ainsi que des navires de renseignement Type 815A. Ces bâtiments ont principalement emprunté les détroits de Tsushima et d’Ōsumi, ainsi que les axes Amami-Ōshima – Yokoate et Okinawa-Miyako. Les mouvements de juillet correspondent en grande partie au retour de bâtiments déployés vers le Pacifique à la fin du mois de juin.
Mer du Japon, mer de Chine orientale, Pacifique occidental, 27 juin : la Chine et la Russie ont conduit leur 11e patrouille aérienne stratégique conjointe (第11次联合空中战略巡航). Selon Xinhua, cette mission visait à « démontrer la capacité et la détermination conjointe à préserver la paix et la stabilité régionales » (展示共同维护地区和平稳定决心能力) en mettant en scène la capacité des forces chinoises et russes à coordonner leurs opérations aériennes de part et d’autre de l’archipel japonais. Les autorités japonaises ont indiqué que des bombardiers H-6 chinois et Tu-95 russes, escortés par des chasseurs J-16 et Su-35, avaient évolué au-dessus de la mer du Japon, de la mer de Chine orientale puis du Pacifique occidental.
Mer Jaune, 5-13 juillet : les marines chinoise et russe ont conduit l’exercice Joint Sea-2026 (« 海上联合-2026 ») consacré à une « réponse conjointe aux menaces à la sécurité maritime » (« 联合应对海上安全威胁 »). Les activités auraient compris des exercices de reconnaissance conjointe (联合侦察), de défense aérienne et antimissile (防空反导) et de frappes antinavires (对海打击). Les sources chinoises mettent en avant l’absence de scénario prédéfini (不设脚本), la constitution d’un « système de combat conjoint » (联合作战体系) intégrant des moyens sino-russes de surface, sous-marins et aériens ainsi que l’amélioration des capacités de « reconnaissance et d’alerte conjointes » (联合侦察预警) et de « coordination du commandement » (指挥协同) en « environnement électromagnétique complexe » (复杂电磁环境).
Pacifique occidental, 13-29 juillet : à l’issue de l’exercice Joint Sea-2026, une partie des bâtiments chinois et russes a conduit une nouvelle patrouille conjointe (联合巡航) au large du Japon. Selon les communiqués des Forces japonaises d’autodéfense (16, 21, 25 et 29 juillet), le groupe a franchi le détroit de Miyako vers le Pacifique, longé la façade pacifique du Japon jusqu’au large d’Hokkaidō, puis rejoint Vladivostok par le détroit de Sōya. Les sources soulignent la conduite d’exercices d’appontage d’hélicoptères chinois sur des bâtiments russes et réciproquement (舰载直升机互降), d’inspection de navires (临检拿捕) ainsi que d’autres formes d’entraînement « au plus près des conditions de combat réel » (实战化课目演练).
Récif de Scarborough, 31 mai : le commandement du théâtre Sud de l’APL (南部战区) a conduit une « patrouille d’alerte de préparation au combat » (战备警巡) navale et aérienne autour du récif de Scarborough, disputé avec les Philippines. Le communiqué précise que, « depuis le mois de mai » (5月份以来), les forces chinoises ont « continuellement renforcé » (持续加强) leurs patrouilles autour du récif afin de répondre aux « actes de provocation et d’atteinte aux droits » (侵权挑衅行径) de la Chine par les Philippines ainsi que de « sauvegarder résolument la souveraineté nationale » (坚决捍卫国家主权安全). Ces éléments s’inscrivent dans le cadre de la montée des tensions sino-philippines autour du récif à la fin du mois de mai, marquée notamment par la découverte par Manille d’une plateforme de recherche du South China Sea Institute of Oceanology (SCSIO) dans le lagon. L’IRSEM consacrera bientôt une étude à cette structure de recherche largement au service des ambitions maritimes de la Chine.
