2019 03 25 De CHAMPCHESNEL Tiphaine

Qui êtes-vous ? Racontez-nous votre parcours ?

J’ai rejoint l’IRSEM, en qualité de chercheuse sur les questions de dissuasion et de désarmement nucléaires, il y a un an et demi.

Après des études de lettres, de philosophie et de science politique, j’étais attirée par les politiques publiques et les questions de défense. Je me suis finalement spécialisée sur la maîtrise des armements et la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive, qui me semblaient être des sujets fondamentaux en matière de défense et de sécurité internationale. 

Par la suite, j’ai travaillé pendant plusieurs années au CESIM (Centre d’études de sécurité internationale et de maîtrise des armements) sur une grande variété de sujets, bien souvent en coopération avec d’autres instituts. En parallèle de cette activité, je me suis engagée en tant que réserviste pour me rapprocher du monde de la défense que je connaissais très peu finalement. Mes périodes de réserve au sein de la division de la maîtrise des armements de l’État-major des armées (EMA) m’ont donné envie de travailler dans une perspective plus opérationnelle, et plus proche de la décision. Je suis devenue officier traitant en charge du dossier prolifération et non-prolifération balistique, au sein de cette même division. J’ai ensuite intégré la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) devenue en 2014 Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS). J’y ai notamment occupé les fonctions de chargée de mission non-prolifération et désarmement puis de conseillère du Directeur sur les questions nucléaires. Le travail était tellement passionnant et prenant que je n’ai pas vu les années passer... À l’approche de la décennie, j’ai donc eu envie de renouer avec la recherche.

 

Quels sont vos axes de recherches ?
Où peut-on vous lire ?

En rejoignant l’IRSEM, j’ai engagé une thèse en science politique, sous la direction des Professeurs Jean-Vincent Holeindre et Serge Sur (Université Paris 2, Centre Thucydide). Je travaille sur la fabrique du traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), un sujet qui s’inscrit dans la thématique plus générale des mobilisations pour le désarmement. Mon point de départ est un étonnement : comment, en quelques années, des négociations ont-elles pu être engagées sur un traité dont l’objectif semble complètement déconnecté de la réalité stratégique ? Qui sont les acteurs de cette campagne ? Quels ont été les ressorts de cette mobilisation ? Mes premiers articles sur le TIAN (voir par exemple, note de recherche n°49, version française / version anglaise)  sont le fruit d’une recherche mais intègrent aussi une dimension politique car je suis préoccupée par les risques associés à ce traité aussi séduisant que dangereux en définitive.

Par ailleurs, l’évolution de la maîtrise des armements, dans sa dimension bilatérale, me préoccupe. Je travaille sur les conséquences de la fin du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI), sur les perspectives de la poursuite de la logique des traités START et plus particulièrement sur la question de mesures de confiance. J’ai publié l’an dernier une note de recherche sur la politique nucléaire américaine (note de recherche n°57, version française / version anglaise).

La conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) de 2020 est également un sujet d’attention pour moi. Les tensions sont très fortes en raison de l’échec de la précédente conférence d’examen (2015), des divisions résultant de la conclusion du TIAN (2017) et des évolutions du contexte stratégique sur le plan nucléaire (incertitudes quant à l’avenir de l’arms control bilatéral, programme nucléaire nord-coréen…). L’anniversaire des 50 ans de l’entrée en vigueur du TNP ajoute à la pression…

Enfin, je travaille actuellement à la préparation d’un colloque conjoint CEA/IRSEM sur les imaginaires nucléaires, qui devrait se tenir en décembre prochain (informations à venir sur notre site irsem.fr). Cette thématique peu abordée jusqu’à présent en France est en réalité très riche. Aborder la question nucléaire sous l’angle culturel permet de s’intéresser aux représentations et aux perceptions.

 

Pourquoi avoir choisi la « recherche » ?
Comment percevez-vous votre rôle de chercheur ?

Le rôle du chercheur est particulier à l’IRSEM en raison de son rattachement au ministère des Armées. L’IRSEM est à la fois un think tank et un laboratoire de recherche tourné vers le monde universitaire. Nous devons finalement travailler dans ces deux perspectives et endosser alternativement ces deux rôles de think tanker et de chercheur. C’est très enrichissant. Tandis que le think tanker cherche à éclairer ou à guider la décision politique, le chercheur se positionne plutôt dans un débat théorique, cherchant à expliquer un phénomène et à faire progresser la science. Ce sont deux démarches complémentaires. A cet égard, la thèse est un excellent exercice. Pour y travailler, je dois nécessairement mettre de côté mon positionnement critique vis-à-vis du TIAN pour tendre vers la plus grande objectivité possible !