3 Questions MICHELIS Léa

 

Qui êtes-vous ? Racontez-nous votre parcours ?

J’ai débuté mes études à Sciences Po Aix. Mon parcours pluridisciplinaire a été très enrichissant. J’ai pu découvrir la science politique et le domaine des études stratégiques. Cela m’a également permis d’internationaliser mon parcours grâce à une année aux États-Unis. Ma dernière année à Aix s’est conclue par l’obtention de mon master 2 en histoire militaire, géostratégie, défense et sécurité et par la publication de mon tout premier ouvrage L’Iran et le détroit d’Ormuz – Stratégies et enjeux de puissance depuis les années 1970 chez L’Harmattan. Cette première expérience de recherche et d’écriture m’a convaincue de poursuivre dans cette voie. Il était important pour moi de réunir ma passion pour la recherche en sciences sociales avec ma volonté de travailler pour le ministère des Armées. J’ai ainsi intégré l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne en master 2 Relations internationales et action à l’étranger en alternance et obtenu le poste d’apprentie chercheur au sein du domaine « Défense et société » de l’IRSEM, sous la direction d’Anne Muxel. Tout au long de cette année d’alternance, j’ai eu la chance de pouvoir participer à des projets passionnants, de l’Institut et du domaine, en sociologie militaire notamment. Cette dernière année de master m’a également permis de faire mûrir mon projet de thèse. Je suis aujourd’hui doctorante associée au sein du domaine « Défense et société » de l’IRSEM.

 

Quels sont vos axes de recherche actuellement ? Où peut-on vous lire ?

J’ai d’abord travaillé sur la puissance iranienne et son évolution depuis les années 1970. C’est par le prisme de l’histoire que je me suis intéressée au détroit d’Ormuz, comme objet historique, géopolitique et outil de puissance. On peut ainsi lire mon ouvrage L’Iran et le détroit d’Ormuz – Stratégies et enjeux de puissance depuis les années 1970 mais aussi mon article « Le détroit d’Ormuz : une porte ouverte sur l’Indopacifique ? » paru dans le numéro 53 de Diplomatie.

J’ai ensuite décidé de changer de terrain de recherche – mettant de côté Ormuz pour un temps. Je fais ma thèse en science politique à l’Université de Rennes 1 sur la compréhension de l’ennemi par les militaires français depuis 1945. Je m’intéresse à la façon dont les militaires qui assurent la défense nationale aujourd’hui sur des théâtres d’opérations extérieures (Sahel) et sur le territoire national (opération Sentinelle), et qui ont défendu la France en Indochine et dans d’autres conflits passés, perçoivent, comprennent et opérationnalisent le concept d’ennemi. Qu’il soit le rebelle, l’insurgé, le terroriste, l’ennemi d’aujourd’hui se caractérise par son adaptabilité. Dans le cadre de ma thèse je cherche donc des clés d’adaptation de l’action mais aussi de la pensée pour les armées françaises. Faisant appel à la science politique, mais aussi à la sociologie et à l’histoire, je questionne l’altérité et la place de l’hostilité dans celle-ci.

Enfin, depuis avril 2020, je suis mobilisée sur un projet de recherche financé par l’Agence nationale de la recherche qui interroge le recours aux armées par les États européens dans la gestion de crise du Covid-19 (https://anrarmy.hypotheses.org/)

 

Pourquoi avoir choisi la « recherche » ? Comment percevez-vous votre rôle de chercheur ?

Le chercheur tient une position particulière dans la société. Parce qu’il cherche à comprendre le monde qui l’entoure, le chercheur rend le réel intelligible et compréhensible. En utilisant diverses méthodes scientifiques et en faisant preuve d’un regard critique, le chercheur est celui qui éclaire. Tout cela est très important pour moi. J’ai la volonté d’apprendre encore et toujours et d’adopter une position réflexive. Dans ma thèse, si je m’intéresse à des questions très précises et concrètes (comment l’ennemi est-il pensé dans la préparation opérationnelle ?), j’ai également des interrogations plus générales sur le conflit. La question de l’ennemi me passionne car elle interroge notre capacité à faire société. L’ennemi n’est pas réservé aux militaires ni aux politiques, il est de l’ordre des relations interpersonnelles. J’étudie enfin la façon dont une idée – celle de l’ennemi – peut être construite, déconstruite, biaisée voire même manipulée selon le chemin intellectuel qu’elle prend ; et la manière dont elle devient action. Faire de la recherche, c’est participer à un débat et proposer une partie de réponse.