Scarborough, 30 juin : l’APL (南部战区) a conduit une nouvelle « patrouille d’alerte de préparation au combat » (战备警巡) autour de Scarborough. Le même jour, les garde-côtes (CCG) ont annoncé une patrouille d’application de la loi (执法巡查) sur place. Comme le mois précédent, le communiqué justifie ce renforcement par la nécessité de répondre aux « actes de provocation » (侵权挑衅行径) philippins. Il s’agit du procédé habituel de Pékin : présenter le renforcement progressif de sa présence militaire, pourtant très supérieure à celle des Philippines autour du récif, comme une réaction défensive aux « provocations » de Manille.
Île de Taiping/Itu Aba, 11 juin : selon l’administration taïwanaise des garde-côtes, les navires des garde-côtes chinois Sansha Zhifa 301 (三沙执法301) et Sansha 2 Hao (三沙2号) ont, pour la première fois, pénétré dans les « eaux interdites » (禁止水域) entourant l’île de Taiping – une catégorie de droit interne de la République de Chine (Taïwan), prévue par l’article 29 de la loi régissant les relations entre la zone de Taïwan et la zone continentale (臺灣地區與大陸地區人民關係條例) et distincte des catégories du droit international de la mer. Les bâtiments chinois y sont restés une quinzaine de minutes avant de quitter la zone après des avertissements radio et l’intervention des garde-côtes taïwanais. Taipei a dénoncé une escalade des opérations chinoises de « zone grise » et une tentative de remise en cause de sa juridiction sur l’île.
Est de Taïwan, îles Yaeyama, détroit de Bashi, Batanes, 17-23 juillet : le navire chinois de recherche halieutique Lan Hai 201 (蓝海201), a conduit une mission scientifique à l’est de Taïwan présentée par Pékin comme destinée à évaluer les ressources halieutiques dans les « espaces relevant de la juridiction chinoise » (管辖海域). Selon Ryan Martinson, du China Maritime Studies Institute (CMSI), le bâtiment a mené des activités de recherche dans les ZEE du Japon et des Philippines et se trouvait, le 22 juillet, à environ 35 milles nautiques d’Itbayat, dans l’archipel philippin des Batanes. Le CMSI estime que cette mission s’inscrivait dans une nouvelle manœuvre chinoise visant à contester la souveraineté des Philippines dans cette région, quelques semaines après que l’universitaire Ju Hailong (鞠海龙) eut publiquement remis en cause l’appartenance des Batanes aux Philippines lors d’un colloque organisé à l’université Jinan.
Îles Senkaku/Diaoyu, Taishō-jima/Chiwei Yu, 7 juillet : les garde-côtes chinois ont affirmé avoir expulsé le navire de pêche japonais Zuiho Maru, accusé d’avoir pénétré dans les « eaux territoriales » (领海) que Pékin revendique. Les autorités japonaises ont au contraire indiqué que deux bâtiments des garde-côtes chinois étaient entrés dans les eaux territoriales japonaises avant d’être repoussés par les garde-côtes japonais.
Îles Senkaku/Diaoyu, 23 juillet : à la suite de ces événements, les garde-côtes chinois ont annoncé qu’une flottille CCG conduite par le navire Hongsha (横沙舰编队) avait effectué une nouvelle patrouille de « défense des droits » (维权巡航) dans les « eaux territoriales des Diaoyu et de leurs îles affiliées » (钓鱼岛及其附属岛屿领海内).
Incursions et précédents notables autour de Taïwan
Kinmen, 21 mai : quatre bâtiments des garde-côtes chinois (les CCG 14605, 14531, 14606 et 14530) ont pénétré à 15 heures dans les eaux restreintes (限制水域) définies par Taïwan, en deux groupes, passant respectivement au sud de Lieyu et au sud-est de Liaoluo. Les garde-côtes taïwanais sont intervenus et les bâtiments chinois ont quitté la zone à 17 h 01.
Kinmen, 26-27 mai : le 26 mai à 14 heures, les CCG 14606, 14530, 14609 et 14531 ont pénétré dans les eaux restreintes (限制水域) au sud de l’îlot de Lieyu et longé la limite des eaux interdites (禁止水域), avant d’en sortir à 17 h 09. Le lendemain, les CCG 14531, 14606, 14530 et 14602 sont entrés en deux groupes au sud de Liaoluo et de Zhaishan ; ils ont été interceptés par quatre vedettes des garde-côtes taïwanais et ont quitté la zone à 11 h 03.
