La marine turque présente en 2024 plus d’atouts militaires pour l’OTAN qu’elle n’engendre de faiblesses. D’une part, elle joue un rôle central depuis le 24 février 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en particulier en mer Noire. Maître de l’accès à cette dernière grâce à la convention de Montreux, elle est, depuis le 28 février 2022, la seule marine otanienne d’importance à naviguer dans cette mer fermée. Elle y dispose de capacités navales susceptibles de rivaliser avec la flotte russe de l’espace pontique. D’autre part, le volume de la flotte turque est un deuxième atout sur les plans des ressources humaines et des capacités, régulièrement engagées dans les exercices ou opérations de l’Alliance atlantique et qui se modernisent rapidement – même si sur ces points des fragilités viennent affaiblir son rôle dans l’Alliance. Parmi ces dernières, peuvent être évoqués les épisodes conflictuels l’ayant récemment opposée à d’autres marines de l’OTAN, sa restructuration idéologique après la tentative de coup d’État de 2016 et l’état actuel des capacités navales vieillissantes à faible expérience opérationnelle. Son importance militaire pour l’Alliance à l’horizon 2030 pourrait être remise en cause par des évolutions de politique intérieure et de positionnement sur les plans diplomatique et militaire de la Turquie, en particulier vis-à-vis de la Grèce et de la Russie.
Introduction
Membre historique et contributrice d’envergure (x) de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) qu’elle a intégrée dès 1952, la Turquie a toujours tenu, autant pour des raisons géographiques, culturelles que diplomatiques, une place originale au sein de l’Alliance. Si pendant la guerre froide, sa position de défenseur du flanc sud-est vis-à-vis de la menace soviétique la protégeait de nombreux débats, sa légitimité au sein de l’Alliance atlantique est régulièrement remise en cause depuis une dizaine d’années. Une des principales raisons de ce constat réside dans son comportement sur la scène militaire, aussi bien terrestre ou aérienne – achat de missiles S400 russes en 2017, interventions militaires en Syrie et Libye respectivement depuis 2016 et 2020, soutien militaire à l’Azerbaïdjan au Haut-Karabagh en 2020 – que maritime – de nombreux épisodes conflictuels avec des marines otaniennes sont imputables à la marine turque en Méditerranée orientale ou centrale.
Historiquement peu connue en dehors de son pays, la marine turque (Türk Deniz Kuvvetleri en turc, créée en 1920 pour sa forme moderne) est ainsi depuis quelques années régulièrement au centre des attentions. Elle a d’abord gagné en notoriété avec la médiatisation de la doctrine du Mavi Vatan (« Patrie bleue ») développée à partir de 2006 par deux de ses amiraux et fer de lance maritime de l’ambition de puissance régionale de la Turquie. Elle est également médiatisée depuis une dizaine d’années pour sa modernisation via le développement de nombreux programmes d’armement, dont le plus connu est celui du futur porte-aéronefs Anadolu (Anatolie). Elle a surtout été pointée du doigt récemment en France à cause de l’accrochage délibéré d’une conduite de tir d’une de ses frégates sur la frégate française Courbet (x).
Cette attitude, très agressive militairement, nécessite-t-elle de remettre en cause l’apport militaire de la marine turque pour l’Alliance, à un moment où, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’OTAN cherche à renforcer ses capacités militaires générales et sa présence en mer Noire? En d’autres termes, il est permis de se demander si la marine turque représente aujourd’hui un atout sur le plan militaire pour l’organisation.
Face aux nombreux changements en cours qui auront des répercussions sur le long terme (conséquences sur les armées turques de la tentative de coup d’État de 2016, livraison des nouveaux bâtiments militaires s’étalant jusqu’à la décennie 2030, nombreuses évolutions géopolitiques récentes), il nous paraît pertinent de répondre à cette question à court et à moyen terme.
Il apparaît que la marine turque est dans le contexte actuel davantage un atout qu’une faiblesse sur le plan militaire pour l’OTAN, en particulier depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ce positionnement, bien que les capacités navales turques soient actuellement en train de se développer, reste fragile dans le temps. Il pourrait être remis en cause par de futures évolutions tant sur le plan de la politique intérieure (aggravation de la crise économique turque par exemple) que du positionnement diplomatique et militaire turc sur la scène géopolitique mondiale. C’est le cas, en particulier, de l’évolution de l’attitude turque dans les prochaines années vis-à-vis de la Grèce, avec laquelle une altercation navale en Méditerranée orientale ou en mer Égée paraît de plus en plus probable, et de la Russie.
Face au constat de la faible communication du pouvoir turc sur sa marine, à l’exception de la forte valorisation des programmes d’armement en cours, et du manque de littérature scientifique sur le sujet, cette étude permet de dresser une synthèse actualisée de la marine turque et de son rapport à l’OTAN. Elle a été menée à partir de l’analyse de sources ouvertes des études universitaires se rapprochant du sujet, de sites internet, en particulier ceux de la marine et de l’École de guerre navale turques, d’articles de presse ou de données de première main issues d’entretiens ou de conférences avec des spécialistes.
Dans la première partie, les raisons pour lesquelles la marine turque représente en 2024, un atout militaire pour l’Alliance seront détaillées. Dans la seconde partie, ce jugement sera tempéré en montrant comment elle est également génératrice de difficultés pour l’Alliance.
I. Un atout militaire pour l’OTAN en 2024
Sur le plan des ressources humaines
Effectifs
Le volume de la marine turque sur le plan des effectifs et sa capacité à « lever de la masse » sont des atouts militaires de taille pour l’Alliance qui ne dispose pas de forces, mais doit compter sur les troupes nationales de ses membres en cas d’engagement opérationnel.
En effet, sur le plan des ressources humaines, la Turquie dispose de la 8e marine mondiale et surtout de la 2e plus importante de l’OTAN en termes de nombre de marins. Sa marine est dotée de 45 000 femmes et hommes (dont 70 % de conscrits) auquel il est possible d’additionner les 4 700 marins des garde-côtes sur lesquels elle exercera le commandement opérationnel en cas de guerre.
Ce constat est renforcé par l’existence d’une force de réserve importante dans la marine turque en comparaison avec celles des autres principales marines mondiales (avec un ratio de 10 à 1 avec la marine française: 55 000 h/f contre 5 400 h/f). Cette réserve représenterait un vrai atout en cas de conflit, car ses effectifs seraient rapidement employables alors qu’une génération de force semblable prendrait du temps pour les pays moins bien dotés.
Tableau 1
Tableau comparatif des effectifs des principales marines militaires (x)

Tableau réalisé par l’auteur.
De plus, forte de 83,5 millions d’habitants (x) (deuxième pays le plus peuplé de l’OTAN) et dotée d’une conscription obligatoire de six à douze mois pour ses ressortissants (même s’il est possible de s’y soustraire en payant une somme forfaitaire à l’État), la Turquie dispose d’une capacité à « lever de la masse » qui est significative. Cela est renforcé par la jeunesse de la population turque dont l’âge médian était de 34 ans en 2023 (x). Ce n’est pas le cas de la majorité des principales marines de l’Alliance, dont les nations ont pour la plupart abrogé le service militaire à la fin de la guerre froide.
Par ailleurs, une féminisation plus poussée des unités pourrait fournir un levier supplémentaire de mobilisation de masse facile à mettre en œuvre en cas de besoin. En effet, même si les femmes sont présentes depuis 1992 à l’École navale turque (x) et bien qu’aucune donnée statistique officielle ne soit disponible, il semble que la marine soit faiblement féminisée, comme en témoignent deux articles de presse (x) récents sur la féminisation à bord des unités. Ainsi, en 2021, sur les 93 marins de la corvette Heybeladia, seul un membre d’équipage était une femme; en 2019, sur les 180 de la frégate Gaziantep, il n’y avait que 2 femmes. Ces trois femmes étaient toutes officiers. À titre de comparaison, le taux de féminisation sur les unités embarquées françaises est compris entre 10 et 20 % et concerne toute la pyramide des grades.
Qualités professionnelles et force morale
Parallèlement à leurs effectifs importants, les qualités professionnelles et l’état d’esprit guerrier des marins turcs semblent indiquer qu’ils seront adaptés au combat naval. Ils devraient représenter une force avérée pour l’OTAN en cas d’engagement militaire.
L’étude des sources étudiées et les entretiens menés permettent de décrire la marine turque comme une institution bien organisée et compétente. D’après le chercheur de l’IFRI Aris Marghelis, auteur d’une étude récente (x) sur la perception de la marine turque par des officiers de marine français, la marine turque est décrite par les responsables français interrogés comme bien organisée, professionnelle, déterminée et de confiance.
