3 Questions LAFAYE Christophe V1

 

Qui êtes-vous ? Racontez-nous votre parcours ?

Je suis chercheur dans le domaine « Défense et société » depuis novembre 2019. Docteur en histoire contemporaine et archiviste, je suis officier de réserve opérationnelle de l’armée de terre depuis septembre 2010.

Après des études d’histoire à Bordeaux, j’ai travaillé dans le secteur culturel associatif puis au profit de collectivités territoriales après l’obtention du concours d’attaché. Jusqu’en septembre 2010, j’étais directeur de la culture et de la communication de la ville de Lons-le-Saunier dans le Jura. La passion pour la recherche m’a poussé à entreprendre un doctorat sur l’armée française en Afghanistan que j'ai fait, entre 2010 et 2015, au sein des forces armées en bénéficiant d’un soutien financier de l’IRSEM. J’étais chef de section en compagnie d’intervention de réserve au 19e régiment du génie. Ma thèse, L’armée française en Afghanistan (2001-2012). Le génie au combat, effectuée sous la direction de Rémy Porte à Sciences Po Aix et soutenue le 29 janvier 2014, a obtenu le Prix d’histoire militaire 2014 et a été distinguée par l’IHEDN en 2015. Publiée chez CNRS éditions en mai 2016, elle a reçu le prix Raymond Poincaré de l’Union nationale des officiers de réserve (UNOR) en 2017.

Après une année au commandement de la Légion étrangère (COMLE), j’ai rejoint la délégation du patrimoine de l’armée de terre où j’ai développé un programme de collecte et d’archivage de l’expérience combattante (2016-2019). J’ai intégré le centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC) où je suis officier traitant. Chercheur indépendant entre 2014 et 2019, j’ai passé un master II professionnel « Archives des XXe et XXIe siècles » de l’université de Bourgogne. 

 

Quels sont vos axes de recherche actuellement ? Où peut-on vous lire ?

Je travaille actuellement sur l’expérience combattante au XXIe siècle au sein des armées. Après un doctorat en histoire immédiate où j’ai utilisé les témoignages oraux et les archives personnelles – entre autres – comme sources, j’ai pu retracer l’expérience des individus engagés sur le théâtre afghan, tout en mettant en lumière le processus constant d’adaptation des hommes, des doctrines et du matériel. Je souhaitais aller plus loin en m’interrogeant, à l’ère du tout numérique, sur les procédés à mettre en œuvre pour ne pas perdre les traces laissées par les principaux témoins. Comment réaliser des travaux de recherche sur les conflits très contemporains, sans s’engager dans une démarche de constitution de fonds ? Ce retour vers les sources m’a conduit à passer un master II d’archiviste, dans lequel j’enseigne aujourd’hui. J’ai ainsi pu concevoir une méthode de collecte, d’archivage et de valorisation de l’expérience combattante du XXIe siècle.

Grâce à ces matériaux de recherche, je souhaite maintenant m’ouvrir davantage aux méthodes de l’anthropologie historique, afin de mieux tirer parti de toute la richesse de ces collectes pour étudier l’homme et la femme au combat au XXIe siècle.

Mes terrains actuels s’intéressent aux forces spéciales. Outre ma thèse, L’armée française en Afghanistan (2001-2012). Le génie au combat, publiée chez CNRS éditions, vous pouvez retrouver l’ensemble de mes travaux sur ma page Academia.edu (https://irsem.academia.edu/LafayeChristophe).

 

Pourquoi avoir choisi la « recherche » ? Comment percevez-vous votre rôle de chercheur ?

La recherche au sein des forces armées pousse à s’intéresser aux hommes et aux femmes qui s’engagent au service de la nation. Retracer leurs parcours de vie – la petite histoire dans la grande –, est humainement très enrichissant.

Le chercheur doit être celui qui pose des questions, soulève des problèmes, s’efforce d’apporter des réponses ou d’indiquer les voies sans issue. Il ne va pas toujours où souffle le vent ! Il participe à l’avancée épistémologique des sciences humaines et sociales, sans renier l’aspect utilitaire qui peut naître de la confrontation de ses travaux avec les praticiens. Cet équilibre est délicat à atteindre. Dans le cadre de mes travaux, je défends la mise en œuvre d’une filière d’histoire militaire opérationnelle, qui doit contribuer à une meilleure anticipation des menaces au sein des forces armées.

Enfin, le chercheur doit travailler en équipe. À l’opposé de la vision de « l’entrepreneur de recherche », je suis convaincu qu’un chercheur n’est jamais aussi performant que lorsqu’il peut élaborer sa réflexion au sein d’une équipe pluridisciplinaire, dans le cadre d’un programme de recherche inscrit dans le temps. La mise en concurrence constante des individus et des ressources est une logique destructrice pour la qualité des relations sociales au sein de ce champ professionnel, et pèse in fine sur la qualité des travaux.