Kinmen, 3 juin : les CCG 14602, 14531, 14606 et 14530 ont pénétré à 15 heures dans les eaux restreintes (限制水域) de Kinmen, en deux groupes passant au sud-ouest de Liaoluo et au sud de Shaxibao. Quatre vedettes des garde-côtes taïwanais les ont suivis et leur ont adressé des sommations en mandarin et en anglais ; les bâtiments chinois ont quitté la zone à 17 h 03.
Kinmen, 29 juin : les CCG 14606, 14531, 14607 et 14530 ont pénétré à 15 heures dans les eaux restreintes de Kinmen en deux groupes, au sud-est de Liaoluo et au sud-ouest de Zhaishan. Quatre vedettes taïwanaises les ont suivis et les bâtiments chinois ont quitté la zone à 17 h 09. Le même jour, les garde-côtes chinois ont confirmé avoir conduit une « patrouille régulière d’application de la loi » (常态执法巡查) à proximité de Kinmen, affirmant renforcer « depuis le mois de juin » (6月以来) le « niveau de contrôle » (管控力度) des eaux concernées.
Kinmen, 21 juillet : quatre bâtiments des garde-côtes chinois ont pénétré dans les eaux restreintes de Kinmen avant de quitter la zone à 17 h 09. Les garde-côtes taïwanais ont déployé quatre vedettes en intervention. Le communiqué taïwanais présente l’épisode comme la troisième incursion chinoise autour de Kinmen depuis le début du mois de juillet.
Kinmen, 29 juillet : les CCG ont annoncé une nouvelle « patrouille régulière d’application de la loi » (常态执法巡查) à proximité de Kinmen. Le communiqué indique cette fois que, « depuis le mois de juillet » (7月以来), les garde-côtes du Fujian ont « continuellement renforcé » (持续强化) le « niveau de contrôle » (管控力度) des espaces maritimes concernés.
Est de Taïwan, 1er juin : une formation des garde-côtes chinois conduite par le CCG 2502 Daishan (岱山舰编队) a conduit une patrouille à l’est de Taïwan. Le communiqué du CCG présente cette opération comme une réponse à l’annonce, par le Japon et les Philippines, de l’ouverture de négociations sur la délimitation de leurs espaces maritimes à l’est de Taïwan, qualifiée de « grave atteinte à la souveraineté et aux droits et intérêts maritimes de la Chine » (严重侵犯中国领土主权和海洋权益). Selon les garde-côtes taïwanais, les CCG sont restés hors des eaux restreintes taïwanaises, à environ 51-52 milles nautiques au sud-est de Lanyu.
Est de Taïwan, 6-10 juin : le ministère chinois des Transports (交通运输部) a coordonné une opération de « contrôle de la circulation maritime et de levés hydrographiques » (海上交通专项执法和扫测行动) à l’est de Taïwan, mobilisant plusieurs structures d’administration maritime, notamment la China Maritime Safety Administration (中国海事局), le East China Sea Navigation Support Center (东海航海保障中心) et le East China Sea Rescue Bureau (东海救助局). Pékin a présenté l’opération comme une réponse à l’ouverture des négociations frontalières citées ci-dessus entre le Japon et les Philippines. La carte publiée sur le site montre cependant une manœuvre englobant le sud, l’est et le nord de Taïwan, suggérant une logique d’encerclement de l’île par des moyens administratifs, de police et d’application de la loi.
Est de Taïwan – Su’ao, 18-19 juin : le navire océanographique chinois Xiang Yang Hong 22 (向阳红22), relevant du ministère chinois des Ressources naturelles, est entré dans les eaux restreintes (限制水域) de Taïwan au nord-est du port de Su’ao après plusieurs jours d’activité à l’est et au sud de Taïwan. Les garde-côtes taïwanais l’ont sommé de quitter la zone avant son départ au petit matin. Taipei a accusé Pékin d’utiliser ses navires scientifiques comme couverture à sa politique d’« expansion hégémonique » (霸權擴張) dans les espaces maritimes relevant de sa souveraineté.