Par ailleurs, l’étude des quelques sources disponibles (contrairement à d’autres pays dont la France, la Turquie communique très peu sur la composition sociologique de sa marine) sur la sociologie de la marine turque dresse le constat d’une marine dotée d’un profil sociologique proche de celui des autres marines occidentales. C’est un avantage supplémentaire pour son intégration dans le concert des marines otaniennes sur le plan de l’interopérabilité. Ainsi, la flotte se situe, à l’image des autres armées turques, dans la moyenne d’âge des marines occidentales (l’âge moyen est de 32 ans dans les armées turques (x)). De plus, la formation des marins, en particulier celle des officiers de marine, ressemble à celle de leurs homologues occidentaux, comme le montre l’analyse des programmes de formation de la Turkish Naval Academy (x). En effet, la scolarité qui dure quatre ans est, comme en France, destinée à former les élèves officiers comme militaires (apprentissage du commandement et cours tactiques), marins (formation au brevet de chef de quart) et ingénieurs. Enfin, comme dans certaines marines occidentales, le lien avec le reste de la société se distend. Baris Ates, un universitaire turc auteur d’une étude récente sur la sociologie des armées de son pays (x), fondée sur une enquête menée en 2021 auprès de près de 600 militaires et civils, fait le constat d’un décalage croissant entre civils et militaires sur la place occupée par le militaire dans la société turque. Ainsi, de même que dans les pays occidentaux, la société civile turque semble de plus en plus considérer le métier de militaire comme une banale activité professionnelle.
Aris Marghelis met cependant en avant la place de choix occupée par l’officier de marine dans la société malgré les évolutions de la place des armées consécutives à la tentative de coup d’État de 2016. Il explique que les amiraux font partie de « l’élite de l’élite de leur pays » et qu’ils sont dotés « d’un très haut niveau intellectuel » (x). Bien que leurs homologues occidentaux fassent également partie des classes supérieures dans leurs sociétés respectives, ils semblent néanmoins y bénéficier d’un prestige et d’un rang inférieurs. Parmi les autres différences, outre celle du taux de féminisation, évoqué précédemment, le rapport privilégié de l’officier de marine turc au politique (comparé à celui de ses homologues occidentaux, bien qu’il ait évolué depuis 2016) peut être noté.
Les officiers de marine français interrogés par Aris Marghelis décrivent leurs homologues turcs comme résilients, profondément attachés à leur pays et dotés d’une grande force morale. Ils semblent si fortement déterminés qu’ils peuvent être considérés parfois comme particulièrement rudes dans les relations humaines (x).
Par ailleurs, il semble ressortir de différentes études publiées sur ce sujet comme des entretiens menés dans le cadre de cette étude que les marins turcs sont profondément nationalistes. Ce patriotisme très fort, qui paraît sans équivalent au sein des principales marines de l’OTAN, permet de penser que les marins turcs disposeraient de forces morales très solides au combat à l’image des armées ukrainiennes dans le combat face à la Russie. Cela transparaît également dans l’édito du premier magazine de l’École de guerre navale turque paru en 2019 (x) où son commandant de l’époque, l’amiral Ivanç Kirmaci, met en exergue les qualités de courage et d’esprit de sacrifice des officiers de marine. Selon lui, l’officier de marine « adhérant au seul drapeau et au nationalisme d’Atatürk, ne transige pas sur ses principes ». Facteurs de supériorité opérationnelle, ces forces morales devraient en faire des combattants résilients et les avantager face à de nombreuses autres marines.
Un des officiers de marine français interrogé par Aris Marghelis résume ce constat en affirmant que « si la marine française allait à la guerre au côté de la marine turque, nous ne nous poserions pas la question deux fois. Pour être franc, je ne suis pas sûr que je dirais la même chose si cela arrivait avec certains de nos influents partenaires européens (x) ». La capacité d’endurance des marins turcs à la mer, qui semble avérée au vu de la densité de l’activité à la mer de la marine au cours des dernières années, vient renforcer cet avis.
L’évaluation de l’armée turque dans l’Atlas stratégique de la Méditerranée et du Moyen-Orient (édition 2022) de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES) à une valeur de 3 sur une échelle de 5 concernant la motivation et la résilience, même si elle caractérise l’ensemble des forces armées turques et non spécifiquement la marine, semble corréler cette perception.
Connaissance des mécanismes otaniens
Le commandement de la Türk Deniz Kuvvetleri semble disposer d’une très bonne connaissance des mécanismes de l’Alliance. C’est un avantage pour l’OTAN sur le plan stratégique puisque sous-tendant une bonne interopérabilité de la marine turque avec celles des autres alliés. Cette interopérabilité serait d’autant plus forte que le niveau d’anglais de ses chefs doit être plutôt bon, au vu du nombre très élevé de cours qui y sont dédiés lors de la formation des officiers à la Turkish Naval Academy (x).
Il apparaît dans l’étude des cursus des principales autorités de la marine turque (à travers leurs biographies) que beaucoup d’entre elles aient une expérience otanienne (ou américaine), que ce soit via des affectations ou le suivi de cours (écoles de spécialités, d’état-major ou collège de défense de l’OTAN). C’est le cas par exemple du vice-amiral Tatlioglu, le chef d’état-major de la marine (CEMM), qui est diplômé de l’US Naval Staff College, du collège de défense de l’OTAN et a été affecté deux fois dans des structures de l’Alliance. Il a été ainsi chef de la branche logistique de l’état-major de l’Alliance, entre 2003 et 2004, puis chef de la branche planification stratégique du SHAPE, entre 2004 et 2006. Outre ce dernier, les pères de la doctrine Mavi Vatan, les amiraux Yayci et Gürdeniz, aujourd’hui tous deux en retraite, avaient également une expérience otanienne (x). Il convient cependant de nuancer ce constat en notant que les amiraux Tatioglu et Yayci ont également connu au cours de leurs carrières une expérience russe comme attachés navals à Moscou (x). L’amiral Gürdeniz s’affiche quant à lui ouvertement eurasianiste.
Par ailleurs, les différentes études sur le sujet, comme les entretiens que nous avons menés avec des spécialistes, présentent les officiers de marine turcs comme majoritairement atlantistes. Ce constat tend néanmoins à se nuancer depuis la tentative de coup d’État de 2016. Là encore, il s’agit d’un atout pour l’Alliance dans le sens où les officiers atlantistes seront plutôt enclins à favoriser l’image de l’OTAN au sein de la société turque.
Sur le plan des capacités navales et interopérables
Tonnage
Outre son poids sur la scène mondiale sur le plan des personnels, la marine turque représente également un atout pour l’Alliance sur le plan du tonnage total de sa flotte qui est important et des capacités détenues. En effet, l’OTAN ne dispose quasiment pas de moyens en propre, à l’exception d’avions AWACS et de drones Globalhawk, et doit compter sur ceux de ses membres pour sa génération de force.
Concernant les chiffres du tonnage, la marine turque se situait à la 11e place de l’échelle mondiale (devant la marine allemande) et à la 5e de l’OTAN en 2021 (x). Sans les capacités logistiques, le tonnage de la flotte militaire turque s’élevait en 2021 à 167 000 t (contre 307 000 t pour la France) nonobstant les capacités logistiques.
Afin de disposer d’éléments de comparaison, le tableau ci-dessous dresse un état des lieux des principales capacités des marines française (à la 7e place mondiale pour le tonnage en 2021) et turque.
Tableau 2
Tableau comparatif des ordres de bataille navals turc et français en 2022


Par ailleurs la Türk Deniz Kuvvetleri présente la particularité, signe d’une marine militaire de grande envergure, d’être dotée de capacités presque complètes. Ainsi, elle dispose de sous-marins, d’une aéronavale (sans avions de chasse néanmoins), de commandos marine (une brigade de marines et une de commandos marine) et de bâtiments de surface de différents types. Ces derniers possèdent des capacités dans la quasi-totalité du spectre existant: amphibie, lutte au-dessus et en dessous de la surface, chasse aux mines ou capacités de soutien. L’ordre de bataille 2022 complet de la marine turque est détaillé en annexe I.
De plus, en cas de guerre, la marine turque augmenterait ses moyens disponibles, en prenant le commandement opérationnel du corps des garde-côtes (qui dépend du ministère de l’Intérieur en temps de paix) et de ses 80 navires.
Enfin, la Turquie dispose d’une marine de commerce importante (1 217 bâtiments sont sous pavillon turc contre 548 sous pavillon français (x)). Ces derniers représenteraient un atout non négligeable en cas de guerre car rapidement mobilisables dans une « flotte stratégique logistique » pour faciliter les approvisionnements stratégiques ou le transport logistique des troupes et du matériel, comme l’avaient fait les Britanniques avec leur flotte de commerce lors de la guerre des Malouines.
Le potentiel de la marine turque à mener des actions hybrides apparaît également comme une force à prendre en compte en cas de conflit, ainsi que le montre le retour d’expérience de la guerre en Ukraine, et constitue donc un atout pour l’OTAN. En effet, elle dispose de capacités qui pourraient être utilisées pour mener des actions offensives difficilement attribuables à un acteur étatique conventionnel. Parmi ces dernières peuvent être cités son stock important de drones aériens (drones de type Anka-S, Bayraktar TB2 ou Kargu), la détention probable de mines sous-marines (de type Manta, Rockan et Mk-60 Captor), le développement de plusieurs programmes de drones sous-marins et de surface ou ses nageurs de combat.
