L’engagement des volontaires civils étrangers dans la guerre en Ukraine : approcher l’effort de guerre par ses « zones grises »
Vendredi 19 juin 2026
L’engagement des volontaires civils étrangers dans la guerre en Ukraine : approcher l’effort de guerre par ses « zones grises »
Vendredi 19 juin 2026, 9h - 10h30
École militaire - Salle des commissions
Depuis le 24 février 2022, un mouvement transnational de soutien civil à l’effort de guerre ukrainien s’est constitué à travers une multitude d’initiatives bénévoles et informelles. Au cœur de ces réseaux de solidarité, des bénévoles, principalement issus des pays dits occidentaux – Europe de l'Ouest, Amérique du Nord, Océanie – se sont durablement engagés sur le territoire ukrainien et intégrés à des réseaux locaux d’aide aux populations civiles, de collecte, d’acheminement et de distribution des dons, ou de soutien militaire. Comment ces "volontaires" [волонтери] s’engagent-ils et elles et se socialisent-ils et elles dans une configuration sociale aux interstices entre sphères civiles, humanitaires et militaires ? Comment leurs formes organisationnelles et leurs modalités d’action sont-elles impactées par la baisse des dons, leur dépendance croissante aux institutions humanitaires et le redéploiement des dispositifs de l'action publique ukrainienne ?
Fondée sur une enquête ethnographique et filmique au long cours menée en Ukraine au sein de groupes de volontaires étrangers et étrangères, cette intervention discutera des transformations graduelles de ces engagements civils depuis quatre années de guerre, depuis le point de vue des acteurs et actrices, ainsi que l'observation de ces groupes au quotidien. Entre autonomie et institutionnalisation partielle, elle examinera également l’impact de ces expériences d’auto-organisation sur les parcours biographiques, notamment la manière dont la guerre en Ukraine devient une cause et dont se tisse une communauté d'acteurs non-ukrainiens engagés sur place sur le long terme. Pour ce faire, elle prendra pour point de départ empirique les « zones grises » de l’effort de guerre, afin de montrer comment l’action volontaire déborde les cadres classiques de l’action instituée et permet de réfléchir, d’une part, à la manière dont ces groupes deviennent et demeurent des acteurs indispensables de l’effort de guerre en Ukraine et, d’autre part, aux spécificités du rôle et de l’expérience des étrangers et étrangères au sein d'une action volontaire qui se déploie dans le pays depuis la révolution du Maïdan de l'hiver 2013.
Clément Perrot est Doctorant en Études politiques à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS, CERCEC).