Est de Taïwan, 4 juillet : les CCG ont annoncé poursuivre les « patrouilles régulières d’application de la loi » (常态化执法巡查) à l’est de Taïwan. La formule marque l’institutionnalisation officielle d’une présence permanente des garde-côtes chinois dans cette zone, où leurs premières opérations n’avaient débuté que quelques semaines auparavant, illustrant une accélération de la projection administrative chinoise autour de l’île (voir veille précédente). Les garde-côtes taïwanais ont dénoncé une opération de « faux maintien de l’ordre, véritable expansionnisme » (假執法、真擴權) relevant de la « guerre cognitive » (認知作戰).
Est de Taïwan, 31 juillet : un nouveau communiqué des CCG affirme que, « depuis le mois de juillet » (7月以来), les flottilles des garde-côtes chinois se relaient afin de « renforcer continuellement leur contrôle » (持续加强…管控) dans les « espaces maritimes relevant de la juridiction chinoise » (中国管辖海域) à l’est de Taïwan. Cette formulation marque la confirmation d’une présence tournante et continue des garde-côtes chinois à l’est de Taïwan.
Mers lointaines
Golfe d’Aden, large de la Somalie, mai-juin : la 48e flottille d’escorte de la PLAN, composée du destroyer Type 052D Tangshan (唐山舰), de la frégate Type 054A Daqing (大庆舰) et du ravitailleur Type 903A Taihu (太湖舰) poursuit ses missions d’escorte dans le golfe d’Aden. Sur la période considérée, nous n’avons pas relevé de renforcement significatif du dispositif chinois dans une zone cependant vitale aux intérêts commerciaux et énergétiques de Pékin.
Seychelles, 26-30 juin : le destroyer Type 052D Tangshan (唐山舰) de la 48e flottille d’escorte de la PLAN a effectué une visite de cinq jours à Victoria, aux Seychelles. Outre des échanges militaires et une réception officielle, une délégation chinoise a participé au défilé du 50e anniversaire de l’indépendance du pays. Cette escale illustre l’utilisation des missions d’escorte comme outil de diplomatie navale dans un port que les stratégistes chinois considèrent depuis longtemps comme présentant un intérêt stratégique dans l’océan Indien.
Mer de Chine méridionale et Pacifique occidental, 22 juin : le groupe aéronaval du Liaoning (辽宁舰编队) a achevé un déploiement de plus de quarante jours, présenté comme l’un des plus longs à ce jour pour ce porte-avions « en conditions de combat réel dans les mers lointaines » (远海实战化训练). Les sources chinoises soulignent que ce déploiement visait à éprouver les capacités opérationnelles du groupe aéronaval en mers lointaines (有效检验了航母编队远海体系作战运用) et à renforcer son aptitude à combattre dans de telles zones (远海实战要求).
Suva, Fidji, 2-7 juillet : le bâtiment chinois de suivi spatial et balistique Yuan Wang 5 (远望5号) a effectué une escale de cinq jours à Suva. Selon le programme de Fiji Ports Terminal Ltd. et les données AIS, le navire se trouvait dans la zone lors du tir du missile chinois du 6 juillet (voir ci-dessous), dont l’amerrissage est aussi intervenu dans le Pacifique Sud. Les sources ouvertes ne permettent toutefois pas d’établir un lien direct entre cette escale et le tir.
Pacifique Sud, 6 juillet : la PLAN a annoncé qu’à 12 h 01, un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) avait procédé au tir d’un missile stratégique (潜射战略导弹) emportant une tête d’exercice (训练模拟弹头), « tombée avec précision dans la zone prévue » (准确落入预定海域) dans le Pacifique Sud. Le communiqué ne précise ni le sous-marin engagé, ni le modèle du missile (JL-2 ou JL-3), ni les points précis de lancement et d’impact. Le tir a fait l’objet d’un suivi attentif aux États-Unis, où il est analysé comme la première démonstration publique d’une capacité chinoise de frappe nucléaire stratégique depuis un SNLE vers les eaux internationales et comme le signe d’une volonté de normaliser ce type d’essais.