Modernisation des capacités
Face au constat d’une flotte âgée et en raison de ses velléités politiques de montée en puissance maritime, la Turquie a démarré depuis une dizaine d’années un renouvellement quasi complet de ses moyens. Il s’effectue à travers des constructions neuves, pour remplacer les unités les plus anciennes ou agréger de nouvelles capacités, et la refonte à mi-vie de bâtiments moyennement âgés. C’est le cas des frégates de type Barbaros par exemple qui sont modernisées avec de l’armement et des senseurs nationaux modernes.
La livraison de nouvelles unités commencée avec celle des premières corvettes de type Ada en 2011 devrait s’étaler jusqu’au milieu de la décennie 2030 avec la dernière frégate de type TF2000 (x). Elle concerne à la fois des corvettes, des sous-marins, des bâtiments amphibies, des frégates de défense aérienne, un ou deux porte-aéronefs amphibies, des pétroliers ravitailleurs et des frégates généralistes. Un descriptif des principales modernisations en cours figure en annexe IV. Le fait qu’entre 2019 et 2023, 24 nouveaux bâtiments doivent être lancés illustre son ampleur.
Ce renouvellement capacitaire induit un changement de paradigme car il est accompagné d’une volonté affichée d’« autonomisation stratégique » sur le plan maritime; sur le site internet de la marine turque est affichée l’ambition suivante: « Disposer d’une puissance navale efficace fondée sur la puissance nationale, utiliser cette puissance de manière à obtenir les droits et les intérêts de la Turquie dans les mers du monde (x). » En effet, auparavant la marine se renouvelait majoritairement par l’achat de bâtiments étrangers d’occasion, essentiellement français, allemands, britanniques ou américains. Pour y répondre, la modernisation de la marine est effectuée via des constructions soit totalement locales soit conjointes entre industriels nationaux et étrangers. Sur ce dernier point, c’est le cas en particulier pour ses sous-marins, avec l’industriel allemand TKMS, et le porte-aéronefs Anadolu, avec le constructeur espagnol Navantia. Cette politique présente le double avantage de participer à la montée en puissance de l’industrie navale nationale et de limiter la dépendance aux capacités étrangères, qui peut s’avérer gênante en cas de conflit.
À condition que les programmes lancés soient tous menés à leur terme, la Turquie disposera à l’horizon 2030, d’une flotte agrandie, moderne et dotée de capacités opérationnelles de valeur. Ainsi, le tonnage de la flotte turque augmentera de 28 467 t entre 2008 et 2030 alors que sur la même période la flotte française augmentera de 8 715 t (x). La marine turque participera de facto au renforcement des capacités maritimes de l’OTAN dont la génération de force se fait à travers les capacités nationales de ses membres.
Les bénéfices pour la Turquie et de facto pour l’Alliance, d’une flotte neuve et agrandie, comme cela devrait être le cas durant la décennie 2030, semblent évidents. De plus, l’examen approfondi des programmes neufs (navires de type Ada, Istanbul et TF2000 et sous-marins) comme des modernisations apportées (programmes locaux GENESIS [modernisation des capacités opérationnelles des central opérations des frégates], torpilles anti-sous-marines Akya et système anti-aérien de défense rapprochée) incite à penser que cette flotte disposera de capacités particulièrement performantes dans une dizaine d’années. Ce constat est d’autant plus marquant lorsque nous mettons en perspective la comparaison des formats turc et français en 2022 (x) et ceux prévus à l’horizon 2030 (voir annexe II).
La comparaison des capacités opérationnelles des frégates multi-rôles de type Istanbul (dites type I), dont la première de la série a été admise au service actif en janvier 2024, avec celles des frégates multi-rôles FDI de type Amiral Ronarc’h (frégates de taille, tonnage et emploi opérationnel prévisible sensiblement identiques), dont la première devrait être admise au service actif en 2025, montre que les « type I » devraient être des frégates de bon niveau. Ce comparatif fait l’objet de l’annexe III.
À la pointe dans le domaine des drones armés grâce au constructeur Baykar (qui appartient à Selçuk Bayraktar, gendre du président Erdoğan) dont les drones ont été éprouvés au combat sur plusieurs théâtres d’opérations (Syrie, Haut-Karabagh, Libye, Ukraine, Éthiopie, Mali, Somalie), la Turquie cherche à irriguer de cette expérience l’ensemble de ses forces armées. À ce titre, la marine est en passe d’acquérir une avance certaine en matière de drones militaires dans les trois milieux (sur, en dessous et au-dessus de la mer). Cette expertise bénéficierait à l’OTAN en termes de retour d’expérience puisque ses principales marines (à part l’US Navy) ne sont pas en avance sur ce type de capacité militaire.
Ainsi, la Türk Deniz Kuvvetleri dispose ou développe actuellement des drones de surface, des drones aériens capables de tirer des missiles anti-navires (Akıncı) ou d’effectuer des missions de patrouille maritime (Aksungur) et des drones anti-sous-marins capables de tirer des torpilles. Tous ces drones seront bientôt en service dans la flotte turque.
Quatre programmes de drones de surface sont ainsi en cours de développement (x) par des industriels turcs en vue d’équiper la marine locale. Il s’agit des ULAQ, SALVO, SANCAR et d’un essaim de drones dit Swarm (composé de drones Albatros et MIR). La marine envisage in fine de déployer ces différents drones sur ses navires et bases navales. Les deux premiers programmes sont les plus avancés.
Au-delà de ces engins, la marine turque devrait être la première marine à disposer d’un navire porte-drones avec l’Anadolu (en plus d’hélicoptères de combat et avec un emport programmé de 30 à 50 drones Bayraktar). Initialement, il a été commandé pour être un porte-avions mais la marine a dû reconsidérer son emploi face au refus américain de lui vendre des chasseurs F35 après l’annonce de l’achat turc de missiles S400 russes en 2017. À cet effet, l’entreprise Baykar est actuellement en train de développer une version adaptée (TB3) de son modèle TB2.
Cependant, l’emploi opérationnel de l’Anadolu comme porte-drones, s’il est confirmé, n’est pas prévu avant quelques années, car la marine turque n’a aucune expérience aéronavale et le drone TB3 n’en est qu’au stade du développement. Par ailleurs, bien que le cadre tactique d’utilisation opérationnel soit encore inconnu, il sera intéressant pour les autres marines de l’OTAN de s’intéresser à l’emploi qui en sera fait.
Interopérabilité
Depuis 1952, la marine turque utilise massivement les structures de l’OTAN pour gagner en expérience et en valeur opérationnelle. Elle contribue fortement aux exercices, opérations et structures de commandement militaire de l’OTAN. Elle est, à ce titre, parfaitement interopérable et un atout stratégique de poids pour l’Alliance. Son investissement au profit de l’Alliance s’exerce donc de différentes manières, détaillées ci-dessous.
La marine turque est traditionnellement représentée dans les instances de commandement de l’OTAN aussi bien interarmées (SHAPE, QG de l’OTAN à Bruxelles) que marine. Les officiers y servant sont réputés de grande qualité – quand leurs intérêts convergent avec ceux de l’OTAN – selon les amiraux français interrogés par Aris Marghelis dans son étude (x). Elle est actuellement représentée dans les instances de commandement maritime de l’OTAN par un amiral (sur les huit) servant à MARCOM, le CA Ozgür Erken, en charge du soutien logistique.
Récemment créé à Aksaz et qualifié pour la première fois par l’OTAN en 2022, l’état-major maritime turc de réaction rapide (ou TURKISH MARFOR) symbolise la volonté du pays de jouer un rôle de premier plan dans la structure maritime otanienne. La Turquie fait partie des cinq pays de l’OTAN disposant de ce type de capacités, avec l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni et la France.
La création de cet état-major permet de renforcer le niveau opérationnel de la marine turque en termes de planification opérative et tactique. La qualification de TURKISH MARFOR a été effectuée en 2022 durant l’exercice OTAN Dynamic Mariner 2022, auquel a participé le chasseur de mines tripartite (CMT) français Capricorne. Il a ensuite pris en 2023, année du centenaire de la République de Turquie, le commandement de la composante maritime de la force de réaction rapide de l’OTAN et le prendra de nouveau en 2028. Il pourrait disposer des capacités de quatre groupes maritimes (dont deux de guerre des mines) s’il était activé durant son tour d’alerte.
Créé en 2012, et devenu le 26e centre d’excellence lors de son accréditation en 2020, le centre d’excellence de sécurité maritime de l’OTAN d’Istanbul est un autre exemple de la volonté turque de s’investir dans les arcanes de l’Alliance. Centre de recherche académique et d’entraînement pratique sur le thème de la sécurité maritime, il est armé majoritairement par des officiers de marine turcs. Parmi les nombreux sujets d’intérêt qui y sont étudiés, révélateurs de l’intérêt porté à ces thématiques par la Turquie, figurent la protection des câbles sous-marins, le terrorisme maritime ou la liberté de navigation, etc.
Les armées turques en général et la marine plus particulièrement sont historiquement des contributeurs de poids en termes de fréquence de participation et volume de moyens alloués aux exercices et opérations militaires de l’OTAN. Ce constat peut s’expliquer par une volonté de développer l’interopérabilité des moyens navals avec les autres moyens maritimes de l’Alliance. Il peut également justifier une volonté de développer leurs expériences, en l’absence de théâtre d’opérations maritimes, par le contact avec d’autres marines plus expérimentées opérationnellement. Toutes ces participations sont largement valorisées par la marine turque via de nombreuses publications y référant sur le compte twitter du ministère de la Défense ou le site de la marine (x) et ceux de l’OTAN (x).
