2019 03 Xx JANKOWSKI Barbara 2

Qui êtes-vous ? Racontez-nous votre parcours ?

J’ai suivi une formation en économie et en sociologie à l’Université de Paris X Nanterre en 1972, ce qui vous donne une idée de l’ambiance post-soixante-huitarde dans laquelle j’ai baigné quand j’étais  jeune ! Je ne le regrette pas… mais je n’ai pas eu le choix non plus : à l’époque, l’inscription à la faculté était liée au lieu de résidence.

Par la suite, j’ai complété ce cursus par deux DEA (diplôme d’études approfondies), l’une en sciences des organisations et de la décision à Paris-Dauphine en 1980, avec Jacques Attali, Pierre Rosanvallon ou encore Jacques Delors comme enseignants, et l’autre, en sociologie des organisations à Sciences Po Paris en 1982, sous la direction de Michel Crozier et Erhard Friedberg.

Je suis à l’IRSEM depuis le début de l’aventure, à sa création il y a dix ans[1]. Auparavant, j’étais responsable de la recherche au C2SD (Centre d’études en sciences sociales de la défense), une des quatre structures d’études et de recherche qui a fusionné pour créer l’IRSEM. J’y exerçais alors un métier de suivi et valorisation d’un programme de recherches confié à des équipes extérieures, d’universitaires ou de chercheurs du CNRS, produisant une dizaine d’études par an sur différents thèmes de sociologie militaire. C’était l’époque de la professionnalisation des armées et cette réforme posait des défis considérables aux décideurs.

Auparavant, j’avais déjà eu l’opportunité d’expérimenter le rôle d’interface entre le monde de la recherche et celui de l’administration publique, notamment  à l’Institut des Hautes Études de la Sécurité Intérieure (aujourd’hui l’INHESJ). J’avais alors pu travailler sur la police et la sécurité intérieure aux côtés de Dominique Monjardet, un chercheur passionnant qui m’a tout appris sur cette fonction de « passeur ».

Depuis dix ans, je suis redevenue « simple » chercheure et j’en suis très heureuse. Je suis affectée au sein du domaine Défense et société et je fais de la sociologie des armées[2].



[1] L’IRSEM est créé de facto en septembre 2009. Pour en savoir plus : https://www.irsem.fr/institut/presentation.html

[2] Barbara Jankowski a participé à l’organisation du colloque international de sociologie militaire de l’IRSEM de décembre 2018. Vous retrouvez le compte-rendu de cet événement en cliquant ICI (Lettre d’information de l’IRSEM de décembre 2018).

 

Quels sont vos axes de recherches actuellement ?
Où peut-on vous lire ?

Pendant les premières années passées à l’IRSEM, j’ai cherché à caractériser les relations armées-société telles qu’elles se dessinaient en France dix ans après la professionnalisation : de quels outils disposait-on pour les évaluer ? Que faisaient les Anglo-saxons puisqu’ils forgent la plupart des problématiques et concepts dans ce champ ?

Ensuite, j’ai travaillé sur l’opinion publique et la guerre. Nous étions en pleine intervention militaire en Afghanistan et les colloques internationaux auxquels je participais mettaient en évidence le soutien contrasté de l’opinion publique de différents pays engagés dans la même opération, pour l’intervention et les soldats:

- « L’érosion du soutien de l’opinion publique à l’intervention militaire en Afghanistan : l’impact des récits », in L’arrière, Baechler J. (dir.), Editions Hermann 2017, p. 191-211

- « L’opinion des Français sur leur armée », in Guerre, armée et communication, Eric Letonturier (dir.), Les essentiels d’Hermès, CNRS Editions 2017, p. 81-98 ;

- « Opinion publique et armées à l’épreuve de la guerre en Afghanistan », Étude de l’IRSEM, n° 34 - 2014.

 

Depuis quelques années, je me suis orientée vers l’analyse des relations entre les chefs militaires et les décideurs civils et compte bientôt publier un ouvrage sur ce thème, à partir du cas français.

Enfin, j’étudie également ce qu’il se passe en Pologne :

- avec Amélie Zima (eds.), « France and Poland Facing the Evolution of the Security Environment », Étude de l’IRSEM, 59, July 2018 ;

- « Le revirement de la politique de sécurité de la Pologne depuis l’arrivée au pouvoir du parti Droit et Justice (PiS) : un examen des sources polonaises », Les Champs de Mars. Revue d’études sur la guerre et la paix, N°29/2017, IRSEM/Les Presses de SciencesPo, p. 225-239.

 

Pourquoi avoir choisi la « recherche » ? Comment percevez-vous votre rôle de chercheur ?

Je n’ai pas le sentiment d’avoir choisi la recherche. En revanche, au moment où j’ai fait le choix de ma filière au baccalauréat, je n’ai cessé d’avoir la volonté de comprendre les mécanismes sociaux et la manière dont les choses fonctionnent. J’ai croisé la route de chercheurs et, de fil en aiguille, par des chemins indirects, je me suis retrouvée chercheure moi-même.

Quant au rôle du chercheur, « il » est selon moi d’interroger le monde humblement avec des outils scientifiques qui sont donc éprouvés mais restent questionnables.

Être chercheur c’est savoir avant tout poser les bonnes questions.