Pacifique Nord, à partir du 27 juillet : une formation des garde-côtes chinois composée du Changshan (长山舰) et du Wuhu (五虎舰) a quitté Qingdao pour une mission de quarante-cinq jours de patrouille d’application de la réglementation des pêches (公海渔业执法巡航) dans le Pacifique Nord. Au-delà du prétexte halieutique, le communiqué présente ce déploiement comme une démonstration du « rôle de grande puissance » (大国担当) de la Chine dans la « gouvernance mondiale des océans » (全球海洋治理), en cohérence avec la stratégie navale chinoise de « protection des mers lointaines » (远海防卫).
Profondeur continentale périphérique de la Chine
Frontière sino-mongole, 30 mai-6 juin : les armées chinoise et mongole ont conduit la deuxième édition de l’exercice terrestre Steppe Partner-2026 (草原伙伴-2026), consacré officiellement à la « lutte conjointe contre des groupes armés illégaux » (联合打击非法武装组织行动). L’exercice illustre la volonté des deux États d’afficher leur coopération en matière de contrôle de leur frontière commune, dans un contexte où Pékin renforce depuis plusieurs années sa politique de sinisation dans la Région autonome de Mongolie intérieure.
Frontière sino-centrasiatique, 27 mai-4 juin : la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Russie et le Tadjikistan ont conduit une série d’inspections conjointes au titre des accords de 1996 et 1997 sur les mesures de confiance et la réduction des forces militaires dans les zones frontalières. La poursuite de ce mécanisme témoigne de la volonté de Pékin de maintenir la stabilité d’une frontière qui fut l’un des principaux foyers de tensions entre la RPC et l’URSS durant la guerre froide et qui fait aujourd’hui figure, pour la Chine, de tampon stratégique lui permettant de concentrer l’essentiel de ses moyens militaires sur le front maritime.
Dialogues, coopérations et visites militaires
Vietnam, Hô Chi Minh-Ville, 5-9 juillet : la 83e flottille de la PLAN a effectué une visite de quatre jours au Vietnam, après une visite à Vladivostok du 23 au 27 juin. À son départ, elle a conduit avec la marine vietnamienne un exercice de navigation en formation (编队运动), de communication par pavillons (手旗通信), accompagné d’une petite cérémonie navale (舰艇礼仪). Relevant de la diplomatie navale, ce déplacement illustre surtout la poursuite du dialogue naval entre Pékin et Hanoï malgré leurs différends en mer de Chine méridionale.
Afrique – Asie du Sud, à partir du 22 juillet : le navire-hôpital Jixiang Fangzhou (吉祥方舟) a quitté Qingdao pour poursuivre l’opération de diplomatie navale Harmonious Mission-2026 (和谐使命-2026). Prévue pour durer plus de 200 jours, elle conduira le bâtiment en Afrique et en Asie du Sud, avec une escale à la base militaire chinoise de Djibouti, afin notamment d’assurer des soins médicaux gratuits et d’y porter le discours du Parti. Pour Pékin, c’est un moyen de mettre en œuvre son « Initiative pour la sécurité mondiale » (全球安全倡议) et de contribuer à la « communauté de destin maritime » (海洋命运共同体), deux concepts centraux de la diplomatie de la RPC visant à promouvoir ses normes et sa vision de l’ordre international.
Thaïlande, 24 juillet : le ministre chinois de la Défense Dong Jun (董军) s’est rendu en visite officielle en Thaïlande, où il a rencontré son homologue Adul Boonthamcharoen. Alors que les tensions frontalières entre la Thaïlande et le Cambodge restent vives, Pékin a réaffirmé son soutien à la « consolidation du cessez-le-feu, au rétablissement de la confiance et au règlement pacifique du différend » (支持泰柬双方巩固停火、重建互信、和平解决争端), malgré les ventes d’armes chinoises et son partenariat militaire privilégié avec Phnom Penh.