En ce qui concerne les opérations maritimes de l’OTAN, la marine turque est un des contributeurs alliés les plus importants. Elle se revendique comme la première en termes de moyens fournis aux Standing Naval Forces (x). Ces forces navales sont placées sous le contrôle opérationnel du commandement maritime de l’OTAN (basé à Northwood au Royaume-Uni). Elles représentent les moyens navals immédiatement disponibles de la force de réaction rapide de l’Alliance. Elles comprennent les Standing NATO Maritime Groups 1 et 2 (groupes de frégates) et les Standing NATO Mine Countermeasures Groups 1 et 2 (groupes de chasseurs de mines). La marine turque investit particulièrement les SNMG2 et SNMCMG2 dont le commandant en janvier 2023 était turc (CV Akyazi).
Il est intéressant de noter que la majorité des exercices de l’OTAN auxquels les forces armées turques participent, concerne le milieu naval. Sur les 17 exercices OTAN auxquels la Turquie a participé entre janvier 2021 (x) et l’été 2022, plus de la moitié (9) sont maritimes, les autres se partageant entre les autres milieux: terre, air, cyber, électromagnétique, etc. Un tableau réalisé à partir de sources disponibles sur les sites de l’OTAN récapitule en annexe V les exercices maritimes OTAN auxquels la marine turque a participé en 2021 et 2022.
Le positionnement turc en mer Noire
Fermeture des détroits
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022, le principal atout militaire de la marine turque pour l’OTAN est le fait qu’elle soit la seule marine de taille significative de l’Alliance à naviguer en mer Noire; la Roumanie et la Bulgarie disposent de flottes très modestes: 1 sous-marin, 1 frégate et 2 patrouilleurs lance-missiles pour la première, 3 frégates et 1 patrouilleur lance-missiles pour la seconde. Elle est à ce titre le principal contributeur de l’Alliance à la Recognized Maritime Picture (établissement de la situation maritime civile comme militaire dans une zone fixée) dans l’espace pontique.
En effet, la Turquie a mis en application la convention de Montreux quatre jours après le début de l’invasion russe en Ukraine en fermant l’accès à la mer Noire aux marines militaires des pays non riverains. Cette décision unilatérale d’Istanbul a été justifiée par l’invocation d’une potentielle menace immédiate pour la Turquie, se rapprochant ainsi des conditions de l’article 21 de la Convention. De plus, cette mesure s’appliquant également aux unités des marines riveraines sauf si elles naviguent en direction de leur port d’attache, soit uniquement les unités de la flotte de la mer Noire stationnées à Sébastopol, Novorossisk et Feodosya pour les navires de guerre russes, la Russie n’a pas la possibilité d’y renforcer ses capacités maritimes. Elle s’est d’ailleurs vue contrainte d’annuler le renfort d’unités venant d’autres flottes en mer Noire, qu’elle avait programmé sous couvert de l’organisation d’un exercice.
Il convient cependant de noter que la Turquie ne se trouve pas dans le cadre strict de l’application de la Convention, n’étant ni en guerre, ni directement menacée.
En effet, pour rappel, la convention de Montreux est un accord international multilatéral signé en 1936. Elle détermine la libre circulation dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore comme en mer de Marmara et en mer Noire. Encore en vigueur en 2024, elle compte 29 articles, 4 annexes et 1 Protocole (les articles 19, 20 et 21, applicables en temps de guerre sont détaillés en annexe VI). Elle traite des conditions de circulation des navires de commerce et militaires, dont les sous-marins, dans les détroits et en mer Noire en tant de paix comme en temps de guerre. En temps de paix, par exemple, le franchissement des détroits doit être notifié à la Turquie avec un préavis fixé. L’article 18 limite le tonnage total des navires de guerre des puissances non riveraines en mer Noire et leur présence à 21 jours. Les sous-marins sont obligés de naviguer de jour et en surface. En temps de guerre, ces conditions restent en vigueur si la Turquie n’est pas belligérante mais la libre circulation des navires militaires est suspendue si la Turquie est partie à un conflit ou s’estime menacée (article 21).
Une demande d’accès en mer Noire par une marine militaire d’un pays non riverain respectant les clauses de la convention (préavis, conditions de tonnage et de présence respectés) devrait donc logiquement être autorisée par la Turquie malgré les déclarations récentes du chef d’état-major de la marine, l’amiral Ercüment Tatlioglu. En effet, ce dernier a martelé, le 18 novembre 2023, « Nous ne voulons ni de l’OTAN ni de l’Amérique en mer Noire (x) ». La Russie, comme les marines de l’OTAN, semble néanmoins se satisfaire de ce statu quo qui avantage fortement la marine turque, capable de transiter depuis et vers la Méditerranée.
Rivalité avec la flotte russe
Dotée de deux bases navales en mer Noire (à Bartin pour les sous-marins et à Sürmene), deux en mer de Marmara (à Erdek et Gölcük) et surtout du contrôle des détroits, grâce à la convention de Montreux, la marine turque dispose d’un positionnement stratégique idéal pour naviguer dans le bassin pontique.
Si la flotte russe de la mer Noire est seulement la quatrième flotte russe en taille (derrière celles du Nord, du Pacifique, de la Baltique mais devant celle de la mer Caspienne), elle est la flotte la plus importante de la mer fermée. Elle ne semble pouvoir y être concurrencée, parmi les flottes voisines, que par la marine turque. Autrefois délaissée par la marine russe, elle s’est considérablement renforcée depuis l’invasion de la Crimée en 2014. Elle est aujourd’hui majoritairement stationnée à Sébastopol (en Crimée). Elle était composée en 2021 de près de 25 000 marins et comportait outre le Moskva, 5 frégates lance-missiles (de type Krivak et Krivak IV), 7 sous-marins d’attaque à propulsion classique (type Kilo), 12 corvettes (de type Steregouchtchi, Grisha III, Grisha IV et Buyan-M), 7 patrouilleurs (de type Vassili Bikov, Dergach et Tarentul), 8 bâtiments amphibies légers (de type Ropucha et Alligator) et d’autres unités de moindre importance (x). Par ailleurs, la Russie dispose de capacités de déni d’accès importantes (batteries anti-missiles et anti-navires) en Crimée, qui viennent renforcer ses moyens.
Les chiffres restent considérables malgré la perte de 20 bâtiments depuis mars 2022 due aux attaques ukrainiennes (x) dont celle du Moskva, en avril 2022, qui était le bâtiment le plus important basé en mer Noire. Ils sont néanmoins à nuancer en prenant en compte les difficultés aussi bien opérationnelles que logistiques rencontrées par la flotte russe et signalées par le spécialiste turc Can Kasapoglu (x). Parmi ces problématiques, ce dernier évoque sur le plan opérationnel, la difficulté d’établissement de situation tactique et de fusion des capteurs (capacité à synthétiser l’ensemble des données brutes collectées par les différents senseurs pour en obtenir des informations à intérêt opérationnel), un manque d’interopérabilité avec les forces aérospatiales russes (VKS) et une fragilité face aux batteries antisurface côtières. Sur le plan logistique, le vieillissement de la flotte (avec certaines unités âgées de plus de 40 ans), la dépendance russe en matière d’approvisionnement des composants électroniques nécessaires à la fabrication des missiles Kalibr, sur lesquels est fondé le concept d’emploi tactique russe en antisurface, peuvent être cités.
Ce constat d’« affaiblissement de la flotte russe en mer Noire », corrélé avec une dynamique inverse pour la Turquie qui modernise et développe sa flotte (x), permet d’affirmer qu’un rééquilibrage des forces est en train de s’établir dans cette mer fermée, théâtre majeur de la lutte d’influence entre l’OTAN et la Russie depuis 2014.
Par ailleurs, le conflit ukrainien permet à la marine turque de « monter en gamme » en développant son expertise dans le domaine du déminage opérationnel. En effet, elle est amenée depuis février 2022 à intervenir sur les mines ayant été mouillées au large de l’Ukraine avant de dériver au large de la Turquie. Elle a déjà déminé quatre mines en octobre 2022 (x).
Enfin, la marine turque bénéficie des retombées médiatiques positives pour son rôle dans l’approvisionnement du blé ukrainien. En effet, une des conséquences de l’accord du 22 juillet 2022 sur l’acheminement du blé ukrainien hors de la mer Noire – dans lequel la Turquie a joué un rôle diplomatique majeur comme arbitre dans le dialogue entre la Russie et l’Ukraine – est la place, certes modeste, que la marine est amenée à occuper dans la préservation de ce dernier. Elle est en effet chargée de la sécurisation du transit du blé par des patrouilles régulières dans les détroits turcs.
