RADIO France Culture · 01 décembre 2025

Le service militaire redevient-il acceptable ?

Dr. Maxime LAUNAY · 25 min · Émission « Questions du soir : l'idée »
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Le 27 novembre 2025, en visite à la 27e brigade de l’infanterie de montagne de Varces, près de Grenoble, Emmanuel Macron a annoncé la création dès l’été 2026 d’un “service national”.

Après un mois de formation, les volontaires de 18 et 19 ans pourront être déployés sur le territoire national pour des missions de sécurisation, d'assistance aux populations ou encore d’appui aux armées. Suspendu en 1996 par Jacques Chirac, ce retour d’un service militaire témoigne d’une militarisation progressive de la société française depuis une dizaine d’années, entre l'annexion de la Crimée en 2014 et les attentats perpétrés sur le territoire européen. Alors, la société est-elle prête à se mobiliser de nouveau sur les questions de défense ? À travers l’adhésion au service militaire ou les critiques qu’il a essuyées, qu’observe-t-on du lien entre la société et l’armée ? 

Maxime Launay revient d’abord sur les travaux de la sociologue Anne Muxel, qui montrent que “pour beaucoup de jeunes, l'armée peut être un lieu de ressources pour l'emploi, pour des compétences transversales”. Il complète à ce sujet : “c’est une perception qui peut être positive par les jeunes de l'institution militaire, parce qu'elle rassure, parce qu'elle correspond aussi à des missions qui ne sont pas nécessairement des missions combattantes comme on les imagine avec les guerres mondiales par exemple, mais des missions de maintien de la paix, d'interventions face à des catastrophes, qu'elles soient humanitaires, sanitaires ou environnementales. Cette institution qui protège est aussi le réceptacle des peurs ou des projections des jeunes aujourd'hui, qui, si on reprend la tendance depuis 2015 avec les attentats et la crise du Covid, fait de l'institution militaire une institution assez appréciée des jeunes.” 

Notre invité revient également sur les mouvements antimilitaristes, et l’évolution de la conception de l’armée par l’opinion publique : “l'antimilitarisme a toujours été minoritaire, on le voit dans les enquêtes d'opinion, il correspond à certains segments de la population. Tout d’abord, la jeunesse scolarisée et étudiante et la gauche insoumise prônent l'objection de conscience, voire parfois pour certains, la désertion. Ce n’est pas représentatif de l'ensemble de l'opinion publique, mais c'était quand même très prégnant dans les médias et dans certains partis politiques. (...) il y a eu un changement lorsque sont arrivés sous les drapeaux les baby boomers, une nouvelle génération qui n'a plus du tout le même rapport à l'institution militaire par rapport aux générations d'antan qui avaient connu la guerre 1914-1918 ou encore la mobilisation de 1939, on est dans un moment anti-autoritaire où on pense le monde de façon beaucoup plus horizontale”.

Il conclut : “rappelons que le service national a longtemps été considéré, depuis le début du XXe siècle, comme au cœur du pacte social, parce qu'il y a une forme d'amalgame géographique et social déconstruit sous le drapeau : on ne distingue pas les hommes en fonction de leur intellect, en fonction de leur origine. C'est vraiment un discours qui est très prégnant à la fois dans les milieux politiques, mais aussi très reçu dans l'opinion publique. (...) il va falloir loger, nourrir, accueillir, former, instruire, armer, ça va être un coût très important et je crois que c'est la raison pour laquelle cette proposition du président Macron va passer dans les mains des parlementaires et il y aura un vrai débat à avoir très prochainement.” 
Thématique Société Défense
Zone géographique France

Le(s) chercheur(s)

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