Brunei, 24-28 juillet : la 83e flottille de la PLAN a effectué une visite de quatre jours au port de Muara, à l’occasion du 35e anniversaire des relations diplomatiques sino-brunéiennes. Le Qijiguang (戚继光舰) y effectuait sa troisième visite et le Kunlunshan (昆仑山舰) sa deuxième, signe de l’installation d’une routine de diplomatie navale. Comme souvent lors des escales chinoises, l’accueil a mobilisé l’ambassade, la diaspora et les entreprises chinoises ainsi que les étudiants expatriés, illustrant l’articulation entre présence navale et réseaux d’influence de Pékin dans un État occupant une position stratégique au sud de la mer de Chine méridionale.
Investissements portuaires
Indonésie (Poto, Sumatra), mai : China Harbour Engineering Company (中国港湾, CHEC) a obtenu deux nouveaux projets portuaires en Indonésie, sur l’île de Poto et dans le sud de Sumatra, dont l’exécution sera assurée par CCCC Third Harbor Engineering (中交三航局). Les deux projets, destinés à soutenir des activités industrielles et logistiques, illustrent la poursuite de l’implantation des entreprises portuaires chinoises dans l’archipel.
Algérie, 26 mai : le groupe public algérien GTM et China Harbour Engineering Company (中国港湾, CHEC) ont signé un protocole d’accord en vue de créer une coentreprise chargée des travaux de dragage de l’ensemble des ports algériens. Le projet, lancé sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, a ensuite fait l’objet d’une réunion ministérielle consacrée à sa mise en œuvre, selon l’agence de presse algérienne APS.
Espagne (Tarragone), 28-29 mai : COSCO Shipping Ports (中远海运港口) a obtenu l’attribution d’une concession de cinquante ans pour construire et exploiter, avec PTP Ibérica, un nouveau terminal polyvalent du port de Tarragone. COSCO détiendra 51 % de la coentreprise et PTP Ibérica 49 %. Ce projet renforce l’implantation portuaire chinoise sur la façade occidentale de la Méditerranée et doit faire de Tarragone un hub intermodal reliant les routes maritimes asiatiques au hinterland ibérique et européen.
Bangladesh (Mongla), 25-26 juin : la Bangladesh Economic Zone Authority (BEZA) et la China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC, 中国土木工程集团有限公司) ont signé un protocole d’accord portant sur le développement de la China-Bangladesh Mongla Port Economic Zone, implantée sur un terrain initialement réservé à une zone économique indienne avant d’être réattribué à la Chine. Dans leur communiqué conjoint, Pékin et Dacca se sont également engagés à faire progresser la modernisation et l’extension du port de Mongla ainsi qu’à explorer une connectivité directe entre la Chine et le Bangladesh, faisant écho au projet de corridor Chine-Birmanie-Bangladesh reliant le Yunnan au golfe du Bengale.
Nicaragua (Bluefields), 16 juillet : China CAMC Engineering (中工国际) a signé avec le ministère nicaraguayen des Transports et des Infrastructures deux contrats d’un montant cumulé de 94,85 millions de dollars pour la première phase du port de Bluefields, sur la côte caraïbe. Les contrats portent sur la construction d’un terminal polyvalent capable d’accueillir des navires de 50 000 tonnes ainsi que sur les infrastructures routières et le pont desservant le port. Bluefields figure de longue date parmi les sites évoqués dans les réflexions relatives à un second canal interocéanique centraméricain, notamment dans un contexte plus général de bataille d’influence entre Pékin et Washington au sujet du canal de Panama.
Industrie navale
Dalian, 21 mai : une analyse d’images satellitaires publiée par le CSIS a jugé « presque certain » qu’un quatrième porte-avions chinois (Type 004) était en construction au chantier naval de Dalian. Les images du 4 mai montrent une coque d’environ 286 mètres de long en cours d’assemblage. Le CSIS relève également la présence de deux compartiments carrés intégrés à la coque, qu’il juge compatibles avec des enceintes de confinement de réacteurs nucléaires.
Guangzhou, juillet : de nouvelles images satellitaires montrent la progression d’un grand bâtiment auxiliaire en construction au chantier COMEC de Longxue, près de Guangzhou. Long d’environ 271 mètres pour 37 mètres de large, le navire présente une coque largement assemblée. Il s’agirait vraisemblablement d’une nouvelle génération de ravitailleurs destinée à soutenir les futurs groupes aéronavals chinois, notamment autour du futur porte-avions de Type 004.