Soutien aux forces navales ukrainiennes
La marine turque représente également un atout pour l’Alliance grâce au soutien militaire indirect qu’elle fournit à l’Ukraine sur le plan naval, et ce de deux façons distinctes. D’abord par sa participation indirecte à la livraison programmée de corvettes turques (de type Ada) à la marine ukrainienne, même si des marins turcs seront sûrement sollicités pour des actions de formation de la marine ukrainienne, comme c’est souvent le cas pour des cessions de bâtiments militaires à l’étranger. Cette livraison de navires militaires, prévue avant l’invasion russe en Ukraine, devrait être effective prochainement, la première corvette de la série (le Hetman Ivan Mazepa) ayant été mise à l’eau en octobre 2022, en présence de la Première dame ukrainienne.
Ensuite, via un probable positionnement pour la fourniture de drones de surface turcs à la marine ukrainienne, comme l’ambassadeur ukrainien en Turquie le confirmait dans un entretien accordé en novembre 2022 (x).
Ce soutien sur le plan naval est d’autant plus notable que si de nombreux pays de l’OTAN appuient militairement l’Ukraine en fournissant des capacités terrestres ou aériennes, peu d’entre eux le font sur le plan naval (la France par exemple ne le fait pas).
II. Une source de difficultés pour l’Alliance
Un positionnement ambigu voire agressif
Un changement doctrinal naval récent: « Mavi Vatan »
Le récent changement doctrinal turc, l’adoption du concept de Mavi Vatan (x) (« Patrie bleue »), a des implications négatives sur la relation de la marine turque avec les marines otaniennes présentes en Méditerranée. Elle est à ce titre génératrice de tensions au sein de l’Alliance.
Cette doctrine, développée par deux amiraux turcs, Cem Gürdeniz et Cihat Yayci, en 2006, a été reprise à son compte par le président Erdoğan. Elle donne un cadre juridique et stratégique qui permet de justifier les velléités de la Turquie d’être une puissance maritime régionale. Son objectif principal est d’établir une suprématie turque en mer Égée et Méditerranée orientale. La stratégie établie passe par des revendications territoriales (en particulier autour de Chypre ou des îles grecques du Dodécanèse) contraires au droit international de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). En effet, la carte revendiquée de la « patrie bleue » retrace les frontières maritimes des eaux turques en mer Égée et Méditerranée à l’avantage de la Turquie qui se dit lésée par la CNUDM.
Cette nouvelle physionomie des frontières maritimes est réalisée au détriment de la Grèce et de Chypre, membre de l’Union européenne, mais pas de l’OTAN et allié historique britannique. Le nouveau tracé, sur lequel elle s’est entendue avec la Libye en 2019, est une source de tensions sur le plan diplomatique entre la Turquie et ses voisins. Ces tensions sont d’autant plus fortes que des ressources énergétiques ont été récemment découvertes dans certaines des eaux revendiquées par la Turquie (en particulier au large de Chypre) (x).
Cette rivalité diplomatique s’accompagne d’une rivalité sur le plan naval entre la marine turque et les moyens maritimes militaires de ses voisins (Grèce et Chypre en particulier) sur les espaces revendiqués. Il convient cependant de noter que, contrairement aux épisodes conflictuels l’ayant opposée récemment aux marines grecque et française (qui seront détaillés dans les paragraphes suivants), aucun événement du même type n’est à signaler à propos de la marine américaine. Par ailleurs, aucun élément n’a été collecté sur d’éventuelles interactions avec les autres marines otaniennes de la mer Noire. Ce constat peut s’expliquer de deux façons: d’une part, par la faible présence concomitante des deux marines sur le théâtre méditerranéen (la marine américaine y naviguant peu depuis une dizaine d’années et la 6e flotte américaine qui y est stationnée étant très modeste); d’autre part, comme le suggère Eveline Mathey (IRSEM) (x), par le fait que la Turquie sait « choisir ses adversaires » et ne prendrait pas le même risque avec la marine américaine, beaucoup plus puissante. Il est peu probable de voir cette situation évoluer, malgré le positionnement récent des États-Unis en faveur de Chypre, qui n’apparaît donc pas comme un game changer sur ce point.
Confrontation et affrontement avec la marine grecque
Les relations entre la Grèce et la Turquie, et par capillarité entre leurs marines respectives, sont aujourd’hui encore un « caillou dans la chaussure de l’OTAN » sur le plan militaire.
Historiquement, et bien qu’elles soient toutes les deux membres de l’Alliance depuis plus de soixante-dix ans, la Turquie et la Grèce ont connu nombre de confrontations et d’affrontements, pour des raisons d’abord territoriales. Leurs relations se sont encore récemment dégradées à cause de rivalités d’ordre énergétique, de compétition pour les ressources des sous-sols de la mer Égée et de la Méditerranée. L’étude des relations entre ces deux pays et leurs marines respectives en 2024, permet d’estimer que ces dernières se situent aujourd’hui entre contestation et affrontement, pour se référer aux termes du triptyque utilisé par le chef d’État-major des armées, le général Burkhard, pour qualifier les relations interétatiques modernes (x).
Cette rivalité prégnante chez les officiers de marine turcs est relayée dans les écoles de formation en Turquie, comme en témoignent certains éditoriaux du magazine Mavi Vatan (x).
Les rivalités sont accentuées depuis quelques années, d’abord par le réveil des revendications territoriales historiques, ensuite pour des raisons d’affirmation de puissance régionale et des motivations énergétiques, à la suite de la découverte de gisements gaziers dans certaines eaux sous souveraineté grecque et revendiquées par la Turquie.
Depuis près d’un an, le niveau de tension entre la Grèce et la Turquie a encore monté d’un cran. Cette montée de tension se manifeste en particulier par la rhétorique agressive adoptée par la Turquie. En août 2022, le président Erdoğan suggérait une occupation des îles grecques de la mer Égée et menaçait même: « Le moment venu, nous ferons le nécessaire. Nous pouvons arriver la nuit (x). »
Concrètement, sur les mers et en particulier en mer Égée, ces rivalités politiques se sont traduites par plusieurs épisodes où les deux marines ont été près de s’affronter localement. Par exemple, en juillet 2020, les unités grecques ont assisté à l’arrivée d’un navire de recherche turc (Oruç Reis) accompagné par de nombreux bâtiments militaires turcs au large de l’île grecque de Kastellorizo. Un mois après, en août 2020, une manœuvre agressive de la marine turque a conduit à une collision entre la frégate turque Kemal Reis et la frégate grecque Limnos (x). Il convient cependant de noter que des bâtiments turcs et grecs continuent à cohabiter au sein d’opérations ou exercices de l’OTAN malgré ces « altercations ».
L’Alliance se garde de se positionner sur ces rivalités. Le politologue spécialiste des questions de défense Joseph Henrotin en fait part dans son article, « Grèce/Turquie, une confrontation maritime du XXIe siècle »: « Depuis 1949, l’Alliance a largement fermé les yeux sur les incidents entre la Grèce et la Turquie qu’ils se déroulent en mer, dans les airs ou à la suite de l’invasion de Chypre en 1974 (x). »
Au vu des constats précédents, il paraît plausible que, dans les prochaines années, la situation conflictuelle dégénère à l’échelle tactique et conduise à un échange de tirs en mer Égée entre des unités des deux marines.
La comparaison des ordres de bataille maritimes respectifs laisse entrevoir un avantage certain de la marine turque sur la marine grecque en cas de conflit sur mer. Joseph Henrotin en fait la démonstration en dressant l’état des lieux actualisé des deux flottes. Son constat est aggravé par le fait que la marine hellénique, déjà inférieure sur le plan capacitaire, va augmenter son retard dans les prochaines années, car aucun programme de modernisation d’envergure n’existe pour remplacer les moyens navals vieillissants, à part l’acquisition de trois frégates FDI de Naval Group. À l’heure où la Turquie renouvelle sa flotte, et compte tenu du temps long nécessaire pour mener à terme des programmes d’armement navals, les inquiétudes grecques sur un possible affrontement en mer peuvent s’expliquer.
Compétition et affrontement avec la marine française
Les marines turque et française, alliées au sein de l’OTAN depuis 1952, sont amenées à coopérer régulièrement à l’occasion d’exercices ou dans des forces constituées. Cependant, il apparaît que les relations entre ces deux alliés oscillent plus souvent entre la contestation et l’affrontement qu’elles ne traduisent un véritable esprit de coopération. Aris Marghelis le constate dans son étude sur la perception des militaires turcs par les militaires français; il explique qu’il y a des « situations dans lesquelles les Français semblent être la cible spécifique de certaines attitudes turques (x) ».
L’étude d’épisodes conflictuels récents ayant opposé sur mer les deux alliés permet d’étayer ce jugement.
Si l’accrochage de la frégate française Courbet, pourtant engagée alors dans une mission de l’OTAN, à trois reprises par une conduite de tir d’une frégate turque, en juin 2020 au large de la Libye, en est l’épisode le plus marquant, et le plus médiatisé, il n’est pas le seul des incidents conflictuels franco-turcs récents dans le domaine naval.
Parmi ces derniers, nous pouvons citer le tir d’une fusée de détresse par un bateau turc contre un bâtiment français au large du Liban en 2016 – les Turcs ne s’en étaient pas excusés ni n’avaient prétexté une erreur – et un autre accrochage par une conduite de tir turque d’une frégate française au large de Chypre en 2018 – les Turcs avaient prétendu ne pas savoir qu’il s’agissait d’un bâtiment français. Les officiers français interrogés par Aris Marghelis (x) interprètent néanmoins ces deux incidents comme un « message » intentionnel de la part des Turcs.
