2019 07 02 KHAN Raphaelle

Qui êtes-vous ? Racontez-nous votre parcours ?

Je suis politiste internationaliste et historienne, spécialiste de la politique étrangère indienne. Après un doctorat au King’s College de Londres, j’ai effectué un séjour de recherche au German Institute of Global and Area Studies (GIGA) de Hambourg, avant de rejoindre l’IRSEM en juin 2018. Je suis aussi diplômée de Sciences Po Paris et de la London School of Economics and Political Science en Master Affaires européennes.

Je retourne souvent en Inde, mon terrain, où j’ai effectué de nombreux séjours de recherche, dont un comme visiting fellow à l’Institute for Defence Studies and Analyses de New Delhi

 

Quels sont vos axes de recherches actuellement ?
Où peut-on vous lire ?

Je travaille en parallèle sur plusieurs projets, à la fois dans la lignée de mes travaux de thèse et dans de nouvelles directions.

Mon doctorat portait sur le rôle de l’Inde dans l’évolution de l’ordre international au XXe siècle, entre la Première Guerre mondiale et le début des années 60. À travers une étude de son implication dans les forums internationaux tels que les Nations unies, je montre que l’Inde a non seulement développé sa propre conception des normes internationales, mais a aussi activement essayé de les façonner. Un court article intitulé « L’Inde et le Monde : Revisiter l’histoire de l’ordre global au vingtième siècle »  présente ce projet.

Une partie de mon travail consiste maintenant à développer ce projet empiriquement et théoriquement. Dans une perspective contemporaine, je m’intéresse à la conception indienne des normes internationales, notamment en relation avec les questions de souveraineté (usage de la force, droits de l’homme, maintien de la paix, rôle des organisations internationales) ainsi qu’aux visions indiennes de l’ordre international. Plus largement, j’étudie l’évolution de la politique étrangère de l’Inde, notamment comme puissance émergente depuis les années 2000 jusqu’au mandat actuel de Narendra Modi. Je conserve un grand intérêt pour les relations entre l’Europe et l’Inde.

Dans une perspective historique, j’ai récemment écrit un chapitre intitulé « Between Ambitions and Caution: India, Human Rights, and Self-Determination at the United Nations » dans un ouvrage collectif dirigé par A. Dirk Moses, Marco Duranti et Roland Burke : Decolonization, Self-Determination, and the Rise of Global Human Rights qui va paraître cette année chez Cambridge University Press. Je travaille actuellement à transformer ma thèse en livre.

Enfin, mon travail à l’IRSEM porte aussi sur un nouvel axe de recherche : les enjeux stratégiques émergents de l’Indo-Pacifique et la recomposition de cet espace du point de vue de l’Asie du Sud. Ce thème a été au centre d’une conférence organisée en juin 2019 par l’IRSEM, le CERI de Sciences Po, le GIGA et l’Université de Cambridge.

En lien avec ce sujet, une note de recherche sur les défis et les implications géopolitiques de la « Belt and Road Initiative » pour l’Asie du Sud va paraître prochainement. 

 

Pourquoi avoir choisi la « recherche » ? Comment percevez-vous votre rôle de chercheur ?

Après avoir étudié l’Europe, je voulais décentrer ma perspective et comprendre l’évolution de notre monde d’un point de vue non occidental. C’est à ce moment-là que j’ai choisi de concentrer mon attention sur l’Inde, qui est à la fois l’une des grandes puissances émergentes du XXIe siècle, l’une de ses démocraties, mais aussi l’un des grands pays postcoloniaux portant en eux les contraintes et les ambitions de ce passé. Analyser les formes et les implications de ces différentes dimensions et, au-delà, comprendre le positionnement de l’Inde comme acteur sur la scène internationale, est crucial pour déchiffrer les enjeux globaux auxquels font et feront face à l’avenir les décideurs européens. Comprendre l’Inde permet d’appréhender plus justement la nature des relations internationales.

La recherche doit éclairer les décisions et débats du présent. L’un des rôles clés des chercheurs est ainsi, je pense, de fournir des analyses rigoureuses qui permettent une meilleure compréhension du monde dans lequel nous vivons. Les chercheurs contribuent à un édifice collectif en perpétuelle évolution dont ils rendent compte en informant le public et en diffusant leur expertise.

En sciences sociales, le rôle des chercheurs est aussi d’user de sens critique pour réinterpréter ou remettre en cause des récits communs ou suppositions qui ont cristallisé autour d’un sujet donné. Ils le font en partie en posant des questions. Ces questions, à leur tour, ouvrent de nouvelles pistes de réflexion et de nouvelles perspectives.