Aviation & aéroports
Porte-avions Fujian, 31 juillet : CCTV a diffusé de nouvelles images détaillées des essais du KJ-600 (空警-600) à bord du Fujian (福建舰), montrant notamment les phases de catapultage, d’appontage et les communications des équipes d’essais. Le documentaire illustre la poursuite de l’intégration de l’avion d’alerte avancée au futur groupe aéronaval du Fujian, capacité rendue possible par les catapultes électromagnétiques dont ne disposent pas les Liaoning et Shandong.
Laos, juin : un consortium conduit par Yunnan Construction and Investment Holding Group (云南建投集团) et Yunnan Airport Group (云南机场集团) a remporté le contrat de modernisation, d’extension et d’exploitation de l’aéroport international de Luang Prabang, deuxième plateforme aéroportuaire du Laos. Les sources présentent ce projet comme une « première percée dans le déploiement des activités d’exploitation aéroportuaire internationale » (首次布局国际航空运营领域业务的全新突破). Connecté au corridor économique et au chemin de fer Chine-Laos, l’aéroport renforce le contrôle chinois sur un nœud majeur des infrastructures de transport du pays.
Ventes d’armes / partenariats armements
États-Unis – Chine, 22 juin : le ministère chinois du Commerce a inscrit dix entreprises américaines sur sa liste de contrôle des exportations (出口管制管控名单), parmi lesquelles Red Cat Holdings, Teal Drones, IMSAR, Oshkosh Defense, L3Harris Maritime Services, Ball Aerospace, MP Materials et USA Rare Earth. Pékin interdit l’exportation de « biens à double usage » (两用物项) vers ces entités, y compris par l’intermédiaire d’organisations ou de personnes situées dans des pays tiers. Le porte-parole du ministère a présenté cette décision comme une réponse à la « pratique inacceptable du gouvernement américain d’ajouter des entreprises chinoises à sa prétendue “liste des entreprises militaires” » (针对美国政府增列所谓“中国军事企业清单”的恶劣做法).
Japon-Chine, 29 juin : le ministère chinois du Commerce a inscrit vingt entités japonaises sur sa liste de contrôle des exportations (出口管制管控名单) et vingt autres, parmi lesquelles Mitsui E&S, Terra Drone et ACSL, sur une « liste de surveillance » (关注名单). Les premières ne peuvent plus recevoir de biens à double usage (两用物项) d’origine chinoise, y compris via des pays tiers, tandis que les secondes sont soumises à un contrôle renforcé. Pékin justifie ces mesures par la participation alléguée de certaines de ces entités au « renforcement des capacités militaires du Japon » (参与提升日本军事实力).
Union européenne – Chine, 24 juillet : le ministère chinois du Commerce a inscrit quatorze entités européennes, parmi lesquelles Rheinmetall, Tatra Trucks, Cavok UAS, Vigo Photonics, IHC Merwede, III-V Lab et Ekspla, sur sa liste de contrôle des exportations (出口管制管控名单). Pékin interdit désormais toute exportation de biens à double usage (两用物项) vers ces entités, y compris via des pays tiers. Le porte-parole du ministère a présenté cette décision comme une réponse au 21e train de sanctions de l’Union européenne contre la Russie, adopté le 23 juillet, qui visait quatorze entreprises chinoises continentales et hongkongaises.
Iran – Chine, juillet : selon Reuters, l’Iran aurait conclu, par l’intermédiaire d’une société basée à Hong Kong, un contrat de 60 à 70 millions de dollars portant sur l’acquisition de 300 à 400 systèmes portables de défense antiaérienne chinois, notamment des QW-12 et FN-16. Le ministère chinois des Affaires étrangères a démenti ces informations, les qualifiant de « totalement infondées ».
Bangladesh – Chine, juin : à l’occasion de la visite du Premier ministre bangladais en Chine, des médias bangladais ont indiqué que des discussions devaient avoir lieu sur une éventuelle acquisition de chasseurs chinois J-10CE. L’information a ensuite été reprise par le Global Times, mais ni le communiqué conjoint sino-bangladais ni les autorités des deux pays n’ont encore annoncé d’accord. Si cette vente venait à se concrétiser, l’Inde se retrouverait encadrée à l’ouest par le Pakistan et à l’est par le Bangladesh, tous deux équipés de J-10CE chinois.