Les interactions, en juillet 2020, induites par l’envoi de deux Rafale et de la frégate La Fayette en Méditerranée orientale pour empêcher la Turquie de poursuivre son agression à l’encontre de la Grèce après l’envoi d’un navire de recherche escorté par 18 navires de guerre, près de l’île grecque de Kastellorizo, méritent également d’être soulignées.
Cependant les relations récentes entre les deux marines, fortement influencées par les relations politiques des deux pays, ne peuvent se résumer à des altercations. Les deux marines continuent à s’entraîner régulièrement ensemble dans des exercices de l’OTAN et même bilatéraux. La frégate turque Gaziantep s’est par exemple entraînée avec le groupe aéronaval français en Méditerranée orientale en décembre 2022. De plus, la Turquie reste un point d’appui logistique régulier pour les bâtiments français déployés en Méditerranée orientale qui y effectuent de nombreuses escales. Parmi les dernières nous pouvons citer les escales de l’Auvergne en mai 2022 et de la Provence en juin 2022 à Aksaz, celles du Capricorne à Antalya et Aksaz en septembre 2022 ainsi que celle de l’Alsace à Istanbul en janvier 2023 ou du Surcouf à Izmir en octobre 2023 (x). Enfin, le dialogue bilatéral entre les deux marines reste régulier, la visite du commandant français de la zone maritime Méditerranée à Ankara en 2021 en étant un exemple.
Recomposition de la marine après la tentative de coup d’État
Perte d’autonomie des états-majors et faiblesses des ressources humaines
Les répercussions de la tentative de coup d’État militaire de 2016 ont favorisé la perte d’autonomie du commandement naval et probablement occasionné des difficultés sur le plan des ressources humaines pour la marine. Ces répercussions, en entravant la liberté d’action de la marine et en diminuant son niveau, affectent de facto l’Alliance, dépendante des flottes de ses membres.
L’échec du coup d’État a d’abord eu pour conséquence d’affaiblir l’autonomie militaire et de renforcer le contrôle présidentiel sur la Défense nationale. Ainsi, dix jours après l’échec du putsch, le président Erdoğan décidait le rattachement du CEMA au ministre de la Défense nationale faisant du premier un « conseiller, voire un secrétaire (x) » du second qui devient le chef de l’état-major de facto. D’autres décrets retiraient au CEMA la possibilité de nommer les chefs d’état-major des trois armées.
Même si la première vague de purges a touché principalement les armées les plus actives (armée de l’air et gendarmerie), la marine a été également fortement affectée. Ces purges, engagées directement après la tentative de putsch en 2016, continuaient encore en 2020. Le nombre d’amiraux a ainsi fortement diminué juste après la tentative de coup d’État, passant de 54 à 34, entre 2016 et 2017 (baisse de 64 %).
Ces purges importantes des élites de la marine, qui se sont déclinées également au niveau des strates inférieures ont entraîné une inéluctable diminution du niveau de la marine et de son commandement par la perte d’expérience massive qu’elles ont occasionnée. En 2024, moins de huit ans après le début des purges, et malgré le fait que de nombreuses promotions ont eu lieu, toutes les séquelles sur le niveau de la marine n’ont probablement pas été compensées. En effet, alors que la formation des équipages se fait sur le temps long (il faut près de dix ans pour former un officier marinier spécialiste dans son domaine ou un officier de quart opérations sur frégate, et vingt ans pour former un commandant de frégate) et que de nouveaux bâtiments arrivent, engendrant un besoin plus grand de commandants, la marine turque doit probablement faire face à des difficultés en matière de ressources humaines. Par ailleurs, il est probable que ces purges successives aient « anéanti » la capacité d’initiative des amiraux et favorisé « le risque de voir des officiers surréagir » à l’échelon tactique « pour plaire au pouvoir lors d’accrochages navals » (x).
Refonte des structures de formation
Le système de formation de la marine turque, à l’image de celui des autres armées, a été modifié après la tentative de coup d’État, contribuant à y affaiblir le courant atlantiste. Signe de la volonté d’évolution de son format, une des premières réactions après le putsch a été de fermer toutes les écoles des armées pendant quinze jours. À leur réouverture, elles ont été rattachées au ministère de la Défense, au sein de la National Defense University. Elles étaient auparavant directement rattachées à leurs armées respectives qui, on l’a vu pour la marine, étaient davantage « atlantistes » que le pouvoir politique de l’AKP. Il s’agit de l’École de formation des sous-officiers, l’École navale (pour les officiers) et l’École de guerre navale (pour les futurs officiers d’état-major). Cette décision traduit la volonté du pouvoir politique de contrôler davantage l’enseignement – et l’idéologie – inculqué aux forces armées et à la marine.
Par ailleurs, l’étude des biographies (x) des commandants de l’École navale et de l’École de guerre navale témoigne de la direction que le pouvoir politique souhaite donner à la formation de ses futurs chefs. L’École navale est actuellement commandée par le CA Özogül qui dispose d’une forte expérience opérationnelle, mais dont la seule expérience au sein de l’OTAN se résume au cours du NATO Defense College à Rome. L’École de guerre navale est actuellement dirigée par le CA Akari qui a, lui aussi, une grande expérience opérationnelle. Cependant, comme le CA Özogül et au contraire de beaucoup d’autres chefs, il n’a jamais servi dans des structures otaniennes. Il a en revanche été affecté auparavant au bureau « Grèce/Chypre » de l’état-major turc, ce qui peut être interprété comme un signe supplémentaire de la volonté de préparer les futurs commandants de la marine à un affrontement sur mer avec la Grèce ou Chypre.
De même, le contenu du magazine De la Patrie bleue à la mer ouverte de l’École de guerre navale, créé en 2019 et publié trois fois par an, est significatif de l’orientation souhaitée par les chefs de la marine pour cette dernière. Ses articles, destinés aux élèves de l’Académie navale, traitent à la fois d’histoire maritime, de géopolitique, de tactique navale et de thèmes généraux sur les marines étrangères ou les programmes navals, par exemple. Sa version en ligne est disponible sur le site internet de l’Académie navale (uniquement sur le portail en langue turque, pas en anglais). La lecture de ses éditoriaux, écrits par les commandants de l’École de guerre navale, est particulièrement intéressante pour percevoir l’état d’esprit que la marine souhaite instiller à son auditoire, destiné à commander la marine de demain. Par exemple, l’hypothèse d’un engagement naval contre la marine grecque transparaît dans l’éditorial du premier numéro du magazine. Le commandant de l’École de guerre navale de l’époque, le CA Kirmaci, relate à ses élèves une expérience personnelle datant de 1995 où, comme jeune enseigne de vaisseau, il avait appareillé sur alerte avec son unité pour une mission qui avait failli le conduire à l’affrontement avec une frégate grecque. Il leur rappelle qu’ils étaient prêts à l’époque à engager le combat et exhorte ses lecteurs à être dans le même état d’esprit.
Un tournant identitaire: une islamisation renforcée?
Les réformes imposées par Erdoğan après le putsch manqué se caractérisent aussi par l’adoption de dispositions favorisant l’émergence de l’islam au sein de la marine comme des autres armées. Elles ont également tendance à y affaiblir le courant « atlantiste », ce qui représente une faiblesse pour l’Alliance.
Cette islamisation, progressive dans une marine encore majoritairement laïque et « kémaliste », participe à l’hybridation idéologique des forces armées turques, comme le relève Sümbül Kaya: « La mise en conformité idéologique des armées avec le gouvernement de l’AKP se traduit notamment par une institutionnalisation graduelle de l’islam au sein des forces armées. […] Pour autant, cette place nouvelle de l’islam au sein de l’armée ne signifie pas une rupture totale avec l’héritage nationaliste kémaliste, qui perdure notamment dans les formations (x). » En effet, le pouvoir politique comme la hiérarchie militaire font encore régulièrement appel aux symboles du « kémalisme », par des références à Atatürk notamment, dans leurs supports de communication officielle (sites internet, cérémonies, etc.) ou leurs discours – les premiers sans doute pour ne pas imposer une modification trop brutale de la sociologie des armées, les seconds plus par conviction.
Parmi les dispositions entrées en vigueur depuis 2016 contribuant à l’islamisation des armées turques, peuvent être cités la levée de l’interdiction du voile islamique ou le remplacement de la marche funèbre de Chopin, hymne officiel depuis 1932, par la prière islamique du Takbir, lors des funérailles de militaires, et la modification des règles de recrutement dans les armées pour favoriser l’accès aux recrues plus religieuses. À ce sujet, la levée de certaines normes médicales défavorisant les plus religieux (interdiction de recruter des personnels aux genoux cagneux, phénomène touchant les plus pieux) et la possibilité, depuis 2016, pour les élèves scolarisés dans les lycées religieux d’entrer dans les armées peuvent être relevées.