Empreinte à l’étranger du secteur spatial chinois
Les recherches menées n’ont pas permis d’identifier, pour la période considérée, d’événement suffisamment étayé et pertinent au regard des critères retenus pour cette rubrique.
Police, partenariats sécuritaires
Cuba, juin : une analyse du CSIS fondée sur de nouvelles images satellitaires fait état de la poursuite des travaux sur plusieurs installations cubaines susceptibles de soutenir des activités de renseignement d’origine électromagnétique (SIGINT). Le CSIS estime que Bejucal figure parmi les sites associés par Washington à une présence chinoise potentielle, tout en rappelant qu’aucune preuve publique ne permet pour l’heure d’établir directement l’implication de Pékin.
Asie centrale, 18 mai : les ministres de l’Intérieur et de la Sécurité publique de la Chine et des cinq États d’Asie centrale se sont réunis à Astana pour la 2e réunion du mécanisme Chine – Asie centrale des ministres de l’Intérieur et de la Sécurité publique (中国—中亚内务、公安部长会晤机制). Au-delà de la coopération affichée contre le terrorisme et la criminalité transnationale, ce mécanisme participe à la stratégie chinoise de sécurisation de son flanc ouest et de prévention des risques pesant sur la stabilité et l’ordre social au Xinjiang.
Investissements miniers et énergétiques / sécurisation des chaînes d’approvisionnement
Guinée, 21 mai – 13 juin : Aluminum Corporation of China (中国铝业, Chalco) a signé avec le gouvernement guinéen une convention minière portant sur la construction et l’exploitation d’une raffinerie d’alumine à Boffa. Les travaux ont été lancés le 13 juin. D’une capacité annuelle de 1,2 million de tonnes, il s’agit du premier projet d’alumine développé à l’étranger par Chalco.
Namibie, 30 juin : Chinalco Xiong’an Mining (中铝雄安矿业), filiale du groupe public Chinalco (中国铝业集团), a signé un accord en vue d’acquérir 95 % du projet cuprifère et cobaltifère d’Opuwo, l’un des principaux gisements de cuivre et de cobalt de Namibie. L’opération, encore soumise à autorisation, pourrait permettre au groupe chinois de renforcer son accès à deux minerais critiques utilisés dans les batteries et les technologies d’électrification.
Kazakhstan, 16 juin : le Kazakhstan et la Chine ont lancé un groupe de travail conjoint sur la coopération nucléaire civile (中哈民用核能合作联合工作组) et signé un protocole définissant les prochaines orientations d’une telle coopération. Cette nouvelle instance de coordination intervient alors que China National Nuclear Corporation (中国核工业集团, CNNC) a été retenue pour conduire le projet de deuxième centrale nucléaire kazakhe, renforçant la présence chinoise dans le premier pays producteur mondial d’uranium.
Incidents sécuritaires affectant les projets chinois
Mali, 5 juin : face à une situation sécuritaire jugée « extrêmement grave » (安全形势十分严峻), l’ambassade de Chine au Mali a ordonné la fermeture immédiate des exploitations minières chinoises non enregistrées et dépourvues de permis d’exploitation (未在马政府主管部门注册登记并取得开采许可证) ainsi que l’évacuation de leur personnel. Elle qualifie les régions de Bougouni et de Kayes, ainsi que les zones minières de Fourou, Kangaba, Naréna et Yanfolila, de secteurs à haut risque d’« attaques terroristes et d’enlèvements » (恐袭和绑架高发区).
Afrique du Sud, juin : dans le présent contexte de manifestations xénophobes dans le pays (针对外国人的抗议活动), l’ambassade de Chine en Afrique du Sud a multiplié les alertes à destination des entreprises et ressortissants chinois. Le consulat général de Durban a par ailleurs fermé ses services consulaires le 30 juin, invoquant des « motifs de sécurité ».