Huit ans après la mise en place de ces premières mesures et parce qu’elles n’ont pas des effets très bénéfiques sur la relation de la marine turque avec l’OTAN, il est légitime de se demander si la marine turque n’est pas à un tournant en termes d’identité. Il est utile également d’essayer de supposer quel sera l’état de la sociologie de la marine dans sept ans, à un moment où la flotte devrait être renouvelée.
En 2030, il est possible d’imaginer que la politique de recrutement mise en place depuis 2016, modifiera sensiblement le profil sociologique type de l’officier de marine qui apparaît aujourd’hui majoritairement laïc (« kémaliste ») et atlantiste, même si aucune statistique n’existe et que la marine comme les autres armées turques n’est pas une institution homogène. Il est probable, si la situation politique évolue peu et que le parti du développement et de la justice (AKP) se maintient au pouvoir que la marine turque en 2035 soit composée majoritairement d’officiers appartenant au courant religieux conservateur, moins favorable à l’Alliance.
Cependant, selon le spécialiste de la marine turque et ancien officier de marine américain Ryan Gingeras (x), il est possible que la hiérarchie militaire turque, en particulier les amiraux en retraite, se mobilise pour exprimer son mécontentement afin d’éviter qu’un tel virage identitaire se produise. La lettre ouverte écrite en 2021 par 104 amiraux turcs en retraite pour s’élever simultanément contre le possible retrait de la Turquie de la convention de Montreux – considéré comme un rejet du kémalisme – et l’islamisation de l’armée depuis 2016 permet d’étayer cette vision.
L’avenir du conflit ukrainien et du positionnement turc vis-à-vis de la Russie, comme le rapprochement américain de Chypre, pourrait favoriser l’émergence d’officiers plus eurasianistes (partisans d’un rapprochement avec la Russie) et donc moins favorables à l’OTAN.
Des capacités navales opérationnellement limitées
Des capacités limitées en 2024
L’évaluation de ses moyens actuels permet de placer la marine turque au 3e ou 4e rang suivant la classification des marines en fonction de leur potentiel proposée par Hervé Coutau-Bégarie dans son Traité de stratégie (x). Selon lui, il y a six rangs de marines, qui vont de la marine au champ d’action mondial (marine de 1er rang), à la marine symbolique (6e rang) en fonction de leur taille et de leurs capacités. D’après lui, la marine turque se situe derrière les marines américaine, britannique, française, chinoise ou indienne. À ce titre, il apparaît que son apport aux capacités militaires de l’OTAN est à relativiser.
En effet, en attendant l’arrivée des bâtiments en cours de construction ou programmés, la marine turque est aujourd’hui constituée majoritairement de bâtiments relativement âgés et dotés de capacités opérationnelles limitées. En 2023, la moitié des frégates et corvettes de la marine en service sont des bâtiments d’occasion (venant des marines américaine et française) construits dans les années 1970 ou 1980. C’est le cas de ses principales frégates (type Gabya) qui sont d’anciennes frégates américaines construites au début des années 1980. Bien qu’elles aient été modernisées, elles ne peuvent soutenir la comparaison, sur le plan de la valeur opérationnelle, avec des frégates modernes. Concernant la flotte sous-marine, elle dispose encore aujourd’hui de ses cinq sous-marins de classe Altitay dont le premier a été admis au service en 1976.
Au-delà de la vieillesse actuelle de ses moyens, il apparaît (x) que la marine turque pâtit actuellement de carences en matière de détection et de lutte anti-sous-marine qui pourraient la pénaliser dans la perspective d’un affrontement de haute intensité avec une marine puissante. Ces carences devraient néanmoins être rapidement comblées grâce aux programmes en cours de développement.
Par ailleurs, l’étude de son ordre de bataille (annexe I), révèle que la marine turque est majoritairement constituée de petites unités dont le domaine d’emploi est plutôt littoral (patrouilleurs, chasseurs de mines ou bâtiments amphibies de petite taille). De plus, ses bâtiments les plus importants (frégates, corvettes, grands bâtiments amphibies) n’ont que peu l’occasion de naviguer hors de la mer Noire et des parties centrale et orientale de la Méditerranée, malgré la volonté affichée depuis les années 1990 (x) de quitter les approches de la Turquie pour s’ouvrir vers le large et les « eaux bleues ». Ce constat permet d’affirmer, comme le fait remarquer Anouck Côrte-Real Pinto (x), que « la capacité de projection des forces navales turques en dehors de son voisinage reste limitée et fortement surévaluée ».
Une expérience opérationnelle perfectible
Derrière les effets d’annonce du pouvoir turc, depuis le début des années 1990, sur sa volonté de disposer d’une marine puissante, capable de projeter de la force et de la puissance en dehors de son entourage proche, la réalité des faits montre que son expérience opérationnelle sur des activités de haut du spectre est à relativiser. À ce titre, son apport militaire à l’OTAN est moindre que celui d’autres marines plus expérimentées.
En effet, si l’armée de terre et l’armée de l’air turques ont récemment été engagées sur des théâtres d’opérations extérieures, que ce soit directement au Levant depuis 2016 (opérations Bouclier de l’Euphrate, Rameau d’olivier, Source de paix et Bouclier du printemps) ou indirectement dans des rôles de conseil militaire ou par proxy (Libye, Haut-Karabagh), ce n’est pas le cas de la marine. Cette dernière est, malgré son endurance avérée à la mer et les incidents l’ayant opposée à d’autres marines en Méditerranée, engagée dans des missions opérationnelles qui ne sont pas d’un très haut niveau militaire (de faible complexité d’action). Ses principaux engagements depuis quinze ans sont détaillés en annexe VII.
La principale mission militaire d’envergure à laquelle elle a participé récemment est l’opération OTAN Unified Protector, conduite au large de la Libye en 2011. Cependant l’emploi des cinq navires et du sous-marin qu’elle avait finalement accepté d’engager, après avoir longtemps refusé de s’engager militairement contre un autre pays musulman, s’est restreint à des missions de contrôle d’embargo sans adversité majeure. En effet, la flotte libyenne de l’époque, très modeste, a été rapidement détruite par la coalition avant l’engagement de la marine turque. Elle n’a logiquement que peu acquis, au cours de cette période d’expérience opérationnelle complexe. Ce n’est pas le cas d’autres marines otaniennes (États-Unis, France, Royaume-Uni, Italie, Belgique, Danemark, Canada, Grèce, etc.) qui ont été engagées au sein de missions plus complexes (intégration à des groupes aéronavals en opération, missions de renseignement dans des milieux non permissifs, action amphibie majeure, etc.). La marine turque serait néanmoins probablement capable de s’adapter rapidement à un tel niveau d’emploi opérationnel si la situation l’exigeait.
Des lacunes capacitaires et des retards à prévoir
L’apport de la Türk Deniz Kuvvetleri à l’Alliance doit d’autant plus être nuancé qu’elle pâtit de certaines lacunes capacitaires, qui ne seront pas comblées par les programmes d’armement en cours. Par ailleurs, des incertitudes demeurent quant à la réalisation exacte et dans les temps de l’ensemble des modernisations visées.
En effet, nous avons vu précédemment que la forte communication turque sur ses programmes de modernisation en cours masquait l’état réel d’une flotte moins puissante qu’on ne pourrait le croire en 2023. C’est encore le cas lorsque nous nous intéressons aux lacunes capacitaires auxquelles elle fait face aujourd’hui et dont elle continuera à pâtir à l’horizon 2030. Ces lacunes sont d’autant plus marquantes pour un État comme la Turquie qui revendique l’ambition d’être une puissance maritime.
Nous récapitulons dans le tableau ci-dessous les principales lacunes capacitaires existantes et dont le comblement n’a pas été prévu dans les programmes en cours de développement.
Tableau 3

Tableau réalisé par l’auteur.
L’étude des dates d’admission au service actif (ASA, signifiant que le bâtiment a terminé sa phase d’essais et d’expérimentations et est qualifié pour être employé en opérations) telles qu’elles étaient programmées initialement, permet de constater que la majorité des programmes sont en retard. C’est le cas par exemple pour l’Anadolu (ASA initialement prévue en 2021), la frégate Istanbul (ASA prévue en 2021) et la frégate Izmir (2e de la série des type Istanbul, ASA prévue en 2022) qui n’étaient toujours pas intégrées au service actif en février 2023. Les sous-marins sont également concernés puisqu’aucun des deux premiers sous-marins de type Pirrireis ne sont encore en service alors qu’ils devaient l’être en 2022.
Ce constat conduit à s’interroger sur un éventuel décalage dans le temps du programme TF2000 – l’entrée en service de la première frégate de la série est prévue avant 2030 – qui doit commencer une fois les Istanbul sorties de chantier. Il n’y a à ce stade presque pas de communication sur la forme qu’il devrait prendre alors qu’il est le plus ambitieux d’un point de vue technologique pour la base industrielle et technologique de défense navale turque, ces frégates étant destinées à être dites de « premier rang », à l’image des frégates de défense aérienne (FDA) françaises. Plus largement, les incertitudes légitimes liées à la mauvaise situation économique interne, qui ne semble pas devoir s’améliorer dans les prochaines années, permettent de douter de la réalisation exacte de ce qui est aujourd’hui prévu.
Conclusion
La stratégie de « perturbateur intelligent (x) » adoptée par la Turquie sur la scène internationale, qui sait que les États-Unis, l’Alliance, comme la Russie ont besoin d’elle, et par sa marine par capillarité, soulève la question de la plus-value militaire que représente ou non cette dernière pour l’OTAN.
En 2024, la Türk Deniz Kuvvetleri est un atout militaire à plusieurs titres pour l’Alliance dont la génération de force se fait à travers les moyens de ses membres. Elle est un atout d’abord pour ses ressources humaines au volume important et dont les qualités professionnelles et morales devraient l’avantager en cas de combat naval; ensuite pour sa flotte particulièrement interopérable grâce à un fort investissement au sein de l’OTAN et dont le format déjà relativement important devrait l’être davantage en 2030 grâce au plan de modernisation, essentiellement national, qu’elle poursuit depuis dix ans; enfin pour son positionnement en mer Noire qui constitue sa principale plus-value stratégique pour l’Alliance depuis l’invasion de l’Ukraine, et fait d’elle la seule marine de l’OTAN, parmi celles qui y naviguent encore, capable de rivaliser avec la flotte russe.
Cette perception de l’apport positif pour l’Alliance de la marine turque sur le plan militaire doit néanmoins être relativisée, car cette dernière suscite des difficultés à plusieurs titres. La première difficulté provient de son attitude agressive envers d’autres marines de l’Alliance. Sa restructuration à la suite de la tentative de coup d’État de 2016, en est une deuxième. Enfin, le fait que sa flotte dispose de capacités aujourd’hui âgées, moins complètes que celles d’autres marines, et manque d’expérience opérationnelle de haut du spectre, contribue également à affaiblir les avantages qu’elle procure à l’OTAN.
La réponse à cette problématique en 2024, qui voit dans la marine turque plus un atout qu’une faiblesse pour l’Alliance sur le plan militaire, est conjoncturellement influencée par les bénéfices que la Turquie retire de la guerre en Ukraine. De plus, ce positionnement peut changer assez rapidement en fonction des évolutions qui auront lieu à court terme tant sur le plan intérieur qu’international. Une dégradation de la crise économique turque pourrait entraver les ambitions de renouvellement naval par exemple. La désinhibition sur le plan militaire qui semble désormais possible à la suite de l’invasion russe en Ukraine, permet d’envisager une situation sur le plan tactique qui aboutirait par exemple à un incident armé opposant la marine turque à la marine grecque en Méditerranée ou en mer Égée au cours des prochaines années.
À ce titre et dans une logique d’anticipation, il serait intéressant de mener un travail d’étude prospectif sur le rapport de la Turquie à l’Alliance en fonction de plusieurs hypothèses crédibles d’évolution politico-militaires turques. Sur la scène internationale, un épisode de confrontation navale à l’échelon tactique avec Chypre, qui ne possède qu’un corps de garde-côte et pas de réelle marine militaire, ou avec un allié comme un rapprochement diplomatique plus marqué avec la Russie seraient des hypothèses à développer.
Annexes
Annexe I
Ordre de bataille 2022 de la marine turque (x)






Annexe II
Le tableau ci-dessous permet un comparatif des ordres de bataille navals turc prévisible et français à l’horizon 2030. Les éléments turcs sont à nuancer avec les incertitudes liées au manque d’information sur la date de retrait du service actif de certains navires ou aéronefs déjà très âgés (comme les type Burak, ou ex d’Estienne d’Orves, par exemple).


2. Chiffres intégrant la construction potentielle de 2 nouveaux navires amphibies type Bayraktar et intégrant l’Anadolu dans cette catégorie. Ils prennent en compte la construction d’un éventuel sistership à ce dernier (TCG Trakya) évoqué par de nombreuses sources.
Annexe III
Le tableau ci-dessous permet une comparaison des capacités opérationnelles entre les frégates de type Istanbul et les frégates de défense et intervention (FDI) de type Amiral Ronarc’h. Nous l’avons réalisé à partir de l’étude des données techniques des constructeurs (x).
À sa lecture, il est possible d’imaginer que la valeur opérationnelle des frégates turques de type Istanbul devrait être proche de celle de frégates françaises de type Amiral Ronarc’h.


4. Missile de croisière naval.
Annexe IV
Le tableau ci-dessous que nous avons réalisé, récapitule les principaux programmes de modernisation récents ou en cours pour la marine turque (x).


Annexe V
Le tableau ci-dessous récapitule les principaux exercices maritimes OTAN auxquels a participé la marine turque en 2021 et 2022.

Annexe VI
Cette annexe présente les articles 19, 20 et 21 de la convention de Montreux (applicables en temps de guerre ou lorsque la Turquie s’estime menacée d’un danger de guerre imminent).
Art. 19 En temps de guerre, la Turquie n’étant pas belligérante les bâtiments de guerre jouiront d’une complète liberté de passage et de navigation dans les détroits dans des conditions identiques à celles qui sont stipulées aux articles 10 à 18. Toutefois, il sera interdit aux bâtiments de guerre de toute puissance belligérante de passer à travers les détroits, sauf dans les cas rentrant dans l’application de l’article 25 de la présente Convention, ainsi que dans le cas d’assistance prêtée à un état victime d’une agression en vertu d’un traité d’assistance mutuelle engageant la Turquie, conclu dans le cadre du Pacte de la Société des nations, enregistré et publié conformément aux dispositions de l’article 18 dudit Pacte. Dans les cas exceptionnels visés à l’alinéa précédent ne seront pas applicables les limitations indiquées dans les articles 10 à 18. Malgré l’interdiction de passage édictée dans l’alinéa 2 ci-dessus, les bâtiments de guerre des puissances belligérantes riveraines ou non de la mer Noire, séparés de leurs ports d’attache, sont autorisés à rallier ces ports. Il est interdit aux bâtiments de guerre belligérants de procéder à toute capture, d’exercer le droit de visite et de se livrer à un acte hostile quelconque dans les détroits.
Art. 20 En temps de guerre, la Turquie étant belligérante, les dispositions des articles 10 à 18 ne seront pas applicables; le passage des bâtiments de guerre sera entièrement laissé à la discrétion du Gouvernement turc.
Art. 21 Au cas où la Turquie s’estimerait menacée d’un danger de guerre imminent, elle aurait le droit d’appliquer les dispositions de l’article 20 de la présente Convention. Les bâtiments de guerre qui, après avoir passé les détroits antérieurement à l’usage par la Turquie se verraient ainsi séparés de leurs ports d’attache, selon la faculté que lui confère l’alinéa précédent, pourront rallier ces ports. Il est cependant entendu que la Turquie pourra ne pas faire bénéficier de ce droit les bâtiments de l’État dont l’attitude aurait motivé l’application du présent article. Si le Gouvernement turc fait usage de la faculté que lui confère l’alinéa 1er ci-dessus, il adressera une notification à cet effet aux hautes parties contractantes ainsi qu’au secrétaire général de la Société des nations. Si le conseil de la Société des nations, par une majorité des deux tiers, décide que les mesures ainsi prises par la Turquie ne sont pas justifiées et si tel est également l’avis de la majorité des hautes parties contractantes signataires de la présente Convention, le Gouvernement turc s’engage à rapporter les mesures en question ainsi que celles qui auraient été prises en vertu de l’article 6 de la présente Convention.
Annexe VII
Le tableau ci-dessous, que nous avons constitué à partir d’éléments obtenus de différentes sources, en particulier d’articles de presse, des sites de la marine turque et de l’OTAN, liste les principaux engagements opérationnels de la marine turque depuis quinze ans.


6. Le Pakistan, avec qui la Turquie entretient des liens militaires soutenus, a néanmoins participé à cette opération en 2019 avec le PNS Alamgir.
7. Anadolu Agency, « Turkey Assists Libya Rescue 123 Migrants », Hurriyet, 3 mai 2021, https://www.hurriyetdailynews.com/turkey-assists-libya-rescue-123-migrants-164420.
8. « TCG Gediz Sets Sail for Far East », Bosphorus Naval News, turkishnavy.net, 3 avril 2015, https://turkishnavy.net/2015/04/03/tcg-gediz-sets-sail-for-far-east/.
Bibliographie et sources
Convention
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Entretiens
DENIZEAU Aurélien, chercheur à l’IFRI, entretien téléphonique libre, 15 octobre 2022.
GARROUSTE Frédéric (capitaine de corvette), commandant du CMT Capricorne ayant participé à l’exercice BRILLANT MARINER 22 de qualification de TURMARFOR en septembre 2022, entretien téléphonique libre, 7 novembre 2022.
MARGALHAES Margaux, chercheuse à la DGRIS, entretien libre, DGRIS, 24 janvier 2023.
MARGHELIS Aris, chercheur à l’IFRI, entretien téléphonique libre, 17 octobre 2022.
MATHEY Eveline, spécialiste des organisations multilatérales de sécurité à l’IRSEM, entretien libre, IRSEM, 5 janvier 2023.
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Ministère des Affaires étrangères turc: www.mfa.gov.tr
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www.meretmarine.com
www.globalfirepower.com